‹ Les épis [microforme]Chapitre 52 sur 65 · IRONIE ET PRIÈRE · texte numérisé non relu

IRONIE ET PRIÈRE

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Jamais pour votre lit Dieu ne vous a fait prendre La pierre de votre foyer

Riches, Connaissez-vous le taudis de la ville Où se cache Ja pauvreté ?

Avez-vous, en entrant, vu fuir la jeune fille Honteuse de sa nudité ?

Avez-vous vu l'enfant à la bouche livide Qui ne mange Point au réveil ?

Oh! vous ne Savez pas combien j! est avide Du pain qu’il voit dans son sommeil !

Donnez donc à l'enfant l'obole qu’il réclame, Pour qu'il ne meure pas de faim.

Donnez un peu de bois à tout foyer sans flamme, A l'orpheline, un peu de pain,

Relevez sans aigreur une femme qui tombe Et le bon Dieu vous bénira;

Et puis, si les heureux évitent votre tombe, Le pauvre la visitera.

Le cantique du bon pauvre

Quand la feuille d'ormeau tapisse la vallée, Que l'enfant ne su't plus la solitaire allée

Pour prendre un papillon; Quand les champs sous la faux ont vu tomber leurs gerh Que l'insecte prudent trottine sous les herbes, Ou se cache au sillon,

Seigneur, j'espère en toi, car l’heure qui s'avance Sur son aiïle glacée apporte la souffrance Au seuil de l’indigent;

Seigneur, j'espère en toi, car sur l’homme qui pleure Tu reposes toujours, de ta sainte demeure, Un regard indulgent.

Comme un champ que l'automne a noyé dans sa brume, Mon cœur est en ces jours noyé dans l'amertume, Mon cœur toujours soumis.

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LE CANTIQUE Du BON PAUVRE

Après elle traînant sa lamentable escorte, La misère en haillons s'est assise À ma porte, Je suis de ses amis.

Que le riche demeure à l'abri des orages; Que la froide saison réserve ses outrages Pour tous ceux qui n'ont rien; Que chaque heure qui vient m'apporte sur son aile Un pénible regret, une angoisse nouvelle, Si Dieu le veut, c’est bien.

Celui dont le regard veille sur tous les êtres, Qui nourrit l'araignée au coin de mes fenêtres, Le grillon au foyer,

Pourrait-il, en Voyant son enfant, sur la terre, Élever vers le ciel un cœur pur et sincère, Ne pas s’apitoyer ?

Si la vie à mes yeux n'offre guère de charmes,

Si je mange mon pain détrempé de mes larmes, Mon âme est dans la paix.

Quand à mon crucifix mes regards se suspendent,

Des soucis dévorants, des douleurs qui m'attendent Je ne crains plus le faix.

Chaque saison qui fuit, chaque nouvelle année Nous disent que bientôt l'on verra, terminée, Notre course en ce lieu.

Et le riche et le pauvte attendront, en poussière Le redoutable jour où luira tout entière La justice de Dieu.

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