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LA VOIE

L'homme n'est qu'un passant sur la terre qu'il aime; Ses larmes font germer le sol ingrat qu'il sème, Et toujours il espère un meilleur lendemain. Phare divin, la foi lui montre le chemin Qui va de son exil à la Cité Céleste. Humble, il regarde et marche ; orgueilleux, il proteste . Il veut prendre, dit-il, plus libre ou plus adroit, Pour atteindre le ciel un chemin moins étroit .

L'incrédule s'égare en la nuit du mystère;

Il ne voit rien. Il croit qu'il est fait pour la terre,

Que le monde est son bien, qu'on ne vit qu'une fois.

Pourtant, autour de lui, maintes dolentes voix

Appellent ardemment l'heure des délivrances,

Et demandent pourquoi la vie et les souffrances.

Il reste sourd. Pour lui, nul Sauveur n'est venu, Et le rachat de l'homme est un mythe ingénu.

Et sous tous les climats, et dans tous les royaumes, Trônant dans les palais, ou rampant sous les chaumes On voit des cœurs fanés et des âmes en fleurs. Le superbe triomphe et l'humble est dans les pleurs. Mais quel front a le droit de se nimber de gloire ? Et quel œil scrutera les secrets de l'histoire ? L'homme n'est pas le maître. Il ferme en vain les yeux Pour éteindre, en son rêve, et l'enfer et les cieux.

Nos aïeux, par le Christ, vers la forêt profonde Jadis furent guidés.... Leur empire se fonde Au rythme de la hache, au grincement du soc, Et leur ardente foi repose sur le roc. Bardes mélodieux des bosquets, des prairies, Feuillages qui flottez comme des draperies, Fleurs dont les baumes purs n'ont pas été souillés, Arbrisseaux gris de sève et vieux troncs dépouillés, Chantez le nom du Christ que ma patrie adore!

Bénis soient le réveil du travail à l'aurore! La vagabonde nef du hardi batelier!

La berçante chanson du toit hospitalier! Le baiser du départ et le repos sous l'herbe!

A l'automne, le pauvre emporte aussi sa gerbe, Quand même en son labour les blés n'ont pas germé, Car le cœur du chrétien ne s'est jamais fermé. Sans honte notre terre est croyante et soumise. Elle est, aux temps nouveaux, une terre promise D'où monte un chant d'amour, où descend le pardon. Elle a sa gloire et ses martyrs. Dieu trouva bon, Pour faire de son peuple un peuple à l'âme neuve, De le passer d'abord au creuset de l'épreuve.

Et nous avons souffert, et nous avons lutté. Les revers et la peur n'ont jamais rebuté De nos vieux paysans la foi, ni le courage, Et nous avons pleuré de douleur et de rage, Lorsque le drapeau blanc emporta dans ses plis La vieille France aimée.

Oh! les faits accomplis, — Triomphes de l'orgueil et sommeil des vengeances, — Ils nous ont vus subir d'amères exigences. Mais alors c'est sur Dieu que nous avons compté! Notre espoir est encore en ce Dieu de bonté, Et nul maître jamais, ceci qu'on le retienne, Ne pourra l'arracher de notre âme chrétienne! Et qu'on ne dise pas que c'est témérité: Cet espoir nous l'avons des aïeux hérité.

Brebis qui vous perdez sur des sentiers perfides, Voyageurs imprudents qui dédaignez les guides, Pêcheurs qui ne savez où jeter vos filets, Esprits dont les desseins sont comme des stylets, Âmes douces, cœurs bons qu'attend le traître piège, Jeune à l'œil rayonnant et vieux au front de neige, Enfants des bois, enfants des champs et des cités, Vous cherchez le chemin du bonheur... Écoutez, Et vos cœurs pleins d'ennuis vont s'ouvrir à la joie. Écoutez, le Christ parle. Il dit:

«Je suis la Voie.»

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