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LA VIE

O Christ! dont la doctrine a jeté sur le monde La suprême clarté qui désormais l'inonde,

Tu dis, le dernier soir, lorsque tout va finir, Que le pain de froment que tu viens de bénir, C'est ton corps adorable !. . . Et tu veux qu'on le mange ! Et tu dis que le vin, merveilleuse vendange Que nous présente aussi ton adorable main, C'est le sang que pour nous tu verseras demain.

Dans quel étonnement ce mystère nous plonge! Mais si Jésus est Dieu, rien en Lui n'est mensonge. Oh! n'allez pas, Chrétiens, tels les juifs inhumains, Prendre pour le frapper la pierre des chemins!

Jésus est Dieu. Jamais, ô Divinité sainte!

Le doute ne retient, dans sa cruelle étreinte,

Le mortel anxieux qui tombe à tes genoux...

Oui, lorsque ta bonté se manifeste à nous,

En mûrissant le grain qui nourrit nos familles,

En donnant la verdure et les nids aux charmilles;

Oui, quand j'entends l'oiseau te chanter au réveil,

Quand je vois se lever ton radieux soleil,

Quand je dis que ta main lance ou retient la foudre,

Façonne l'astre d'or ou le réduit en poudre,

Je sens de mon néant l'étrange profondeur,

Et je devine un peu ta force et ta splendeur;

Mais je courbe la tête, ô Christ! devant l'Hostie; J'adore, et ma pensée est comme anéantie!

Et qui donc comprendra ton amour, ô Sauveur! Alors qu'après la croix qui sauve le pécheur, Jusqu'à la fin des temps, dans un mystère auguste, Tu veux être le pain qui nourrira le juste ? Qui donc le comprendra ?... Que m'importe ? Je crois... Le mystère au chrétien ne cause point d'effrois.

O vierges dont les pieds n'ont pas touché la fange, Menez à Jésus-Christ votre blanche phalange! A genoux quand il passe, honnêtes travailleurs, Qu'il soit béni chez vous, s'il est maudit ailleurs! Son amour est si pur, sa doctrine est si belle, Que seul un insensé peut s'y montrer rebelle.

Aux autres soyons doux, mais à nous-mêmes, durs,

Il le veut. Que nos cœurs fleurent les baumes purs!

Des lâchetés du siècle et de tous ses scandales,

Devant le tabernacle, à genoux sur les dalles,

Demandons le pardon. Dans le Christ adoré

Le monde, de nouveau, sera régénéré.

La peur de la souffrance et l'orgueil des écoles,

Le temple de l'amour et ses vaines idoles,

Le rêve d'être libre, et de ne plus avoir

Le poids lourd des regrets, ni le joug du devoir,

Entraînaient le chrétien, hélas! à sa ruine.

L'indifférence, ainsi qu'un voile de bruine,

Lui cachait Dieu. Sans peur, sans joie et sans remords,

Il allait à son tour dormir parmi les morts.

Mais soudain retentit la grande voix de Rome...

Elle n'insulte pas aux faiblesses de l'homme;

Elle n'outrage point les tribunaux pervers

Qui jettent l'innocence et la foi dans les fers;

Elle invite au banquet du Père de famille,

Les chrétiens de partout... car l'affamé fourmille.

Qu'ils viennent tous. Pour prix de leurs nobles efforts,

Le pain qu'ils mangeront les rendra doux et forts.

Et quel réveil! La vie au soleil tourbillonne, L'encens monte des bois, le clocher carillonne!... Dans les chaumes d'opale et sur les noirs labours, O les doux bercements des ailes de velours! Les corsages d'azur! le feu des pierreries! Vous aimez, vous chantez, séculaires prairies! Est-ce fête dans l'herbe ? Est-ce fête aux clochers ? Les mousses, les lichens étoilent les rochers,

La source fait pleuvoir des gerbes radieuses,

Et les fleurs de ses bords, en des poses pieuses,

Écoutent, tour à tour, son cantique nouveau;

Car la source module, ainsi que le roseau,

Ainsi que le grand chêne, et la mer et la brise,

Un chant mystique et doux qui nous berce et nous grise.

Et dans l'air diaphane, au-dessus des prés verts, Des vols de neige et d'or tombent des cieux ouverts. Sous les rayonnements de ces divines ailes, Par les chemins connus, des groupes de fidèles: Vieux cœurs dont le réveil est déjà bien lointain, Enfants dont l'œil s'emplit de l'éclat du matin, Jeunes gens au cœur pur, mères, candides vierges, Accourent à l'église où s'allument les cierges... Et le Christ va sourire à ces pieux essaims. Ouvrez- vous! ouvrez- vous, ô sanctuaires saints! Cloches, sonnez! Sonnez les divines agapes! Des anges sont venus. Tantôt, des blanches nappes Ils iront recueillir, avec un soin jaloux, Les miettes pour le ciel. O Chrétiens, hâtez- vous! C'est au festin d'amour que Jésus vous convie! Il vous dit, suppliant:

«Venez, je suis la Vie.»

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