‹ Les épis [microforme]Chapitre 34 sur 65 · LE BROUILLARD · texte numérisé non relu

LE BROUILLARD

Quand d'une douce voix que les ans rendaient lasse, Notre vieille maîtresse, avant, après la classe, Disait: Ven, Sancte, disait le Sub tuum,

Elle cherchait toujours le seint Palladium,

Et nous devinions bien, à genoux en arrière,

La route où s’en allaient ses yeux et sa prière.

Or, un matin d'avril, après un long dégel, Comme un voile d'argent enveloppe un autel, Une molle buée euveloppa les chaumes.

C'était une mer blanche où voguaient des fantômes, Où les objets perdus n'avaient plus de couleurs. Parmi ces flots brumeux, sur le gazon sans fleurs, Dans son enclos muet comme le cimetière,

La croix se dessinait très noire et tout entière. On la voyait alors qu'en un ciel sans lointains, Les arbres ébauchaient des contours incertains, Et qu'au long de la route, en des ondes étranges, Paraissaient s’engloutir les maisons et les granges.

Je sentais la tristusse et peut-être l'effroi M'étreindre lentement, et mon âme avait froid. Pour voir la croix planer sur le bourg en détresse, Noñs nous étions groupés auprès de la maîtresse.

La brume s'épaissit et sa dense blancheur Noya tout. Nul rayon ne tiédit la fraîcheur De cette vague morte où tout semblait rigide, Et la croix à son tour conunença de sombrer; Puis elle disparut.

Un soupir fit vibrer

L'âme de la maîtresse et ::: pieuses lèvres.

Ses grands yeux désolés fouillèrent, pleins de fièvres, L'implacable brouillard où plus rien ne flottait Tristement elle dit:

C'est bien là qu’elle était!

Et d'un doigt tremblotant nous montra nos bancs vides,

Une amère buée avait mouillé ses rides.

J'ai vu souvent depuis venir de lourds brouillards, Mais la croix est restée au fond de mes regards.

ides,

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