ERREURS
«Juin répand sur nos bords les fleurs de sa corbeille.
De suaves accents, dès que le jour s'éveille, Font retentir au loin nos bois mystérieux.
Sur les sillons fumants les insectes joyeux « Se hâtent à poursuivre une facile proie. V Le papillon doré tend son aile de soie T Et danse tout le jour dans les rayons de feu. N Le vaste Saint-Laurent déroule son flot bleu M Qui vient mourir sans bruit sur le sable, au rivage. Li L'air est tout parfumé, le ciel est sans orage. E! Mais rien n'est beau pour moi, car tout espoir est vain. Ur Je voudrais que le jour n’eut point de lendemain.
Ai «Ceux qui m'aimaient le plus m'ont laissé sur la terre Sa
Achever, triste et seul, mon chemin solitaire.
LA DÉBÂCLE
Je cherche autour de moi les êtres regrettés Que le ciel m'a, naguère, en un moment tés.
Pa
out je n'aperçois que ruines, désastres.
L uitest dans mon âme ct mon ciel est sans astres.
(O rivages chéris, où sont ces toits riants
Qui naguère brillaient au milieu de vos . 1amps Pareils à des rubis autour d'un diadème ?
Pourquoi vois-je Partout la face morne et blême De quelques malheureux qui pleurent comme moi ? L'aspect de l'avenir me fait trembler d'effroi.
«Roule, 6 beau Saint-Laurent, roule calme et tranquille! Viens caresser tes bords d’une lame docile.
Ta vengeance est parfaite, Ô fleuve souverain!
Mais réponds à ma plainte, et redis mon chagrin. Murmure, comme moi, dans la douleur amère,
Le nom de mon amie et le nom de ma mère!
Et quand je vais prier sur leurs humbles tombeaux, Unis à mes accents le doux bruit de tes eaux!»
Ainsi chantait Damas. Et sa muse plaintive, Sa muse attendrissait les échos de la rive.
Et puis,
de temps en temps. deux noms mélodieux S'échapp
aient de sa lèvre et montaient vers les cieux.
Les mondes
Il est bon, Ô chrétiens, d'élever sa pensée
De ce monde visible aux mondes inconnus.
Il est bon de montrer la conduite insensée
Des hommes que souvent l'orgueil a retenus
A l'ombre de la mort. Il est bon de se dire
Que l'astre merveilleux où nous fûâmes jetés,
Est un vaste tombeau qu'il ne faut pas maudire. Un jour il s'ouvrira pour les ressuscités.
Il est bon, quand la nuit est paisible, et l’espace Rempli jusques à Dieu de soleils éclatants, D'admirer l'univers dont la grandeur surpasse
Ce que diront jamais les calculs des savants.
Notre pensée alors s'unit, dans le mystère,
Aux pensers des humains qui peuplent tous ces lieux, F: le rayon d'amour qui monte de la terre S’accroît de monde en monde en se rendant aux cieux.
LES MONDES 117 Qui peut jamais, devant le spectacle indicible Que nous offre, la nuit, votre ciel étoilé, Qui peut jamais, mon Dieu, demeurer insensible Et ne pas deviner votre Verbe voilé ?
Qui ne sent pas, courbé sous ses douleurs profondes, L'invincible besoin de prendre son essor, Pour vous chercher partout dans ces étranges mondes Que vous avez semés comme des sables d'or ?
O mondes étonnants que nul penser n'embrasse, Poussière de soleils qui jouez devant Dieu,
Quel œil dans l'infini peut suivre votre trace ? Quel esprit Peut sonder vos entrailles de feux ? Avez-vous, comme ici, des mers aux vastes ondes Où des astres lointains mirent leur front vermeil ? Avez-vous la vallée et la plaine fécondes
Où les fruits sont dorés par un brûlant soleil ?
Avez-vous des forêts où règnent les mystères,
Les fauves dévorants et les oiseaux chanteurs ? Avez-vous des ruisseaux, des monts, des pics austères, Des souffles embaumés et des vents destructeurs ? Voyez-vous sur Vos mers les rayons d'une lune, Comme des glaives d'or descendre dans la nuit ?
Comme une frange blanche, avez-vous, sur la dune, L'écume du flot noir qui s'avance ou s'enfuit ?
Et comme cette terre où, nous autres, nous sommes, Naissant, mourant toujours, depuis des milliers d'ans, Astres mystérieux, avez-vous donc des hommes Créés d'une parole à l'aurore des temps ?
Et, comme nous encor, quelque péché funeste
Les a-t-il dépouillés de leur glorieux sort ?
Et, comme nous toujours, l’holocauste céleste
Les a-t-il sachetés de l'éternelle mort ?
Et chaque monde a-t-il son destin ? Et la vie Diffère-t-elle encor dans cette immensité ?
Chaque globe qui roule en la plaine infinie,
Comme un roi de sa cour, est-il donc escorté D'astres pareils entre eux, mais différents des autres ? O séjours inconnus, avez-vous tour à tour,
Guerre et paix, joie et pleurs ? Avez-vous des apôtres Qui vont proclamant Dieu, la science, l'amour ?
IRENNA LA HURO;.NE 119
le,
Irenna la Huronne