SI TU POUVAIS PARLER
Tous ces bruits, ces baisers, ces rires Des soirs et des matins,
Si tu pouvais parler, tu nous dirais encore Combien de malheureux, lassés du poids du jour, Sont allés demander à ton onde sonore
Un repos incertain. Ames sans noble amour, Esprits vains et sans foi, cœurs malades ou Jâches,
Quand tes flots d'émeraude, au Pied de nos collines, Se reposent sans bruit,
Parmi les verts roseaux, les nymphes, les ondines, Dansent toute Ja nuit.
Du haut du ciel serein les pensives étoiles Te regardent dormir.
Et, le long de leurs mâts, en vain les blanches voiles S'efforcent de frémir:
Un sentiment d'amour s'empare de nos âmes, L'univers est plus Beau,
On voudrait s'élancer sur des ailes de flammes Vers un monde nouveau.
Et le barde, rêveur, reprend sa douce lyre
Pour te chanter encor en ton douteux repos.
Il voudrait, l'insensé, que son âme en délire
Put être calme un jour comme le sont tes flots, A-t-il donc oublié que ce calme limpide
N'est qu'un masque charmant qui cache ta fureur, Et que sous les replis de ton voile perfide
Se cache incessamment tout un monde d'horreur ?
POLLE
| Folle
N'allez pas la troubler. Laissez-lui l'espérance Elle cherche toujours, et sa persévérance
A quelque chose, hélas! qui fait mal. Désormais Elle va rester seule à pleurer; et jamais
L'être aimé qu'elle appe
lle en se penchant sur l'onde, Ne viendra dans ses m
ains poser sa tête blonde,
Henri, le fils de Paul, notre Premier voisin,
Venait de prendre femme. 11 était mon cousin :
Il était mon ami, mon compagnon d'enfance,
Avec ses rudes Poings il prenait ma défense,
Quand j'essuyais les Coups d'un garnement mauvais. Les autres avaient peur de lui. Je le savais.
Et cela me donnait une audace superbe,
Nous étions des enfants, des citoyens en herbe,
Qui trouvaient tous les lots sagement repartis.
mm ——
Donc, Henri, mon cousin, l'un des meilleurs partis De nos champs, où l'amour est toute la fortune, Henri me dit:
Enfin, je crois l'heure opportune D'amener une femme à mon humble foyer.
Je ne répondis rien, peur de me fourvoyer.
Le temps ne m'avait Pas apporté la science, Et ces mystères-là troublaient ma conscience.
Je vis bientôt après arriver le bonheur.
Le bonheur du cousin. J'étais garçon d'honneur; Je marchais le Premier parmi tous les convives. Le soleil du matin jetait des lueurs vives; Il jetait des lueurs de jeunesse et d'amour.
Le matin de la vie et le matin du jour, Comme ils sont beaux tous deux...
Nous entrons dans l'église.
Le prêtre est là, debout, en aube. Il faut qu'il lise Aux nouveaux mariés leur sublime devoir.
Ils ne faiblissent pas... Oh! l'amour, quel pouvoir!.. Ils revinrent, bénis comme des patriarches, Dans leur postérité.
Les jeunes font des marches
Je regardais le fleuve à travers la ramure.
Je vois le frêle es
» NOUS pouvons les Saisir Dans le flot qui les navre, et les rendre à leurs mères.
! Ncus revenions beureux, et les larmes amères Se cachaient mainte
nant sous un calme Souris.
Les marmots tout trempés paraissaient ahuris. Leurs pas étaient peu sûrs et leurs regards timides, Mais les baisers pleuvaient sur leurs têtes humides. Alors du champ voisin un cri s'est élevé; C'est la veuve Rousseau :
—Mon gars est-il sauvé ?
Mon cher petit Maurice... Est-il sauvé, dit-elle >. Sa voix tremble. Elle éprouve une angoisse mortelle. Personne ne répond.
Elle éclate en sanglots Et court, tout dffolée, en regardant les flots.
Comine un flocon d'écume, 6 scène ineffaçable! La vegue apporte alors le petit sur le sable... Depuis, la pauvre mère a perdu la raison.
Regardez, la voici qui sort de sa maison.
N'allez pas la troubler, Laissez-lui l'espérance. Elle cherche toujours, et sa persévérance
À quelque chose, hélas! qui faii mal. Désormais Elle va rester seule à pleurer, et jamais
L'être aimé qu’elle appelle en se penchant sur l'onde, Ne viendra dans ses mains poser sa tête blonde!