LES MONDES
Qui peut jamais, devant le spectacle indicible
Que nous offre, la nuit, votre ciel étoile,
Qui peut jamais, mon Dieu, demeurer insensible
Et ne pas deviner votre Verbe voilé ?
Qui ne sent pas, courbé sous ses douleurs profondes,
L'invincible besoin de prendre son essor,
Pour vous chercher partout dans ces étranges mondes
Que vous avez semés comme des sables d'or ?
O mondes étonnants que nul penser n'embrasse, Poussière de soleils qui jouez devant Dieu, Quel ceil dans l'infini peut suivre votre trace ? Quel esprit peut sonder vos entrailles de feux ? Avez- vous, comme ici, des mers aux vastes ondes Où des astres lointains mirent leur front vermeil ? Avez-vous la vallée et la plaine fécondes Où les fruits sont dorés par un brûlant soleil ?
Avez-vous des forêts où régnent les mystères, Les fauves dévorants et les oiseaux chanteurs ? Avez-vous des ruisseaux, des monts, des pics austères, Des souffles embaumés et des vents destructeurs ? Voyez-vous sur vos mers les rayons d'une lune, Comme des glaives d'or descendre dans la nuit ?
Comme une frange blanche, avez- vous, sur la dune, L'écume du flot noir qui s'avance ou s'enfuit ?
Et comme cette terre où, nous autres, nous sommes, Naissant, mourant toujours, depuis des milliers d'ans, Astres mystérieux, avez- vous donc des hommes Créés d'une parole à l'aurore des temps ? Et, comme nous encor, quelque péché funeste Les a-t-il dépouillés de leur glorieux sort ? Et, comme nous toujours, l'holocauste céleste Les a-t-il rachetés de l' éternelle mort ?
Et chaque monde a-t-il son destin ? Et la vie Difïère-t-elle encor dans cette immensité ? Chaque globe qui roule en la plaine infinie, Comme un roi de sa cour, est-il donc escorté D'astres pareils entre eux, mais différents des autres? O séjours inconnus, avez-vous tour à tour, Guerre et paix, joie et pleurs ? Avez-vous des apôtres Qui vont proclamant Dieu, la science, l'amour ?
IRENNA LA HURONNE 119
Irenna la Huronne