LE SUPPLICE
Les guerriers Iroquois reviennent de leurs courses.
Ils chantent en Voguant, et vantent les ressources
De cet esprit subtil qu'ils tiennent des aieux.
Ils traînent des Captifs. Ils sont fiers et joyeux, Car toute la tribu va les appeler braves.
Les femmes, les enfants, avec les vieillards graves,
En foule sur les bords viendront au-devant d'eux. Leur bouche se contracte en un rire hideux, Car ils ont inventé de nouvelles tortures.
Des cheveux tout sanglants pendent à leurs ceintures, Les cheveux des guerriers ennemis.
Les canots Glissent sur le flot noir comme un vol de linots. Le chef, de temps en temps, jette une clameur gaie En frappant rudement, du bout de sa pagaie, Un jeune prisonnier à ses pieds étendu.
Le vainque ir n'aura pas longuement attendu Pour voir mûrir ses plans et triompher sa ruse. Mais que n’a-t-il fait plus ? Maintenant il s'accuse De n'avoir pas versé tout le sang qu'il rêvait. Avait-il peur des Blancs ? Les Blancs, oh! s’il pouvait
Pendre comme un trophée à sa ceinture fauve Leur courte chevelure! Et, dans leur crâne chauve S'il pouvait, au festin, boire leur sang tiédi!
Et longtemps les canots, dans un élan hardi, Emportant les vaincus et les fruits du pillage,
Ont tracé sur les eaux leur sinistre sillage.
Ils arrivent enfin. Louant Areskouï,
Le guerrier dans les flots jette, tout réjoui,
Le petun odorant qu'il offre en sacrifice.
ures,
gaie
IRENNA LA HURONNE
Le sachem Iroquois,—serait-ce un maléfice ?— Le sachem déjà vieux brûle pour Irenna,
La fille des Hurons qu'un guerrier Jui donna. Il brûle et veut l'avoir pour femme ou Pour maîtresse. Elle viendra bientôt, en sa grande détresse,
Pour la première fois au wigwam du chasseur.
C'est pour sauver Ounis. Elle se dit sa sœur.
Tous les deux ils Mourront s'ils ne vivent ensemble.
À la clarté des feux la tribu se rassemble,
C’est l'heure du supplice. Alors le sachem dit: —Jusqu’à l'autre soleil il vous est interdit
De tourmenter Ounis, le frère de ma femme,
Pour les autres captifs nul tourment n'est infâme.»
— L'ardent foyer pétille et la chaudière bout. Au festin!...Les captifs sont là, rangés debout, Liés solidement au tronc rugueux du frêne.
Au festin!... Nous irons sur la sanglante arêne, Et le Huron Mourra déchiré par les fers.
Les Outrages anciens que nous avons soufferts Seront vengés !
Ainsi parle un jongleur immonde, Et le festin commence. Et tout ce cruel monde Déchire de ses dents les morceaux de la chair. Et l’enivrant fumet monte longtemps dans l'air Avec les cris de joie, à travers le bois dense. Puis au repas succède une infernale danse, La danse de la mort.
— Le sais-tu, prisonnier,
Le soleil qui se couche est pour toi le dernier ? Nos chiens vont dévorer, cette nuit, ton cadavre...
Guerrier, tu vas mourir! guerrier, la peur te navre!
Ils dansent en chantant ce sinistre refrain.
Leur colère, bientôt, ne connaît plus de frein. Ils balancent les bras, ils agitent la tête,
Re À PET
Ils poussent des clameurs comme des cris de bête. Devant les prisonniers ils passent tour à tour, Et leurs ongles, aigus comme des becs d’autour, P Les déchirent. Ensuite, au signal, l’arc se bande, Il Et de cruels enfants, avec la noire bande, C Sur ces nobles vaincus lancent des traits perçants. E: E Et toujours garottés, les Hurons impuissants Jettent à leurs vainqueurs des regards pleins d’outrage. Si
Le sang qui coule allume une effroyable rage;
IRENNA LA HURONNE 131
C'est la Pourpre sans prix dont le bourreau se teint. On attise la flamme au foyer qui s'éteint,
Les femmes font rougir des instruments de pierre Et brûlent en riant l’insolente paupière D'où sans cesse jaillit le mépris.
Les Hurons, En des éclats de voix qui semblent des clairons, Provoquent leurs bourreaux :
—Bourreau, tu te relâches!
Oh! quel bonheur! nos yeux ne verront plus de lâches! Nos fils de vos aieux ouvriront les tombeaux, Pour vous donner ensemble en pâture aux corbeaux !’
Plus ils narguent la mort, plus aussi le Sang coule... Leur voix n’est plus qu’un râle et la vengeance est soûle.
Parmi ces fiers Mourants Ounis est oublié.
Il est demeuré seul à son arbre lié.
C'est un malheur nouveau. Le supplice qui tarde Est souvent Plus cruel qu’un Prompt supplice. Il garde En son cœur ulcéré rancune à son destin.
S'il est sur le bûcher au lieu d’être au festin, C'est l'amour inconstant d’Irenna la chrétienne
Qui l'a voulu... L'infâme! Au moins qu'on la détienne ! Qu'elle sache sa mort et ses ressentiments,
Et qu'ensuite elle meure au milieu des tourments!