‹ Les épilepsies et les épileptiquesChapitre 76 sur 94 · I.NUICAXIÛ.NS KTIOLOGIUUKS ET T 11 É O K I Q U K S · texte numérisé non relu

I.NUICAXIÛ.NS KTIOLOGIUUKS ET T 11 É O K I Q U K S

La thérapeutique de l'épilepsie a laissé beaucoup de sceptiques, et ce scepticisme est motivé par des circonstances qui tiennent à la marche spontanée de l'affection et à la sensibilité spéciale des sujets qui en sont atteints. L'épilepsie subit spontanément des aggravations ou des atténuations dont il est souvent impossible de saisir la cause. D'autres fois il est facile de reconnaître qu'elle est modifiée en bien ou en mal par les irritations externes ou internes les plus légères. Chez un certain nombre de sujets une intervention thérapeutique quelconque amène pour un temps une modification dans la marche des accès, mais quand le malade s'est habitué au médicament la maladie reprend sa marche naturelle. Aussi doit-on accepter avec la plus grande réserve les prétendues guérisons qui succèdent à un traitement de quelques semaines ; ce n'est le plus souvent qu'une trêve, et il n'est pas rare que le malade subisse ensuite une recrudes cence compensatrice. C'est surtout sur le traitement des causes que l'on peut baser un légitime espoir.

Ce n'est pas seulement lorsqu'il s'agit d'épilepsies traumatiques ou d'épilepsies dues à des irritations périphériques, que l'étude des causes fournit des indications précieuses. Lorsqu'il existe des troubles viscéraux quelconques, on peut quelquefois en y portant remède faire cesser l'épilepsie. Il faut donc toujours traiter chez les épileptiquestous les troubles somatiques dont on a connaissance. Il faut passer en revue tous les organes et entreprendre tout ce qui peut rétabUr l'intégrité fonctionnelle de ceux qui sont en défaut : le cœur, les reins, le foie, etc., doivent être minutieusement examinés. Les maladies générales elles-mêmes

ne doivent pas élre négligées : l'épilepsie peut être une des manifestations de la goutte, du diabète, etc. Il ne faut pas oublier en un mot que le système nerveux ne fonctionne normalement que dans un organisme normal, et que lorsqu'il est malade la meilleure condition de guérison ne peut lui être rendue que par la restauration de Tensemble.

Quelques troubles organiques paraissent plus souvent être en cause.

L'état des fonctions digestives doit être surveillé chez tous les névropathes affectés de troubles dont on ne saisit pas nettement la cause déterminante. Si on ne peut pas dire que les troubles gastriques ou les vers intestinaux sont fréquemment la cause des accidents, il n'est pas moins certain que, lorsqu'ils reconnaissent cette étiologie, la thérapeutique offre des ressources particulièrement efficaces. L'expulsion de vers intestinaux, ascarides, tœnias, etc., a entraîné plusieurs fois la guérison définitive delà maladie même chez des aduUes (1). Quant à l'épilepsie des gros mangeurs, ou liée à des susceptibilités gastriques spéciales, eUe peut aussi être suspendue par un régime approprié.

Delasiauve a insisté sur l'influence de la constipation, sur la répétition des accès et a préconisé l'usage des purgatifs qui pourraient dans quelques cas amener la guérison.

Lorsque l'apparition des troubles épileptiques se manifeste à propos de la suppression du flux menstruel ou d'hémorroïdes, le rappel de l'écoulement sera poursuivi avec quelques chances de succès.

En dehors de ces cas dans lesquels la suppression d'un flux peut faire soupçonner la nature congestive de la manifestation épileptique, il existe des cas rares, dans lesquels l'épilepsie développée chez des sujets pléthoriques, souffrant habituellement de fluxions céphaliques, qui peuvent être soulagés et peutêtre même guéris par des saignées répétées à intervalles réguliers, plus ou moins fréquentes et plus ou moins abondantes suivant la constitution de l'individu.

(1) Marx , Beitrag zum Symplomencomplex der Bunclwunnkrankheil des Menschen. {Berl. k'iin. Woch., 1882, p. 496.)

TRAITEMENT. — INDICATIONS ÉTIOLOGIQUES 529

Lorsque l'épilepsie reconnaît pour cause une intoxication, il faut d'abord supprimer la cause et placer le sujet dans les meilleures conditions hygiéniques possibles: ces précautions peuvent suffire dans l'épilepsie saturnine, dans laquelle d'ailleurs, de l'avis de Nivet, de Tanquerel des Planches, de Grisolle, etc., les médications actives ont généralement peu de succès. Ces mesures réussissent aussi souvent dans Tépilepsie des alcooliques ; un grand nombre de ces malades restent sans aucune manifestation morbide tant qu'ils sont à l'asile, mais ont des attaques dès qu'ils sortent ou dès qu'ils peuvent recevoir du dehors une ration alcoolique môme très faible.

Toutefois, lorsque pendant un laps de temps suffisant, les mesures hygiéniques rigoureusement appliquées n'ont pas amené la suppression des attaques ou des autres manifestations, il faut procéder comme pour une épilepsie de cause inconnue, c'est-à-dire recourir aux médications empiriques.

Certaines épilepsies d'origine toxique ne peuvent d'ailleurs jamais être modifiées par un traitement exclusivement hvsiégique. Telles sont, par exemple, celles qui reconnaissent pour cause Fimpaludisine, dont quelques cas paraissent aulbentiques et qui n'ont cessé qu'avec le sulfate de quinine.

L'épilepsie en rapport avec la syphilis nécessite un traitement spécifique très énergique. Dans la période secondaire le traitement mixte peut arrêter rapidement les accès ; mais l'évolution de l'affection ne présente pas alors une gravité telle que Ton puisse avoir de graves raisons de craindre pour la vie du malade ; Jious avons fait remarquer en effet qu'à cette période la syphilis paraissait surtout agir comme une cause excitante de fépilepsie chez des individus fortement prédisposés, comme elle pourrait le faire pour l'hystérie qu'elle éveille souvent.

Dans la période tertiaire de la syphilis, il faut avoir recours au traitement d'attaque, suivant l'expression de M. Charcot, c'est-àdire arriver d'emblée au traitement mixte à hautes doses sous forme de frictions mercurielles de 10 à 12 grammes etd'iodure de potassium de 4 à 8 grammes par jour, en ayant soin de surveiller l'état de la bouche, et de tenir grand compte de la stomatite Ch. Féré. q.

r;3() ÉFILEPSIES ET Él'IT.El'TIQUKS

d alarine, comme dil M. Fouriiier; celle complicalion ainsi que les troubles digestifs peuvent apporter un sérieux obstacle au traitement, que I on doit continuer autant que la tolérance le permet jusqu'à la fin des accidents, et reprendre ensuite par quinzaines, avec quinzaines intercalaires de repos pendanl plusieurs mois.

On a beaucoup conseillé dans ces dernières années d'administrer le mercure par la voie bypodermique qui, excluant toute fraude, n'entraîne en général aucun trouble du cùlé de l'intestin ; mais d'après M. Fournier (1), ce traitement n'a pas encore fait ses preuves de supériorité contre la sypbilis tertiaire. Lœwing emploie une solution composée de : sublimé o gr. ; clilorure de sodium, 1 gr. ; eau dislillce, 100 gr. Une seringue de Pravaz contient omilligr. de sublimé. Marlineau conseillait le peplonate mercurique ammoniaque, sous forme de solution contenant un centigr. environ de sublimé par seringue de Pravaz. On peut administrer jusqu'à 2 et 2 centigr. et demi de sublimé. Parmi les préparations solubles, c'est le sublimé qui jusqu'à présent a obtenu la préférence.Voici les conclusions de M. Fournier sur

l'emploi de cette méthode :

1° Dans la mesure du possible, il faut épargner aux malades les inconvénients des injections ; 2" celles-ci ont seulement des indications précises et formelles qui sont au nombre de trois : d'abord les cas où les autres méthodes ont échoué ; ils sont fréquents ; ensuite l'intolérance des voies digeslives, la nécessité de respecter ces voies quand elles doivent être laissées libres pourl'administration d'autres médicaments ; les cas où la peau supporte mal les frictions ; enfm, dernière indication moins formelle, les cas graves où il faut unemercurialisation rapide. On a cité quelques faits heureux. La méthode est rationnelle en principe, mais nous ne possédons pas assez de documents pour conclure.

Les injections mercurielles exigent un certain nombre de précautions indispensables pour éviter autant que possible des accidents. Ceux-ci ont été nombreux cl regrettables. 11 faut se

(1) Du Irailemenl delà syphilis pxr /es injections mercurielles solnhles. lier, gén. de clinique cl de lliérapeulique. 18S9. \). 17.)

TRAITEMENT. — INDICATIONS ÉTIOLOGIQUES o31

stu'vii' cViin instrameiit spc-clal à canule dorée ou en plaline. Le tout doitèlj'e (Fune propreté irréprocliable. La solution sera Irès claire : on la filtrera au besoin avant de s'en servir. Ces précautions prises, 1 injection comprend ti'ois i-ègles bien évidentes : i:' L'injection doit être l'aile suivant les règles de l'antisepsie la plus rigoureuse. Les mains, l'instrument et l aiguille doivent être absolument propres : la dernière sera llainbée sur une lampe à alcool. La peau au ni\'eau de laquelle on fait l'injection sera lavée avec une solution pliéniquée.

2° L'injection doit toujours être faite profondément. Elle doit être sous-dermique et non intra-dermique.

3° Enfin, il est essentiel de pratiquer l'injection dans des régions riches en tissu cellulo-adipeux. Il y a des régions tolérantes et d'autres intolérantes. M. Terrillon a constaté que, quand l'injection était faite à la face interne et supérieure de la cuisse, il se produisait presque toujours un abcès, tandis que si, chez le môme malade, on faisait l'injection dans le dos, il ne se formait pas d'abcès. 11 existe trois régions favorables pour les injections ; la fossette rétro-trochantérienne, Fensellure lombaire, la région fessière. La première est la meilleure de toutes, parce qu'à son niveau il n'y a aucune pression, même dans le décubitus.

Quant aux injections des préparations insolubles, il y a lieu d'être réservé sur leur emploi surtout dans les cas qui nécessitent une intervention rapide.

Lorsque les elfets du traitement ne se font pas rapidement sentir, le pronostic devient moins favorable, mais il faut insister tant que le malade peut supporter les médicaments. Dans les périodes intercalaires, le bromure de potassium est souvent d'une grande utilité en agissant sur réréthisme nerveux. En môme temps on s'efforce de facililer réliminalion du mercure et de l'iodure de potassium par l'exercice musculaire au gi'and air et des purgatifs légers. L'usage du lait, conseillé par M. Mairet (1) présente de réels avantages à cet égard. Lorsque l'on s'est rendu maître des accidents, les eaux thermales sulfureuses, telle

(l) Fôdou, De l'épilepsie syphililique : thèse de Montpellier, 1888,

o;]:2 ÉpiLEPSiES et épileptiques

que celle de CauLerels, d'Uriage, de Ludion peuvent être utilement conseillées.

Pendant tout le cours du traitement Fépileptique syphilitique doit être soumis à une hygiène sévère. Il faut tenir compte tout d'abord de cette circonstance que la localisation cérébrale de la syphilis est favorisée par une prédisposition spéciale, par une faiblesse irritable native du système nerveux, que souvent l'exercice exagéré des fonctions psychiques semble en précipiter l'évolution. D'ailleurs nous savons qu'en général l'intervention médicale n'agit qu'en supprimant la cause d'irritation, mais que c'est la nature qui se charge des processus de réparation ; d'autre part, ce processus de réparation ne s'effectue avec sécurité que pendant le repos de l'organe. Ces considérations générales s'appliquent plus étroitement au système nerveux qu'à tout autre organe ou à tout autre tissu ; aussi la première condition de la réparation, de la guérison d'une détermination cérébrale de ce genre est le repos aussi absolu que possible des fonctions de l'organe et en particulier de celles qui ont été exercées avec excès. Le malade doit donc être soustrait à ses occupations et tenu à l'abri de toutes les excitations ; il faut lui conseiller l'exercice modéré en plein air, et les occupations exclusivement physiques.

La restauration est encore favorisée par le bon état général de la santé : il faut donc exciter les fonctions nutritives par une médication tonique et un régime reconstituant. Mais parmi les mesures hygiéniques qui contribuent le plus à activer la nutrition et sont le plus propices à l'heureuse issue des manifestations cérébrales de la syphilis, il faut compter l'hydrothérapie qui a une action particulièrement tonique sur le système nerveux. L'hydrothérapie doit être faite sous forme de douches froides en jet brisé sur le tronc et les membres de dix à trente secondes de durée pendant lesquelles la tôte est maintenue couverte d'un linge mouillé d'eau froide. Elles doivent être faites une ou deux fois par jour suivant les cas, mais toujours à la môme heure. L'exactitude militaire est une des conditions principales du succès du traitement dans la plupart des troubles fonctionnels du système nerveux, mais elle est commandée parti-

TRAITEMENT. — INDICATIONS ÉTIOLOGTOUES 533

CLilièreiiient dans la pratique de l'hydrothérapie. Il est donc nécessaire de l'imposer dans une circonstance où il importe de jouer serré et de ne laisser échapper aucune chance.

L'épilepsie qui peut être rattachée à la syphilis héréditaire doit être combattue par le même traitement que celle qui l'econnaît pour cause la sjphiUs tertiaire. Mais comme il s'agit alors souvent de sujets dont la constitution est détériorée et qui souffrent d'autres troubles, le traitement hygiénique prend encore plus d'importance. Cependant dans ce cas encore le traitement doit être poursuivi avec énergie et prudence, avec autant de suspension que la santé générale peut en nécessiter, aussi longtemps que le malade peut la supporter. Il faut particulièrement insister sur le traitement ioduj'é.

Un certain nombre d'épilepsies symptomatiques de lésions acces.sibles au diagnostic ne sont pas susceptibles d'un traitement rationnel en raison de la nature de la lésion. C'est ainsi que l'épilepsie due à des néoplasmes tuberculeux est au-dessus des ressources de l'art, parce qu'en général ils sont multiples. On peut en dire autant de celles qui reconnaissent pour cause des tumeurs cancéreuses développées soit primitivement, soit secondairement dans le cerveau. Il en est encore de même dans le cas de tumeurs d'autre nature, mais inaccessibles par cause de leur siège, ou inséparables à cause de lai-ges délabrements qu'elles nécessiteraient. La même réserve s'appUquc aux épilepsies en relation avec des lésions viscérales ou périphériques, qui sont elles-mêmes au-dessus des ressources de la thérapeutique. On se trouve alors forcé de recourir aux moyens paUiatifs, qui sont alors malheureusement peu utiles. Cependant il ne faut pas renoncer aux chances qu'offrent les médicaments dits spécifiques, aux antispasmodiques, et en particulier le bromure de potassium qui, môme dans ces cas, peut apporter quelque soulagement. Les toniques peuvent aussi être utiles.

Les préparations fei-rugineuses ont été souvent préconisées chez les épileptiques à constitution affaiblie. hliydrocyanatp de fpr aurait procuré des guérisons à Bertrand,

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à Jaiisioli, des ainélioratioiis à M. Delasiauve. Il est administré à la dose de un cenligraiiiuie et demi matin et soii\ en augmentant de un centigramme tous les trois jours jnsqu'à ce qu'on arrive à dix centigrammes matin et soir.

Tyrrell (1) aurait obtenu certains bénélices de la strychnine (2), surtout chez les femmes. On peut lui supposer une action sur la nutrition en stimulant des organes digestifs.

D'autres reconstituants ont aussi montré leur utilité (3), comme rhuile de foie de morue.

En dehors des médications tirées des conditions morbides de répileptique, la thérapeutique a souvent pris pour guides des considérations théoriques.

Les anciens auteurs ont souvent considéré l'épilepsic, le mal herculéen, comme une maladie fj'équente chez les individus vigoureux et pléthoriques. Aussi n'hésitaient-ils pas à la traiter par des méthodes débilitantes. Les émissions sanguines ont été fréquemment opposées aux divers syndromes épileptiques, soit sous forme de saignées, soit sous forme d'applications de sangsues. Les saignées ont été remises en honneur dans ces dernières années par quelques faits publiés par M. Lépine, qui a obtenu plusieurs succès chez des pléthoriques.

La chirurgie est souvent intervenue dans le traitement de Fépilepsie non seulement par la trépanation ou par les opérations portant sur les nerfs ou sur les régions d"oii semblait partir l aïu^-î, mais encore dans le but de modifier la circulation cérébrale. On a tenté la compression des carotides, la ligature de ces mêmes vaisseaux (Hamillon), la ligature des vertébrales (Preston, Alexander, etc.) (4). Dans un cas où Velpeau avait lié la faciale et la l,emporale, les accès quotidiens se trouvèrent sus-

(l) Bril. mcd. Jour., ISGl), t. 11. - Bmin, juin 1SS2. - Spanton (V^^. o/" linatHre of Uw vcriehml arleru's in epilejisy. {Bnt. mcd. journ., tuv. 1883.} ' Pilules conlrre l'inconlinence (L'unne (Mondicre).

Extrait alroolicpie de noix vomiqne 0,'5

EUiiops martial • •

30 pilules. Une par jour ca augmentant.

(3) Fairbairn, l^e,v-York med. liée, 1880 t. XVIII, p. 671

(4) .\lexander, On lif/alm-e of Ihe caroUde^ and verlebrals m ep,lci>sy. {Med. Times and Oaz., 1881, nov., p. "HIS.}

TRAITEMENT. — INDICATIONS ÉTlOLOr.IorES o3o

pendus. C"est dans le mOnie but que Marchai Hall préconisa la trachéotomie et la fistule trachéale.

Corning aurait suspendu complètement les crises en comprimant les carotides d'une manière permanente. Alexander a dii reconnaître depuis l'inefficacité de la ligature des carotides ; mais, les phénomènes congestifs qui accompagnent l'accès d'épilepsie lui permettant de supposer que le grand sympathique joue un rôle important dans la production des attaques, ce chirurgien n'a pas hésité à enlever le ganglion cervical supériem' des deux côtés, et il annonce six guérisons sui' vingtquatre opérations. Il est nécessaire de surseoir à un jugement définitif sur cette opération, cjui ne paraît pas avoir produit directement la mort et ne détermine en général qu'un léger ptosis avec rétrécissement pupillaire pouvant facilement passer inaperçus lorsque l'ablation a été totale des deux côtés, et que les elTets sont symétriques.

Les incisions du cuir chevelu, pratiquées par Péraire et par Anglade, avaient pour but d'amener l'oblilération d'un certain nombre d'artérioles de l'encéphale et de diminuer la congestion.

D'autres moyens ont été préconisés dans le but de modifier la circulation.

Les applications quotidiennes de glace (Chapman) sur la région rachidienne ou sur la région précordiale ont quelquefois amené du soulagement et même une certaine diminution dans le nombre des accès (1) chez les épileptiques dont l(>s attaques paraissaient en rapport avec des recrudescences de faccéléralion du pouls et des palpitations (Charcot).

Dans un cas d'épilepsie congestive, M. Lépine (2) a vu les accidents s'atténuer sous l'influence du bi'omure de potassium et surtout de Yerr/o/ine. Yeats (3) avait conseillé l'ergot de seigle.

Quant aux bains lièdes et aux ditTérentes préparations dites émolhentes ou tempéranies, elles sont complètement tombées en

(1) . Bournevillc, Recherches chimiques et. IhérapeuUques sur l'épilepsie et l'hystérie, 1876, p. 51.

(2) Sur un cas d'épilepsie avec congestion céré/jrale insolite consécutive à l'attaque. [Rev. de médecine, 188o. p. 572.)

(;j) Med. Times and (iuz., 1.'! juil. 1872.

536 ÉPILEPSIlîS ET ÉPILEPTIQUES

désuétude. Cependant, dans le cas d'agitation pré ou poslparoxyslique, on peut se trouver bien des bains tièdes et prolongés.

Les bains sinapisés, répétés quotidiennement, amènent quelquefois des suspensions assez longues.

Les évacuants sous forme de vomitifs et de purgatifs, et particulièrement les drastiques, ont aussi joui d^une certaine faveur. Les purgatifs ne peuvent se justifier que lorsqu'il existe une constipation manifeste avec laquelle on peut mettre en connexion une recrudescence des accès, et surtout lorsqu'il y a lieu de soupçonner l'existence de vers intestinaux. Cliez les enfants en pai-ticulier, il est toujours bon de provoquer une évacuation pour fixer le diagnostic. Quant aux vomitifs, ils doivent être repoussés, ils ne répondent à aucune indication spéciale, et, comme tout acte nécessite un effort violent, ils sont capables de provoquer des accès.

Les exutoires, que Ton eiuployait surtout autrefois dans le but d'évacuer les bumeurs peccantes, paraissent agir surtout

comme révulsifs.

Les Cbinois, qui ont piéconisé l'acupuncture contre l'épilepsie (1), l'ont quelquefois appliquée dans la région crânienne, dans la région fronto-pariétale, à l'extrémité interne de l'arcade sourcilière, mais plus souvent dans d'autres régions (cinquième vertèbre, talon, pli du coude, paume de la main, à la racine de l'ongle du pouce).

Josepb du Cbesne (2) signale l'emploi des cautères « soit actuels, soit polentiels, principalement sur la suture coronale, au moyeu de quoy les exbalaisons et suyes noires et résineuses, causes efficientes de ces maladies, viennent à s'expirer et passer par le cerveau comme par une clieminée ».

Les frictions stibiées, qui ont été employées autrefois sans localisation élective ou sur la tétc (Mettais) (a), pourraient être

(1) Dabry, la Médecine chez les Chinois, pp. 1:^6, iiO, 4U. UO, 4:iH, i:;:;, 4:i7,

^ti^) ''josei^/du^Chesne, sieur de la Violette, Tclrade des plus cjneves maladies (letoul le cerveau, 162o, p. 266.

(3) Mettais, Traitement de l'^^pilepsie par les frwtwns stibiees sur la tele. [ha..

méd. de Paris, 1848, p. 100.)

TRAITEMENT. — INDICATIONS ÉTIOLOGIQUES 537

employées comme les vésicatoires volants. Dans un cas j'ai obtenu des pointes de feu appliquées circulairement tous les huit jours sur le membre les mômes effets que des vésicatoires. Dans un cas où je n'avais rien obtenu, ni des vésicatoires, ni des pointes de feu, j'ai employé la réfrigération avec le chlorure de méthyle, mais sans succès.

Les vésicatoires ont été appliqués souvent sans localisation élective à la nuque, au bras ; quelquefois on les applique sur la téte (Passarole, Ch. Pison, Serrao, Pleindoux) (1). Leuret, qui les a utilisés, n'a observé que des améliorations momentanées.

On n'a plus guère recours aux vésicatoires appliqués sans choix sur les différentes régions du corps lui-même, aux vésicatoires appliqués sur la téte ; mais ils paraissent être d'une certaine utilité dans les épilepsies à aura périphérique.

Récamier a guéri un épileptique en poursuivant" par des vésicatoires volants placés autour de la jambe, de la cuisse, du bras, du coude, du tronc, du col même, une douleur qui se manifestait avant les attaques sous forme de crampes de fourmillements et d'engourdissements, et qui parcourut successivement chacune de ces diverses régions. Bravais avait déjà obtenu des succès analogues dans les casd'épilepsie hémiplégique ; Buzzard (2) et Hirt en ont cité d'autres; de plus récents encore ont été publiés par M. Pitres (3). Les observations de Récamier, de Hirt et de M. Pitres sont particulièrement intéressantes en ce qu'elles nous montrent la possibilité du transfert de l'aura sous Tinfluence d'une excitation, transfert analogue à celui que l'on observe fréquemment dans les troubles purement dynamiques (le l'hystérie.

Le Breton aurait obtenu une suspension iiv trois ans, en appliquant des cautéi'isations superficielles au sinciput (4). Les

(1) Pleindoux, De /'e)»./>loi des vésica/oires appliqués sur loide /'étendue du cuir chevelu, dans l'épi lepsie idiopalliique. {A nu. de la Soc. de méd. de Montpellier, 1804, t. III, piirt. I, p. :m.)

(2) Buzzard, CUnical lectures on diseuses of Uie fier vous sj/stem, IR(S2, p. 427.

(3) Ci'ozes, Des effets des vésicatoires appliqués au-dessus du siège de l'aura dans l'épilepsie jacksonfiienne : Ih. ,\iordenux, 188G.

(4) Le Breton, Essai sur la cautérisation sindpitale contre l'épilep^ie (Gnméd. de Paris, 1848, p. 773. j

cautères ont été souvent employés aussi avec des résultats douteux (Zacutus Lusitanus, Ch. Pison, etc.). Boyer a obtenu par les moxas une suspension assez prolongée, comme d'autres en ont rapporté aux frictions stibiées. Schroder van der Kolk a aussi préconisé les révulsifs cutanés sur la tôte. M. Delasiauve a répété ces expériences sans mettre en lumière l'excellence du résultat. J'ai eu recours aux cautérisations superficielles du cuir chevelu, mais non plus en les appliquant indifféremment sur toute la surface de la téte : J'applique des pointes de feu très légères, deux ou trois fois par semaine, au nombre d'une vingtaine, sur la région du crâne qui correspond aux centres moteurs qui paraissent le siège de la décharge motrice. Ces pointes de feu peuvent être appliquées sans raser le cuir chevelu, en prenant soin d'écarter les cheveux. Les applications sont généralement bien supportées, on peut en avoir la preuve dans l'observation suivante concernant un malade qui est sorti depuis plusieurs mois du service et qui vient, bien que guéri en apparence, se soumettre au traitement deux fois par semaine (1.)

Observation XGVI. — Épilepsie généralisée d'emblée chez un hémiplégique; traitement par les pointes de feu sur la tête, guérison apparente.

Le malade que je vous présente est iiii lioinine de .32 ans, autrefois mécanicien. On ne relève dans sa famille aucun antécédent névropathiqne. Lui-même n'a présenté aucnn accident nerveux dans son enfance on sa jeimcsse. Il a en une fièvre typhoïde étant tout jeune et une légère attaque de rhumatisme vers 23 ans. Il était d'un caractère assez sombre, et depuis son service militaire il se livrait fréquemment à des excès alcooliques ; et il a présenté un certain nombre de troubles d'intoxication chronique, notamment des pituites matinales et des troubles du sommeil, des cauchemars. Sa femme a fait quatre fausses couches, et les quatre enfants qu'elle a menés à terme sont morts jeunes dans des convulsions.

Le 7 janvier ISSo, il avait alors 20 ans, il tomba, sans perte de connaissance, avec une hémiplégie gauche. C'est au mois d'août de la même année, c'est-à-dire huit mois après, qu'il eut sa première attaque d épilepsie; son hémiplégie était déjà très améliorée. Cette attaque dé-

(1) Valentin, Mémoires et observations concernant les bons effets du cautère actuel appliqué sur la léle. Nnnry, 181"i.

TRAITEMENT. — INDICATIONS ÉTIOLOGIQUES oS3

buta par une sensation bizarre de vide; il lui semblait que les objets qui l'entouraient s'éloignaient de lui, et il perdit connaissance. Pas plus dans cette attaque que dans les suivantes, il n a éprouvé de sensations particulières du côté hémiplégique, ni aucun trouble localisé. Depuis ce moment les attaques se sont reproduites à peu près tous les quinze jours, avec quelques vertiges. L'année snivaiite, en 1886, ilaeu vingt et un accès et si\ vertiges; au mois de janvier et au mois de février 1887, il avait eu encore deux accès par mois. C'est alors que j'ai commencé à l'observer.

Il est atteint d'une hémiplégie gauche incomplète. La face est légèrement déviée, il traîne la jambe ; mais les troubles moteurs sont surtout marqués au membre supérieur qui offre une contracture assez marquée, surtout à la main. Au membre inférieur les réflexes tendineux sont très exagérés, mais il y a peu de rigidité. Tout le côté gauche est sensiblement plus froid, mais la sensibilité n'est pas notablement atteinte. La langue présente un léger tremblement, mais il n'existe pas de troubles de la parole ; il n'y en a du reste jamais eu. La santé générale est excellente; le malade se plaint quelquefois de palpitations, mais il n'existe point actuellement de signes stéthoscopiques de lésion cardiaque.

Les accès se présentent toujours sous la même forme : il semble que les objets qui l'entourent s'éloignent de lui, ou il est obsédé de l'idée que la personne qui lui parle disparaît peu à peu et qu'il ne la verra plus; cette idée lui donne une émotion des plus pénibles, et il perd connaissance. D'autres fois il voit un brouillard qui lui passe devant les yeux, et il annonce qu'il va tomber. On a plusieurs fois remarqué qu'en lui frappant sur l'épaule à ce moment, l'action ne se produit pas. D'ailleurs, dans les vertiges tout s'arrête là. Lorsque l'accès est complet, il s'affaisse sur le côté gauche sans pousser aucun cri; ses deux membres supérieurs sont rigides en diuni-flexion, et ses membres intérieurs, étendus, s'agitent pendant une minute environ de secousses rapides; la face est congestionnée, il écume, puis il ronfle ])endant deux ou trois minutes. Enfin, il revient à lui, capal)le de reprendre la conversation au point où il l'avait laissée avant l'accès ; mais, pendant tout le reste du jour, il souffre d'une douleur intense dans la ri'gion frontale. 11 n'urine januiis, ne perd pas ses matièi-es fécales; il est rare qu'il se morde la langue. Ces accès sont surtout diurnes.

.Jusqu'au 10 février 1887 il n'avait subi aucun traitement destiné à combattre ses attaques. Je lui fis aloi's raser la tête dans la région pariétale droite, dans une étendue de 7 ou 8 centimètres de diamètre, et je lui appliquai deux ou trois fois par semaine de dix à (juinze pointes de feu légères n'amenant jamais la suppuration. Il avait eu deux accès en janvier et deux en février, avant le commencement du traitement. A partir de cette époque, les paroxysmes sont devenus beaucoup plus rares. Il n'a eu ni accès ni vertige en mars. En avril, il a eu un accès le 16, et deux vertiges sans perte complète de connaissance le 2o. En mai et en juin il n'a eu que deux vertiges. Le 2 juillet il a eu nu accès; il en a ru un autre le •12 octobre, et il n'en a plus eu depuis.

Le 27 février dernier, il a eu un éblonissement avec cette sensation de vide particulier qu'il ressentait autrefois dans son aura, mais il n'a pas perdu connaissance. En somme, à partir du commencement du traitement, il n'a plus eu que trois accès qui se sont éloignés progressivement, et il n'en a plus eu depuis plus de cinq mois. Il me semble qu'on est en droit de considérer les chances de guérison comme sérieuses (1).

Le 8 octobre 1888, étant sorti en permission, il a eu un accès à la suite d'un excès de boissons.

10 décembre 1888. — Un vertige sans perte de connaissance, sensation d'éblouissement.

Le 14 avril 1889, il quitte la division pour passer dans une salle de vieillards. Il continue à venir se faire appliquer des pointes de fcii deux fois par semaine.

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Malgré la liberté dont il jouit, il n"a eu qu'un seul accès de nuit, le la août 1889, dont il n'a eu connaissance que par la morsure de la langue et la courbature consécutive. 11 accuse de temps en temps des secousses dans le bras paralysé.

Les cautérisations localisées ont encore donné un bon résultat dans l'observation V (p. 10) dans un cas d'épilepsie partielle et dans l'observation XXVI (p. 134) d'épilepsie généralisée d'emblée avec hémiparésie faciale. Dans onze antres cas où le môme traitement a été employé, on n'a obtenu que des diminutions temporaires. Dans l'observation suivante, les pointes de feu associées au bromure de potassium paraissent avoir donné d'heureux effets.

(l) BnU. Soc. inèdk'ulv des /lôpifaux, 1888, p. i:]2.

TRAITEMENT. — INDICATIONS ÉTIOLOGIQUES 541

Observation XCYII. — Épilcpsie à début hémiplégique; uyslagmua

vertical unilatéral.

B., 25 ans. Père mort phtisique à 52 ans. Mère de cinq ans plus âgée que le père, avait eu des pertes de connaissance et de la paralysie (?) à TAge de 8 ans. Elle avait 39 ans quand B.,son fils unique, est né. Grande Irayeur au sixième mois de la grossesse. L'enfant est né à terme, n'a pas en de convulsions, a parlé de bonne heure, a marché à 18 mois; rougeole, variole, sans accident nerveux. A 6 ans, premier accès avec perte de connaissance à la suite d'une peur. l\'ndant deux ans et demi les accès se reproduisaient tous les deux mois environ, commençant par le pouce gauche et se généralisant d'abord au cùté gauche. Ensuite il resta deux ans sans accès convulsils, mais avait des vertiges avec sensation de suffocation dans lesquels il se frappait la poiti'ine ; depuis, les accès sont revenus plus fréquents.

Légère contracture de la face à droite, strabisme convergent avec nystagmus vertical du même côté, pupille plus étroite à gauche, dédoublement du pli fessier à gauche; pas de paralysie appréciable des membres : dynamomètre 45 à droite, 40 à gauche, lia quelquefois de la contracture du bras gauche à la suite des attaques. Cyanose des extrémités. Ayant subi des traitements divers, il est resté sans aucun médicament en 1887, jusqu'au mois de septembre, époque à laquelle il commença à prendre 4 gr. de kbr. par jour ; 10 janvier 1888, 5 gr. kbr. ; 3 décembre 1888, 6 gr. kbr. Le 25 janvier 1889 on a commencé à lui appliquer deux fois par semaine une vingtaine de pointes de feu sur la région pariétale droite. On voit sur le tableau suivant que les accès, qui avaient été notablement modifiés sous l'influence du bromure seul, se sont encore jdus éloignés depuis l'intervention des cautérisations.

MOIS

.Vccès

Vertiges

Accès

Vertiges

tige

Avril

Mai

Octobre

Totaux

Accès

Vertiges

iT

Plusieurs médecins ont proposé d'appliquer le cautère actuel

iii-i ÉPILEPSIES ET ÉPILEPTIQUES

sur la région cervicale (1) ou racliidienne (2). Ce mode d'intervention paraît surtout justifié dans les cas assez fréquents d'ailleurs où il existe des points douloureux sur le racliis.

Parmi les irritations périphériques qui ont été encore employées dans le traitement de l'cpilepsie, nous ne citerons que pour mémoire las cautérisaliona jjharyngt'fs (P'ontaine).

Alexander préconise \-à percussion du rachis iwec un marteau de bois dont les coups sont amortis par une plaque de gomme élastique (3).

(1) Halle, Noie sur la comparaison ù établir entre la cautérisalion sincipilale dans le traitement de l'épilepsie et une autre méthode que l'on poiirrait appeler Cautérisation cervicale. {Nouv. Jour, de méd. cliir. et pharm., 18i9, p. 18o.)

^2) Diipuy, the Aclual Caatery in spasms, paralysis and epilepsy. {New-York med. journ., 1877, t. XXV, p. 1.)

(3) Alexander, the Treatment of epilepsy, 1889, p. luO.

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