FOLLE
Foll
N'allez pas la troubler. Laissez-lui l'espérance.
Elle cherche toujours, et sa persévérance
A quelque chose, hélas! qui fait mal. Désormais
Elle va rester seule à pleurer; et jamais
L'être aimé qu'elle appelle en se penchant sur l'onde,
Ne viendra dans ses mains poser sa tête blonde.
Henri, le fils de Paul, notre premier voisin, Venait de prendre femme. Il était mon cousin; Il était mon ami, mon compagnon d'enfance. Avec ses rudes poings il prenait ma défense, Quand j'essuyais les coups d'un garnement mauvais. Les autres avaient peur de lui. Je le savais, Et cela me donnait une audace superbe.
Nous étions des enfants, des citoyens en herbe, Qui trouvaient tous les lots sagement repartis.
Donc, Henri, mon cousin, l'un des meilleurs partis De nos champs, où l'amour est toute la fortune, Henri me dit:
Enfin, je crois l'heure opportune D'amener une femme à mon humble foyer.
Je ne répondis rien, peur de me fourvoyer. Le temps ne m'avait pas apporté la science, Et ces mystères-là troublaient ma conscience.
Je vis bientôt après arriver le bonheur...
Le bonheur du cousin. J'étais garçon d'honneur;
Je marchais le premier parmi tous les convives.
Le soleil du matin jetait des lueurs vives;
Il jetait des lueurs de jeunesse et d'amour.
Le matin de la vie et le matin du jour,
Comme ils sont beaux tous deux!...
Nous entrons dans l'église.
Le prêtre est là, debout, en aube. Il faut qu'il lise Aux nouveaux mariés leur sublime devoir. Ils ne faiblissent pas... Oh! l'amour, quel pouvoir!... Ils revinrent, bénis comme des patriarches, Dans leur postérité.
Les jeunes font des marches