LA VÉRITÉ
O philosophes vains qui dédaignez la foi,
Dix-neuf siècles déjà, pour lumière et pour loi,
Ont du Christ accepté la divine parole,
Et vous cherchez toujours, avec une ardeur folle,
A griser les humains d'une coupe sans fiel,
Et d'une vérité qui n'aurait rien du ciel!
Oui, pendant que je peine ou pendant que je prie, Croasse le sarcasme. Une infâme voix crie:
— La vérité, c'est moi!... Moi, qui suis le plaisir, Et qui réveille en l'âme un éternel désir. La vérité, c'est moi!... Moi, qui suis la science, Et montre le néant de toute conscience; C'est moi qui ne sais rien et ne peux rien savoir, Et n'aime pas un Dieu que je ne saurais voir! C'est l'homme émancipé, qui n'est pas fait d'argile, Et croit à son journal plutôt qu'à l'Évangile! C'est le drame troublant où l'on aime, où l'on rit, Où l'on couvre de fleurs la vertu qui périt!... La vérité, c'est Dieu devenu hors de mode, Et dont la majesté ne plaît, ni n'incommode!
La voix qui crie ainsi, c'est la voix de l'orgueil Qui ne croit qu'en lui-même, et sombre sur l'écueil; C'est la voix de l'impur, c'est la voix de l'impie, Qui menacent le ciel parce que l'homme expie. Elle ment. Elle appelle, hélas! ces jours mauvais Où l'ennemi du Christ fait le guet aux chevets, Pour que n'échappe point l'apostat qui s'effare; Où le mal que l'on fait jamais ne se répare; Où le naïf s'attache à l'imposteur qui dit Que sans maître on est libre, et sans culte on grandit; Où l'apôtre du siècle entre encor dans l'Église, Et jongle avec le doute où son âme s'enlise.
Et devons-nous pleurer sur le temple détruit ? De ton labeur, ô Christ ! serait-ce là le fruit ? Arme ton bras du fouet. De la divine enceinte Chasse l'âpre vendeur et la probité feinte... Mais pourquoi se hâter ? Dieu bon, tu le promets, Les portes de l'enfer ne prévaudront jamais.
Des hommes valeureux, ou marqués du génie, Ont pu sauver parfois un peuple à l'agonie, Lui rendre le courage et la prospérité; Jamais ils n'ont changé sa haine en charité. La vérité n'a point fleuri sur leur rivage. Mais Jésus vient briser les fers de l'esclavage, Et délivrer l'esprit de ses voiles épais. L'homme devient son frère; Il lui lègue la paix. Il confie à ses soins la divine semence, Et l'histoire du monde avec lui recommence.
La vérité qu'on cherche et que souvent l'on fuit, C'est un rayon de Dieu qui rose notre nuit. Invincibles témoins, Martyrs des catacombes, Vous êtes morts pour elle. Et, du fond de vos tombes, Sauvant l'humanité d'un sanglant cauchemar, Vous avez détrôné le mensonge et César,
Le mensonge flatteur qui n'éclaire personne,
Et César toujours lent quand l'appel de Dieu sonne.
Vous avez de Baal renversé les autels;
Et sur Rome, l'orgueil et l'effroi des mortels,
Vous avez arboré, comme un signe de gloire,
La croix qui depuis lors nous mène à la victoire.
Tous les peuples, Jésus, verront tes envoyés... Hommes, levez vos fronts par la honte ployés! Tressaillez d'allégresse à la bonne nouvelle! Moissonneur d'âmes, va, porte à Dieu ta javelle! Comme un soleil ardent ton sang l'a fait mûrir; Tu sais, comme ton Maître, aimer jusqu'à mourir!
Ton œuvre, doux Sauveur! n'est pas celle de l'homme; Ta force vient du ciel, et c'est Dieu qu'on te nomme. Comment donc ne pas croire à ton autorité, Quand tu dis à l'erreur:
«Je suis la Vérité.»