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LE JOUR DES MORTS

On dirait que le monde est un vaste tombeau, Car tout meurt, et le jour de son pâle flambeau N'éclaire que des deuils. Fleurs et feuilles fanées S'en vont on ne sait où, comme vont nos années! Plus de gerbes de flamme au sommet des rochers. Sous le voile du soir pleurent nos blancs clochers. Tout se lamente. Au loin, c'est la vague qui brise, Les affres de l'été qui meurt, la froide bise

Qui chasse les oiseaux en morne défilé.

Le nid vide ressemble au toit de l’exilé.

L'oiseau reviendra-t-il sur la branche flétrie,

Et le pauvre exilé, dans sa chère patrie ?

Nul ne sait, car partout le cœur laisse un lambeau.

Suivons la foule. Allons, mon fils, au cimetière.

Ta créature, 6 Dieu! ne meurt pas tout entière:

Ton œuvre est éternelle, et tu ne détruis rien.

Quand ton Verbe créa tu dis que c'était bien.

Nos corps dans leurs tombeaux se changent en atômes. Ils ne se traînent plus comme de vains fantômes, Mais ils vont, déliés, invisibles, subtils,

Ils vont dans l'herbe molle et dans l'or des pistils, Dans l'arbre aux verts rameaux qui nous prête son ombre

à Dans les fleurs que partout l'été sème sans nombre.

Ils germent dans les blés qui couronnent les champs, Et l'oiseau les aspire en modulant ses chants. Ainsi vivra toujours peut-être, la matière.

Suivons la foule. Allons, mon fils, au cimetière.

Quel calme saisissant! Combien dorment ici Qui nous aimaient beaucoup. que nous aimions aussi! Ils ont brisé leur chaîne et 'est la délivrance.

Leur plaisir est fini, finie est leur souffrance!

Fini le rêve aimé qui dorait l'avenir!

Finis l'ivresse folle et l'amer souvenir!

Ils vinrent er ces lieux, sur les feuilles jaunies,

Voir les tombeaux fermés après les agonies.

Ils lurent quelques noms, prièrent à genoux, Songèrent un instant sans doute, comme nous,

A la fragilité de toute vie humaine!

O jour de deuil sacré que chaque automne amène, Tu le proclames haut, la mort est sans merci!

Quel calme saisissant! Combien dorment ici!

Prions pour tous. Qui sait où trouver l'innocence ? Attend-elle son juge en la magnificence,

Sous ce marbre orgueilleux qu’on entoure là-bas, Ou dans le dénûment, loin du bruit de nos pas,

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