CHAPITRE XXXV
TRAITEMENT
A N T I S P A S M 0 [M ô l' 1-; S. — M È D I C. A M K N T S K M P 1 RI o l' K S l- T S P K C I K | (j l K S
M. Delasiauve, dans son excelleni; livre, a donné un inventai i-e très complet des diverses médications et des nombreux médicaments qui ont été employés contre Fépilepsie. On peut juger, par leur nombre et par leur variété, de la profusion des illusions qu'ils ont produites, car bien peu sont restées dans la pratique, même à titre exceptionnel.
Les médicaments dits antispasmodiques et les calmants ont longtemps tenu une grande place dans la thérapeutique de l'épilepsie : les ileursde tilleul et d'oranger, la menthe, la mélisse, le camphre, le narcisse des prés, etc. Le camphre, malgré les doutes qui restent sur son efficacité comme anaphrodisiaque, est encore recommandé dans les cas où l'onanisme paraît Jouer un rôle important comme cause excitante des accès. Le gallium entre dans la composition du remède secret adminisiré à l'asile de la Tcppe (près de Tain, Drôme).
Ijéther a été employé par la voie gastrique et en inhalations. Par ce dernier procédé, M. Moreau de Tours n'a obtenu que des insuccès, il a môme vu les inhalations prolongées déterminer des accès. Il y a lieu de croire que l'éther et le chloroforme sont capables d'éveiller l'épilepsie, comme ils ont souvent éveillé l'hystérie.
Le nitrlte d'amijle a été quelquefois employé en inlialations quotidiennes, mais en général avec un résultat nul(l), principalement dans les accès isolés ; cependant M. Bourneville a observé plusieurs fois l'avortement des accès sous son influence. Ce dernier observateur n"a pas retrouvé les heureux efl'ets du
A. Philip, SUrllc of amijl in epUepsy. [TUeJourn. of mental se. janv. 1S7:; )
o4-4 ÉPILEPSIES ET ÉPILEPTIQUES
niti-ilc d amyle signalés par M. CriclUon Browne dans Tétat de mal (1). L'emploi du nitrite d"amyle, introduit dans la thérapeutique de répilepsie par Weir Mitcholl (1872), paraissait surtout justifié dans la théorie de l'anémie cérébrale : il détermine en eiïet une diminution de tension dans les vaisseaux de la périphérie ; sous son influence, il se produit, une congestion très intense de la face et du cerveau.
Quant à l'o;; ///m et à ses dérivés, ils peuvent calmer pour un moment les accès ; mais ils ne peuvent avoir nne influence heureuse sur la marche de la maladie, bien qu'ils aient été employés sous dift'ércntes formes par Aetius, Avicenne, Sennert, Rivière, Morgagni, Sydenham, etc. Gubler a vu le morphinisme aigu se traduire par l'épilepsie, et dans son cours il rappelait le fait d'un célèbre médecin américain qui, par suite d'une erreur de pharmacien, avait absorbé un gramme d'extrait de thébaïque au Heu d'un gramme d'extrait de quinquina, et chez lequel les effets de l'empoisonnement se traduisirent au début par des accès épiieptiques (2).
Dans un cas où la morphine à doses croissantes avait été employée par le malade lui-même, avec succès pendant un certain temps ^ un état de mal mortel survint pendant une péi'iode d'amorphinisme.
L'épilepsie sans cause connue dite essentielle cédant rarement aux méthodes soi-disant rationnelles de traitement, le champ était ouvert àl'empiiisme, qui s'est donné libre carrière, et de nos jours encore il se montre riche en promesses. Le nombre des spécifiques vantés contre l'épilepsie montre assez leur impuissance et la résistance de la maladie. Nous ne ferons que citer les plus nombreux, nous arrêtant seulement sur ceux qui ont joui ou jouissent encore de quelque crédit.
La valériane, inlvodu'de dès Arétée, a surtout été recommandée par Tissot. De Haen, Esquirol, Chaufl'ard d'Avignon, Barbier d'Amiens l'ont employée et préconisée. Ces derniers la prescrivaient à la dose de une once ou une once et demie, sous forme
(1) Bourneville, Recherches cliniques et Ihérapeutiques sur l'épilepsie et l'hystérie, 1876, p. 73.
(2) BlaQchet, Etude sur la thérapeutique de l'épilepsie; th., 1877, p. 18'ii.
'Pl. XL
KKUPTION BROMIQUli DE LA FACE (V. p. 3 7--^)
Ch. FÉEiÈ
Félix Alcan, éditeur
ANTISPASMODIOUES. — EMPIRIQUES. — SPÉCIÈIOUES • o4ô
de poudre ou d'extrait. L'acide valérianique, auquel la valériane doit ses principales propriétés, peut être prescrit à la dose de 2 à 10 gouttes par jour. Mais il s'emploie plus souvent à l'état de valérianate d'ammoniaque, de zinc, de fer, de quinine, d'atropine (Michéa).
Vasa fœtida, la gomme ammoniaque (1), l'ail, la rue, le musc, le castoréuin, le datura stramonium (2), la jusquiame, l'aconit ont eu leurs partisans, mais ne trouvent plus que des sceptiques.
La belladone a été préconisée par Debreyne, médecin à la Grande Trappe (3), qui lui aurait dû de nombreux succès, mais ces résultats heureux n'ont pu être confirmés par les observateurs qui ont voulu l'imiter. Il faut dire pourtant que Trousseau (4) a remis en honneur la belladone dans le traitement d'une manifestation épileptiforme, l'incontinence nocturne d'urine, contre laquelle elle réussit en effet certainement dans quelques cas (5).
J'ai essayé plusieurs fois la belladone dans l'épilepsie convul-
(1) Pollock, Ihc Lancet, 21 août 1869.
(2) Pilules antiépileptiques (Leuret).
Extrait de belladoniie 1 yr.
— de stramoiiimn 1
Camphre (),0j
Opium 0,03
F. s. a 100 pil., 5 à lo par jour.
(3) • Pilules anliépilepiiqiies (Dehre.yue).
Extrait aqueux de belladouo . . 'i- gr.
Poudre de gomme arabique.. 2
— de i,^uimauve (|s.
Pour 120 [lilules; uue le premier et augmenter de uiuj par jour
juscpi'à (lujiti'e.
(4) Pilules anlié/)ilepli(jiu's (Trousseau).
E virait de l)elladoue o -r. 01
Poudre de belladone . 0 01
Une à quatre i)ilules par jour.
;.")) Pilules cunlre l'incu/itiiience d'urine (l'"au\el).
Extrait de belladone 0 gi-. O'i
Camphre 1
Gastoreum 1
Une à dix pilules chaque soir.
Pilules conire Vinconlinence d'urine (Blaelie'i.
Extrait de belladone. . . 0 trr. 01
Poudre de racine do belladone o 01 ;i Q 02
Une pilule le soir.
Ch. Féré. ; 35
sive avec des résultais douteux, sauf dans un cas où il y a eu une amélioration manifeste pendant deux mois. La belladone se donne sous forme d'extrait ou de poudre, à doses croissantes; à partir de deux centigrammes on augmente de deux centigrammes par semaine jusqu'à ce qu'il se manifeste des symptômes d'intolérance, pesanteur de tète, A^ertige, dilatation des pupilles, illusions de la vue, sécheresse de la gorge, diarrhée. On arrive facilement à en faire tolérer vingt centigrammes par jour, comme le faisait Trousseau. Il parait surtout réussir contre les formes frustes de la maladie. Dans un certain nombre de cas, il semble, comme l'a remarqué Gowers, prêter un utile appui au bromure de potassium. Hughlings Jackson pense que la dose doit être poussée jusqu'à la production de la sécheresse de la gorge ; il conseille de l'administrer de préférence le soir. D'après lui, elle agirait sur l'épilepsie nocturne.
L'atropine a été aussi préconisée (1).
L'atropine, principe actif de la belladone, peut être administrée dans les mêmes conditions soit sous forme de sulfate neutre, soit sous forme de valérianate, 1/2 milligramme chez les enfants, presque 2 milligrammes chez les adultes (Michéa).
La jusqiiiamei:!), Yhi/oscyamiiie (Reinhart, Gnauk)(3) ont été souvent employées associées à la belladone ou dans le but de la suppléer.
On a conseillé contre l'incontinence nocturne d'urine chez les enfants l'extrait fluide de Rhus aromatica que l'on donne de six à douze gouttes deux fois par jour (Unna, Lubimolf).
(1) Solidion anliépilepliquc (Trousseau et Pidoux).
Sulfate neutre d'atropine 0 yr. 05
Eau-de-vic l)laiiclie 5
Une goutte par jour de la solution (1 deiui-milligramnie) , en augmentant de
une goutte chaque mois.
Pilules aniiépilepliques (Récamier).
Extrait a(|ueu\ d'oi)iuHi 0 gr. Û.ï
A.Tlate de plomh.. . . . . 0 20
Poudre de jusquiame 0 40
Pour 8 pilules, une matin et soir.
Jierl. Kliu. Woch., 1880, uo 9, 10.