‹ Les épilepsies et les épileptiquesChapitre 59 sur 94 · MAIN PIKI · texte numérisé non relu

MAIN PIKI

Droite Gauche Droit Gauche

On voit qu'en considérant dans son ensemble une série nombreuse où figurent un certain nombre de cas relativement légers Ch. Féré.

la dyiérence devient beaucoup moins évidente. La proportion des mains par rapport à la taille est plutôt petite en général, chez ces sujets ; elle est, en effet, de 11,5 à H, 7 chez les Européens (1) ; la proportion des pieds est un peu trop forte relativement à la moyenne générale des Européens, qui est de 14,9.

L'asymétrie se traduit encore dans un certain nombre de cas sur d'autres points des membres. Assez souvent, ces malades présentent une différence de configuration des deux régions fessières ; il existe un abaissement du pli fessier, et quelquefois un dédoublement du môme côté que la diminution du volume des membres. La fesse est moins volumineuse de ce côté. Quelquefois la masse sacro-lombaire est visiblement moins volumineuse aussi du môme côté.

A côté des asymétries, il faut encore signaler quelques anomalies de développement des extrémités.

Les dimensions respectives des doigts peuvent donner lieu à quelques considérations, particulièrement en ce qui concerne leur longueur. En général, l'extrémité du pouce atteint le milieu de la première phalange de l'index, celle de l'index atteint l'émergence de l'ongle du médius, celle de l'annulaire arrive jusqu'au milieu de l'ongle du médius, et enfm l'extrémité du petit doigt ne dépasse pas la dernière articulation phalangienne de l'annulaire (2) ; le pouce est le plus court, puis vient le petit doigt, l'index, l'annulaire et le médius qui est le plus long. Cette règle n'est toutefois pas sans exception, particulièrement en ce qui concerne les dimensions de l'index et de l'annulaire. Carus et Weber ont trouvé 9 fois l'index plus court que Tannulaire, et Ecker a vu sur 24 négresses trois fois égalité entre les deux doigts et 6 fois l'index plus long, tandis que cette dernière disposition n'existait qu'une fois sur 25 nègres. Mantcgazza, sur 712 observations, a trouvé 309 hommes et 194 femmes ayant l indcx plus court que l'annulaire ; 27 hommes et 64 femmes avec annulaire plus court que l'index aux deux mains (3); Chez

(1) Topinard, Eléments (fanlhropoloijie générale, I880, p. 1089 ; — Hovclacque et Hervé, Précis d'anthro])oloi/iL', 1887, p. 341.

(2) Polaillon, art. Doiçjf. [Dict. encyclop. des se. méd., t. XXX, p. 113.)

(3) Duhousset, De iHndex et de l'annulaire. {Bull. Soc. Anthrop., 1888, p. 491.)

les nègres ranomalie de rapport entre l'annulaire et l'index n'existe que 4 fois pour lOU, tandis que chez les négresses il se rencontre 37,5 fois pour 100 ; chez l'homme blanc 7, M, chez la fennne blanche 2i,80. On ne peut pas dire que ce soit une disposition atavique plus fréquente chez la femme. Car chez le gorille, le chimpanzé, l'orang, le second doigt (index) est toujours plus court que le quatrième (Ecker).

Chez les épileptiques les anomalies de longueur des doigts paraissent extrêmement fréquentes, si j'en juge par une série de 134 sujets réunis dans mon service à l'époque de mes recherches sur ce point:

Sur ces 134 épileptiques maies, 69, c'est-à-dire 51,49 pour 100, présentaient des anomalies de longueur des doigts. Chez 35 il existait une anomalie à chaque main ; chez 31 l'anomalie était symétrique. Chez les 34 autres il n'existait d'anomalie que d'un seul côté, 27 fois ù droite, et 7 fois seulement à gauche ; il faut remarquer d'ailleurs qu'un bon nombre des anomalies symétriques étaient plus marquées à droite qu'à gauche. Du reste, le tableau suivant montrera mieux la proportion- des dispositions anormales :

Anomalies de développemenl des doigts sur 134 épileptiques.

Aux deux mains. A la main droite. A la main gauche.

Annulaire > index .

(Disposition normale).

Annulaire = index .

Annulaire < index.

M. Maurel (1) a trouvé que sur la population masculine du littoral de la Manche, sur 300 individus 273 fois le premier orteil est le plus long, 6 fois il est égal au second, 21 il est plus court que le second. La prédominance du premier orteil est donc la règle et il n'y a que 10 pour 100 d'exceptions. Ces exceptions sont beaucoup plus fréquentesdans les races mongoliques (39 pour 100 chez les Annamites). On a signalé aussi la brièveté relative du premier orteil chez le nègre (2). Sur 130 épileptiques (hommes),

(1) Maurel, Elude sur la lonyunir comparée des deux premiers orteils dans /n4 races moufioles. (Bull. Soc. Ant/iron., 1888, p. 437.)

(2) Hoveluoquc et Hervé, Précis d'antliropolofjie, p. .342.

ly

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32 ont le premier et le second orteil égaux, 26 ont le second orteil plus long que le premier. C'est-à-dire qu'il y a en somme 44,61 pour lui) d'anomalies.

Sur 10 l'anomalie siège exclusivement à droite, sur 2 seulement exclusivement à gauche. Sur 3 sujets les trois premiers orteils ont la même longueur, sur 4 le deuxième et le troisième sont égaux.

Sur les mêmes 130 épilep tiques, 46 ou 35,30 pour 100 ont le pied plat. Je n'ai ,pas trouvé un seul exemple de doigts palmés.

On ne s'est guère livré jusqu'à présent par la dissection à Fétude anatomique des muscles et organes internes chez les épileptiques; il est probable que cette étude ne serait pas infructueuse et que l'on trouverait un nombre relativement grand d'anomalies anatomiques. Hearder a observé une anomalie du cœur (1). Quelques anomalies musculaires peuvent être constatées sur le vivant ; c'est ainsi que j'ai observé deux épileptiques avec un défaut partiel d'un grand pectoral; chez l'un toute la portion costale manque ; chez l'autre, la moitié inférieure de cette portion (2), Ces anomalies coïncident d'ailleurs avec d'autres défauts du même côté.

Ayant observé le pouls chez un grand nombre d'épileptiques, j'ai eu plusieurs fois l'occasion d'observer des anomalies de la radiale; mais je ne saurais dire si ces anomalies ne sont pas aussi fréquentes chez des sujets d'autres catégories; elles montrent que la dissection des épileptiques et des dégénérés en général présenterait un grand intérêt au point de vue de la solution de la question de l'atavisme.

Il n'est pas sans intérêt de remarquer que toutes ces malformations sont moins fréquentes chez les épileptiques qui ont été atteints lard que chez ceux qui ont été affectés dès l'enfance ; elles indiquent en quelque sorte l'intensité de la prédisposition.

(l ) liril. iiird. jauni., 1878, t. p. 821.

(2) Noin .sur une anomalie musculaire chez dcu.r cjjilc/ilitjHes. {iXour. Icoiiof/r/(/)/ii(' (le la S'alji(Hrit''rc, 1889, p. 92.)

En somme, l'ensemble des observations anatomiques porterait à accepter la conclusion qu'Herpin avait adoptée sans en donner déraisons suffisantes. « Il est impossible de ne- pas voir une prédisposition à l'épilepsie dans un retard marqué du développement général (1). »

En dehors des malformations anatomiques, les épileptiqnes présentent certaines particularités fonctionnelles; nous en avons déjà signalé quelques-unes.

On a souvent autrefois discuté sur la question de savoir si l'épilepsie avait reçu le nom de mal herculéen parce que les sujets qui en sont atteints offrent en général une constitution athlétique, ou bien parce que le demi-dieu était atteint de ce trouble nerveux. L'étude approfondie de l'état des forces chez les épileptiques, à défaut d'autres documents, aurait pu suffire à trancher le débat; on aurait pu sassurer que les épileptiques ne sont vigoureux que dans leurs manifestations morbides. On sait d'ailleurs, depuis les recherches de Moreau de Tours, que l'épilepsie coïncide fréquemment avec la chlorose, la scrofule, la tuberculose, états pathologiques qui ne concordent guère avec une grande énergie musculaire. Mais, même en dehors de ces états morbides, les épileptiques sont rarement vigoureux ; c'est un fait qui a déjà été souvent signalé, mais que je puis corroborer par des observations personnelles : tandis que 100 individus sains de vingt à cinquante ans donnent une pression dynamométrique de 33 pour la main droite et de 40 pour la main gauche, 100 épileptiques du môme âge ne donnent que 36 et 32, c'est-à-dire que chez les épileptiques, il y a une infériorité de 31 p. 100 pour la main droite et de 32 p. 100 pour la main gauche.

Les gauchers ne m'ont pas paru aussi nombreuxparmi les épileptiques que d'autres auteurs l'ont indiqué. Sur 312 épileptiques des deux sexes que j'ai examinés à ce point de vue, je n'en ai trouvé que 14.

L'énergie des mouvements de la main n'a été jusqu'à présent

(1) Loc. cit., p. .333.

-UH) kpili-:psies et épileptioues

Irùs iiicoMiplèlemont (Hiidiée, iautc d iiislrumeiUs d'exploration appropriés. L'appareil de Régnier, dont les autres dynamomètres ne sont, en sonnne, que des variétés plus ou moins lieureuses, ne peut mesurer que les mouvements de flexion siundtanée de tous les segments des doigts; et encore ne l'emploie-t-on guère qu'à l'exploration de la flexion des doigts agissant ensemble : on ne s'est pas préoccupé de considérer séparément l'énergie de chaque doigt. D'ailleurs, l'étude de l'énergie des mouvements isolés des autres segments dos membres est tout aussi peu avancée.

Les dynamomètres construits pour l'étude des mouvements du bras, de la cuisse, de la jambe, etc., comme le dynamomètre universel de M. Ouimus, par exemple, ont surtout pour but l'exploration des mouvements de flexion. Aussi les notions que nous possédons sur Ténergie comparative des divers mouvements d'un môme segment de membre sont-elles très superflcielles. On croit en général que les mouvements do flexion sont plus énergiques que les mouvements d'extension ; mais on ne sait pas au juste dans quelle mesure ou s'il existe des exceptions. Il semblait cependant que des connaissances précises sur ce point pourraient être du plus grand intérêt, non seulement au point de vue delà physiologie normale, mais encoi'e au point de vue de la physiologie pathologique des attitudes vicieuses dans les affections articulaires, dans les fractures, dans les paralysies, dans les impotences fonctionnelles et les spasmes. Les mouvements de la main m'ontparumériter surtout l'attention en raison de la fréquence des troubles fonctionnels dont cet organe est le siège : aussi est-ce par eux que je commencerai.

Le dynamomètre analytique, que M. Aubry a construit sur mes indications, permet, en agissant toujours sur le môme ressort, de mesurer l'énergie des mouvements de flexion, d'extension, d'adduction et d'abduction des doigts.

J'ai pu ainsi mesurer dans la main l'énergie de cinquante mouvements différents (1).

(1) La distribution de la force, musculaire dans la main et dans le pied étudiée au moyen d'un nouveau di/namomètî'e anali/lique. [C. R. Soc. Biol., 1889, p.

Mouvements de la main.

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