‹ Les ÉpisChapitre 19 sur 57 · FOLLE · texte numérisé non relu

FOLLE

Sur les chemins poudreux, qui semblent des rubans Perdus dans les blés mûrs. Les autres sur des bancs Vont s'asseoir pour causer ou chanter.

Or, le fleuve Coulait tout près, immense. Une pirogue neuve Ancrée à quelques pas, sur le flot vert mouvant, Se berçait comme un cygne aux longs baisers du vent. Vers le soir, aux premiers rythmes gais de la danse, Une troupe d'enfants joyeux et sans prudence Monta dans la pirogue. Il était un danger: Le flot montant roulait, puis venait s'effranger Sur le sable mobile avec un long murmure.

Je regardais le fleuve à travers la ramure.

Je vois le frêle esquif tout à coup chavirer...

Je pousse un cri, m'élance, afin de retirer

De l'humide tombeau ces pauvres petits anges.

D'autres suivent mes pas... Maintes plaintes étranges

Remplacent aussitôt les éclats du plaisir.

Ces petits imprudents, nous pouvons les saisir

Dans le flot qui les navre, et les rendre à leurs mères.

Nous revenions heureux, et les larmes amères Se cachaient maintenant sous un calme souris.

Les marmots tout trempés paraissaient ahuris. Leurs pas étaient peu sûrs et leurs regards timides, Mais les baisers pleuvaient sur leurs têtes humides. Alors du champ voisin un cri s'est élevé; C'est la veuve Rousseau:

— Mon gars est-il sauvé ?

Mon cher petit Maurice!... Est-il sauvé, dit-elle?... Sa voix tremble. Elle éprouve une angoisse mortelle. Personne ne répond.

Elle éclate en sanglots Et court, tout affolée, en regardant les flots.

Comme un flocon d'écume, ô scène ineffaçable!

La vague apporte alors le petit sur le sable...

Depuis, la pauvre mère a perdu la raison.

Regardez, la voici qui sort de sa maison...

N'allez pas la troubler, Laissez-lui l'espérance.

Elle cherche toujours, et sa persévérance

A quelque chose, hélas! qui fait mal. Désormais

Elle va rester seule à pleurer, et jamais

L'être aimé qu'elle appelle en se penchant sur l'onde,

Ne viendra dans ses mains poser sa tête blonde!

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