ALLÉLUIA
L'humanité s'élève avec lui dans la gloire:
Jusqu'à la fin des temps on dira sa victoire De soleil en soleil.
Alléluia! La mort était un sombre gouffre Où venait s'engloutir tout ce qui chante ou souffre. L'homme vivait sans but et mourait sans espoir, Il allait, comme au vent du nord s'en va la feuille, Comme le raisin mûr, que la vendange cueille,
S'en va dans le pressoir.
Le Suprême Ouvrier voyait périr son œuvre, Le mal nous étreignait de ses longs bras de pieuvre: Un égoïsme froid pesait sur les mortels:
Le Pontife riait de ses pieux symboles, Et dans son cœur coupable, aux menteuses idoles Il dressait des autels.
Le temple de Sion, — indignes sacrifices! — S'inonde encor du sang des boucs et des génisses, Mais le bras du Seigneur n'est plus son étançon.. Il s'écroule, et l'offrande impure est rejetée. Terre, réjouis-toi, le ciel t'a rachetée,
Le Christ est la rançon!
166 LES ÉpPIs
Montez, Alléluias, montez! Non, jamais heure
Pour les pauvres humains n'aura sonné meilleure.
La haine s'est enfuie au souffle de l'amour:
L'Éternel a levé le terrible anathème
Qui pesait comme un joug sur le front sans baptême, Depuis le premier jour!
O peuples façonnés aux hontes du servage,
Buvez le vin nouveau! C'est un divin breuvage
Qui mettra la vaillance en vos cœurs engourdis,
Et vous réjouira comme un chant de trouvère!
Dans un long cri d'amour il coula du calvaire Sur le front des maudits.
Vierges, semez de lis vos retraites jalouses.
Que la blancheur est douce et fleure bon! Épouses,
Chantez l'alléluia! Vos foyers sont des nids
Que ne profanent point les amours éphémères,
Et, quand tressailliront vos entrailles de mères, Vos fruits seront bénis!
Alléluia! Petits que l'orgueilleux dédaigne, Grands qu'on envie, et dont en secret le cœur saigne, Passants accoutumés du chemin des douleurs,
ALLÉLUiA 167
Un baume va couler, divin, sur vos blessures, Et les baisers ardents des lèvres les plus pures Iront sécher vos pleurs.
Alléluia! Le Christ s'est levé plein de vie!
Homme simple, à genoux! À genoux, fier génie! Par le monde il s'en va semant là vérité, La nuit n'est plus. Salut à la nouvelle aurore! Le passé t'appelait, tout l'avenir t'adore,
Divin Ressuscité!
Le brouillard
Glèbe qu'un soc déchire et que nos pleurs arrosent, Ciel qu'un nuage couvre ou que des soleils rosent, Femmes belles, enfants, hommes joyeux et bons, Foyers des longs hivers allumant leurs charbons, Fenêtres des étés s'ouvrant au tiède effluve,
Feu des grands abattis tonnant comme un Vésuve,
Tout est beau; j'aime tout; mais la fin doit venir, Et la vieillesse, un jour, oublie.
Un souvenir
M'est revenu pourtant, plein d’une saveur douce, Un souvenir lointain, vague lente que pousse :e souffle parfumé du soir.
Près de chez nous, Dans un enclos étroit foulé par les genoux, Sur le bord du chemin que longe une rigole, Une croix s'élevait. De la maison d'école, Dans l'air, on la voyait tendre ses deux bras nus, Comme pour nous montrer des chemins inconnus.