L'ÉGLISE DES HURONS
Qui donc sera Vainqueur dans cette lutte étrange Entre l'esprit céleste et le spectre maudit ?
Le sourire du nain ou la larme de l'ange ?
Écoutez ce qu'un jour une femme entendit :
Une jeune Huronne allait seule, en silence, Pleurant le bien-aimé qui ne doit plus venir. Sous un feuillage épais que la brise balance Elle vient s'arrêter Pour mieux se souvenir.
Comme un saule rompu son pâle front s'incline; Ses regards enivrés commencent à languir.
Tout flotte vaguement. Le jour partout décline. Elle entend des accords qui la font tressaillir:
«C'est en vain que tu veux, démon de Ja vengeance, «A ce peuple ravir sa plus chère espérance «Œt le germe sacré de sa douce croyance,
«De ses débris fumants le temple sortira, (Au-dessus du hameau la croix sainte luira, Æt sur l'humble Parvis le sauvage priera.»
Et ce chant prophétique était comme un dictame Pour le cœur affigé de la dolente femme.
Elle vit aussitôt l'ange tout radieux Essuyer sa paupière et remonter aux cieux
Sur la chute elle vit alors le nain immonde Grincer des dents, rugir et s'élancer dans l'onde,
Elle vit s'élever au milieu du hameau, Sur les cendres du temple un beau temple nouveau,
nouveau,
Pax
Deus est Charitas
(La paix soit avec vous.» Éclair dans ja nuit sombre, Ce mot va-t-il sauver l'humanit” qui sombre ? Dix-neuf siècles déjà se sont accumulés
Depuis qu'on t'aime, 0 Christ ! depuis qu'onte blasphème. On répond par la haine aux vœux qu'un Dieu lui-même, Dans son amour Pour nous, pour nous a formulés.
Le siècle est-il Plus fort que toi, Dieu du calvaire ? Son rire étouffe-t.il ta doctrine sévère ?
Vois-tu donc défaillir tes disciples aimés ?
(La paix soit avec Vous,» dit-tu. La paix qu'est-elle ? Chacun la veut, la cherche. En notre âme immortelle Les désirs de la Paix par ta ain sont semés,
Mais quand donc Verrons-nous la gloire de ton règne ?
Veux-tu que l'on espère, ou x cux-tu que l'on craigne ?
Le monde enténébré crut que tu le trompais,
Que tu dormais toujours sous la pierre des tombes, Et de tes défenseurs il fit des hécatombes.
La mort dans les tourments, était-ce donc la paix ?
Du levant et du nord, sous d'étranges armures Arrivent des guerriers. Comme des moissons mûres Les peuples sont fauchés partout et sans merci, Des noms suintant le sang déflorent nos annales: La luxure s’acharne aux couches virginales…
© doux Galiléen, la paix est-elle ici ?
Non loin du toit moussu de l’humble prolétaire, S'élèvent des palais. Non loin du coin de terre Que les déshérités arrosent de sueurs,
Fleurissent des heureux les jardins fantastiques. La paix habite-tlle, 6 Christ! les fiers portiques, Ou le chaume éclairé par d’avares lueurs ?
Puis, le savant a dit: La paix, c'est la science, C'est le fruit du labeur et de la patience; C'est l'œil ardent qui plonge au fond du gouffre noir, Pour y voir se jouer un rayon de lumière;
C'est l'esprit qui surprend une cause première, Au problème incompris où se brisait l'espoir.