TRAITEMENT DES ATTAQUES
membre au-dessus du point qui est le siège de la sensation anormale. C'est Odier qui a surtout préconisé la ligature des membres au-dessusde l'aura. Quelquefois la flexion excessive ou l'extension forcée, la torsion (Bravais) d'un doigt de la main, peut produire le môme résultat. Hughlings Jackson recommande la traction violente des parties qui sont le siège de l'aura. M. Brown-Séquard a montré que l'épilepsie partielle, la trépidation du membre inférieur provoqué par le redressement de la pointe du pied peut être arrêtée par la flexion forcée. Tantôt l'arrêt ne se produit que par une très forte ligature du membre; tantôt une simple constriction avec la main suffit pour arrêter l'attaque commençante. Certains malades sont sans cesse munis d'ime sorte de garrot qui leur permet d'exercer immédiatement une constriction énergique qui leur évite les attaques dans les endroits publics. Comme pour certaines névralgies, il existe quelquefois pour l'épilepsie de véritables points d'arrêt dont la compression produit la suspension des phénomènes convulsifs. Assez souvent ces points ne sont découverts que par hasard. J'ai observé un malade chez lequel la compression des nerfs sus et sous-orbitciires au niveau des émergences suspendait l'attaque, à quelque période qu'elle soit arrivée. Chez un certain nombre de malades l'accès peut être arrêté pendant l'aura par des excitations périphériques diverses, des flagellations, des tapotements, des applications froides. Un malade de Nothnagel (1) et un autre de Schultz (2) avaient leurs attaques suspendues par l'ingestion de sel de cuisine au début de l'aura. L'ingestion d'un liquide froid, ou simplement d'une bouchée de pain, réussit quelquefois à suspendre l'accès, même lorsqu'il ne débute pas par une aura gastrique. Un des malades de mon service a son accès arrêté lorsque, pendant le malaise qui précède le paroxysme, on le frappe rudement dans la région interscapulaire. Un autre malade ne tombe pas si, pendant la période de sufl'ocation prémonitoire de l'accès, il s'entend appeler par son nom. On pourrait citer un grand nombre de cas où l'arrêt ou la suspension est provo-
(1) Berl. klin. Woch., 1876, n'' 41, p. 46.
(2) Berl. klin. Woch., 1877, no 4o, p. 6o9.
484 ÉPILEPSIES ET ÉPILEPTIOLES |
quée par des circonstances insignifiantes en apparence (1).
Autant que j'en puis juger, ces différents procédés d'arrêt n'ont en général qu'une action suspensive; ils agissent à peu près comme la compression de l'ovaire dans l'hystérie (2); la décharge i n'est que rarement évitée, elle est plutôt retardée. Cependant, dans un cas de Lysom (3), la compression circulaire du membre où siégait l'aura aurait fini par amener la guérison.
On a encore préconisé, comme moyen préventif agissant sur la circulation cérébrale, la compression des carotides pendant l'aura (Prichard), qui avait depuis longtemps été utilisée par Parry dans le traitement de l'éclampsie. Un des cas les plus propres à illustrer l'action de la compression de la carotide est dù à Alexander (4). Un malade dont les accès douloureux siégeant dans la région maxillaire supérieure droite, avec distorsion i de la bouche et des yeux, étaient provoqués par le moindre attou- | chement de la lèvre supérieure du môme côté, voyait ces accès i suspendus sitôt que l'on pressait sur la carotide du même côté, ' et, pendant que l'on maintenait cette compression, les irritations | les plus énergiques de la lèvre restaient inefficaces. En général, il est rare que tous les procédés dont nous venons de parler suffisent pour arrêter l'attaque lorsqu'elle a déjà commencé.
La compression par la méthode de Guido Borelli et de Polizetti, qui consiste à appliquer le pouce et l'index de la main gauche sur chaque région temporale, l'arc formé par ces deux doigts embrassant le front, et à placer le pouce de la main droite dans l'espace situé au-dessous du tubercule de l'occipital, ne paraît ' avoir réussi qu'à ses auteurs. Ce dernier procédé avait la prétention de modifier particulièrement la circulation du bulbe.
Les applications externes de glace sur la colonne vertébrale ont aussi été conseillées, principalement pour éviter le retour des accès dans l'état de mal. Les applications de glace sur la tête , peuvent aussi être tentées. x\IM. François-Franck et Pitres ont vu
(1) Sadrain, Ehide sur le traitement des attaques d'hystérie et des attaques d'épilepsie ; th., 1880.
(2) Ch. Féré, Notes pour servir à l'histoire de l'hystério-épilepsie. [Arch. de Neurologie, 1882, t. 111, p. 306.) |
(3) Sieveking-, On epilepsy, 1838, p. 197. |
(4) Alexander, t/ie Treatment of epilepsy, 1889, p. 20. !
TRAITEMENT DES ATTAQUES 48o
en effet que la réfrigération de la zone motrice peut arrêter un accès d'épilepsie chez un chien en expérience.
Les mômes applications faites sur la région précordiale ont été conseillées dans les cas d'aura cardiaque (Charcot). Quant au succès affirmé par Fleury, de la douche comme traitement abortif de l'attaque, il ne peut être qu'accidentel, puisque ce moyen n'est mis en usage que lorsqu'on a le temps d'amener le malade menacé dans la salle d'hydrothéi-apie.
Il m'est arrivé, dans plusieurs circonstances où j'assistais à une aura, d'arrêter l'attaquepar une manœuvre douloureuse qui n'était nullement motivée par une sensation prémonitoire locale, comme par exemple par la torsion violente d'un membre, ou la compression très énergique du pavillon de l'oreille. Gomme dans ces cas je n'avais aucune raison de soupçonner la simulation, je me suis demandé si la douleur, qui s'accompagne d'une véritable décharge nerveuse, suivie comme toute décharge motrice d un certain degré d'épuisement, neconstituaitpas une sorte de paroxysme artificiel supplémentaire. Les cas dans lesquels des accès de migraine, d'asthme, de névralgie remplacent le paroxysme vulgaire me paraissent autoriser cette intei'prétation.
Ayant observé, à l'aide du sphygmomètre de Bloch, qu'il existe souvent, avant les paroxysmes convulsifs ou autres, une augmentation considérable de la tension artérielle qui s'abaisse immédiatement api'ès la décharge, je me suis demandé si un abaissement artificiel de cette tension ne pourrait pas modifier la marche des phénomènes. Chez un malade qui présente de temps en temps des accès par séries à intervalles assez réguliers, j'ai réussi à modifier la tension en appliquant la ventouse en botte de Junod. Ce malade, qui avait eu déjà plusieurs accès, avait une tension qui dépassait 1,100 grammes. Les accès ayant pour effet d'abaisser la pression, je pouvais supposer qu'il était sous le coup d'un nouvel accès ; l'application de la ventouse amena la tension au-dessous de 700 grammes ; elle remonta cà 900 quand la botte fut enlevée après vingt minutes ; les accès furent suspendus pendant douze heures, puis se reproduisirent de deux heures en deux heures. Le lendemain j'obtins une suspension du
même genre par le même procédé; j'ai obtenu depuis des suspensions analogues sur plusieurs autres malades. Mais la botte de Junod n'est pas d'un usage très facile et présente quelques i inconvénients ; aussi ai-je cherché à utiliser d'autres moyens plus simples de provoquer rabaissement de pression. La ligature de^ membres inférieurs à leur racine, proposée par M. Brown- Séquard dans d'autres circonstances, m'a été utile; mais j'ai surtout eu recours aux bains sinapisés et au drap mouillé sinapisé, qui ont agi souvent en arrêtant une attaque à l'aura ou une crise de secousses ou de tremblement, ou une céphalée (1). Mais ces modificateurs de la tension artérielle m'ont paru surtout i agir nettement sur les accès d'excitation maniaque des épilepti- j ques,accèsd'excitation qui s'accompagnent aussi, nous l'avons vu,
d'augmentation de tension artérielle. Plusieurs malades sont assez , convaincus de l'utilité de ce mode d'intervention pour le réclamer i
eux-mêmes, lorsqu'ils se sentent sous le coup du paroxysme. |
h'éther, le chloroforme, le nitrite d'amijle, \ebromure d'éetc., ont aussi été employés en inhalations pour suspendre les accès d'épilepsie. Leur absorption nécessitant plus de temps i qu'il n'en faut au spasme pour s'épuiser, ce genre d'intervention ne peut pas donner de grandes espérances. Il faut se sou- , venir, d'ailleurs, que l'éther (Moreau de Tours), comme le clilo- , roforme, peut provoquer les accès.
L'éther parait pourtant produire l'arrôt des accès dans certains cas particuliers.
Observation \C[\. — Èpilepsie, sensations dyspnéiques pendant l'aura, possibilité d'arrêt par des inhalations d'éther.
D., 32 ans. Son père, alcoolique, est mort huit mois avant sa naissance; sa mère a parcouru plusieurs asiles pour des accès de mélancolie.'Son père avait tenté une première fois de se suicider en se coupant la gorge; il réussit plus tard en se jetant dans un puits. Des cinq frères et sœurs de U., une seule a eu aussi des troubles mentaux, i D. est né le dernier; la sœur malade le précédait immédiatement.
' (l) Ch. Féré, la Pressioii artérielle dans les paroxysmes épileptiqucs et dans la colère. {C. R. Soc.BioL, 1889, p. 368.) — Note sur des modifications artificielles de la pression artérielle {ibid.. p. 377). — Note sur quelques effets du froid HurVhomme. {Ibid., p. 472.)