‹ Les épis [microforme]Chapitre 46 sur 65 · PAX · texte numérisé non relu

PAX

La paix, c'est le regard de la femme qu'on aime, Le tapis de gazon que la rose parsème,

Le sein où les désirs montent tumultueux ;

C'est toute 1: beauté que nul voile n'opprime:; C'est l'être qui se fond dans un baiser sublime, Car la paix, c'est l'amour, dit le voluptueux.

La paix, c'est le mépris des biens et des tendresses:; C'est le calice amer des pieuses ivresses;

C'est le feu qu’on éteint dans une Âme qui bout,

Le repos de l'esprit dans les régions saintes,

Et l'emprisonnement, dans les froides enceintes,

De ce corps de péché que l'on traîne partout !

La paix, c’est l'existence au milieu des prairies, Parmi les gais oiseaux, sous les branches fleuries,

Ou dans les blés dorés, au bord du ruisseau bleu; La paix, c'est la famille où le ciel fait descendre Des anges espérés; c’est l’âtre dont la cendre Couvre, pour les jours froids, un doux rayon de feu.

La paix, dit le soldat, c’est, après la victoire, La croix sur la Poitrine et le nom dans l'histoire: C'est de reculer loin les bornes d'un état,

De pousser une armée, ainsi qu'une avalanche, Sur des peuples surpris. C’est aussi la revanche, Dit le vaincu d’un jour au cruel potentat.

La paix, c'est la louange avec son ambroisie; C'est l’éloquence ardente, ou c'est la poésie

Qui déroulent leurs flots comme un océan d'or; C'est le soupir du luth ou l’hosanna du cuivre: Le vol des sons divins que l'âme voudrait suivre Jusques aux pieds de Dieu, dans un dernier essor.

«La paix soit avec vous!» O Christ né de la Vierge! Ce vœu n'a pas sauvé le monde que submerge, Sous tes regards mourants, un flot d'iniquités! L'homme n'a pas compris ta suave parole.

As-tu donc caché trop la divine auréole

Qui couronnaït ton front quand tu nous as quittés ?

Les siècles sont à toi, l'humanité commence,

Vais-je comme un impie, en un jour de démence, Demander les secrets que garde ta bonté ?

La paix viendra. Ceux-là la trouveront sans doute,

Dont le cœur fort et pur est comme une redoute, Et dont l'esprit est plein de bonne volonté.

l'or; vre; suivre r essor.

a Vierge!

s doute, doute,

PAX 209 Car la paix, ce n'est point le repos dans la gloire, La coupe des plaisirs où l'on veut toujours boire, L'ivresse de la force ou de l'austérité:

Ce: t ni l'oraison dans l'église bénie, Ni les secrets de Dieu surpris par le génie, Ni ces biens à la fois, mais c'est la charité.

Adieu à l'an qui fuit

Bel an qui fuis, adieu! Naguère avec ivresse J'acclamais ton retour, j'écoutais ta promesse. De l'aigle ou du Simoun ta course a la vitesse.

Une fleur s'est fanée, et notre froide main La laisse, hélas! tomber sur le bord du chemin Que d'autres, à leur tour, vont parcourir demain.

Le monde est-il meilleur et l'amitié, plus forte ? À l'homme malheureux que la misère escorte, Le riche avec plaisir ouvre-t-il donc sa porte ?

La bouche de l'envie est-elle sans venin ?

Le traître rougit-il de son lâche dessein ?

La paix est-elle acquise à tout le genre humain ?

Des princes s'écriaient dans leur orgueil stupide: Nous r°nerons sans Dieu. Notre bras intrépide Peut défendre nos droits contre un sujet cupide.

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