‹ Les épisodes miraculeux de LourdesChapitre 10 sur 48 · M. HUMBERT DE ML'SY · texte numérisé non relu

M. HUMBERT DE ML'SY

félicité, le fils était atteint par le glaive de la douleur !... 0 mvstères de la Providence !...

Arrivé à la grille du parc, l'abbé de Musy commanda d'arrêter et descendit de voiture : il voulut parcourir à pied et le front découvert l'ombreuse avenue que ses ancêtres avaient plantée et par laquelle il allait rentrer, — à la suite d'événements si extraordinaires, — dans ce temple domestique et béni que l'on nomme la Maison paternelle.

Mais déjà on avait aperçu celui que tous attendaient.

— Courez ! courez à lui ! avait dit la Mère .

Et à peine avait-il fait quelques pas, que son vieux père, sa sœur, sa nièce, son neveu, étaient dans ses bras.

Vous vous souvenez, lecteur, de cette scène touchante, esquissée par Notre-Seigneur dans la divine parabole de l'Enfant prodigue. Le père, qui allait souvent sans doute sur le chemin où l'ingrat avait disparu, a de loin reconnu son fils dans le misérable en haillons qui s'avance le front courbé. Et il accourt, et il l'étreint sur son cœur ; et inclinant sa tête blanchie sur l'épaule du jeune homme, il embrasse en versant des pleurs son enfant reconquis.

Tel, mais avec un sentiment auquel ne se mêlait aucune amertume, tel le vieux comte de Musy pressa Victor sur sa poitrine, s'écriant, lui aussi, au milieu des larmes : « Mon fils était perdu et le voilà retrouvé ! Mon fils était mort et il est ressuscité ! »

Mais il n'était pas besoin d'aller quérir la robe de fête !... La Vierge Marie elle-même avait pris soin de le revêtir de la robe sans pareille : la robe de santé et de force, la belle robe de la Vie. Les pieds, jadis infirmes, étaient agiles; les

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yeux, jadis sans lumière, rayonnaient. Au lieu d'être parti dans le péché et de rentrer dans l'humiliation comme le Prodigue, Victor était parti dans la souffrance héroïquement supportée, dans l'humble patience et dans la supplication, et il rentrait dans la gloire.

Le père s'appuie sur le bras de son fils. Ce groupe est devenu un cortège. Frémissant d'une émotion indicible, le triomphateur a franchi le seuil du château paternel. Sur son passage la haie des serviteurs accourus le regarde iparcher : toutes les âmes en quelque sorte se penchent vers lui. Mais nul n'ose ni s'approcher, ni parler, ni baiser le pan de ses vêtements.... Un religieux respect contient tous les élans : le paralytique guéri s'avance vers la chambre de sa mère .

La porte s'est ouverte au bruit de ses pas.

Mme de Musy est étendue sur son lit de douleur. Pâle et comme mourante, mais illum.inée par une céleste béatitude, elle tend vers son fils ses bras avides de lui.

Il est auprès d'elle. Faisant passer toute son âme dans le baiser de ses lèvres, il est tombé à genoux devant la couche maternelle, comme devant l'autel du sacrifice où repose le corps des Saints....

— Mon fils, dit-elle d'une voix dont rien ne peut traduire l'harmonieuse suavité, mon fils, tu étais déjà l'enfant de Marie. Tu l'es encore plus aujourd'hui. Elle sera à jamais

ta protectrice, ta force et ta consolation Ah! ajouta-t-elle

en souriant, je ne serai point jalouse d'une telle Mère !

L'abbé de Musy s'était relevé, et tenait dans sa main la main de la Femme forte, celle-ci ne pouvait se lasser de contempler, dans toute la splendeur de la vie nouvelle qu'il rapportait de Lourdes, son enfant de prédilection. Pour lui.

son cœur se serrait à la vue de sa mère; et il se demandait, non sans une vague terreur, quel était le prix de la grâce inouïe qu'il avait reçue du ciel. Elle devina ses pensées : — Ne crains rien, Victor ! ta guérison va me faire vivre.

Filtrant à peine à travers les volets fermés, un jour discret éclairait cette scène incomparable que nous voudrions voir immortalisée par Fart, et qui est si bien faite, en vérité, pour tenter le génie d'un grand peintre.

Autour de la mère malade et du paralytique miraculeusement dressé sur ses pieds, se détachent les physionomies les plus diverses. Le père courbé par l'âge et incliné sur le bois du lit, considère ces deux êtres bien-aimés, partageant à la fois, et dans toute sa douceur, le ravissement de la malade, et dans toute leur amertume, les angoisses du prêtre guéri. A son côté, Humbert de Musy, le corps endolori et le front radieux, bénissant le Seigneur. Puis Geneviève, les mains jointes et ployant comme un roseau, sous le poids de ces émotions écrasantes. Là, le jeune Symphorien et sa sœur Marie, bouleversés par la joie, par l'étonnement, par le sentiment de l'extraordinaire. Ici, debout auprès de sa maîtresse, la vieille Claudine émue, elle aussi, jusqu'au fond des entrailles, mais nullement troublée par ce spectacle qui ne surprend point sa foi.

A l'arrière-plan, se pressant contre la porte de la chambre, les domestiques, les servantes, les fermiers, forment un groupe compact dont les têtes s'échelonnent pour voir.

L'abbé Antoine, le compagnon du vainqueur, le témoin personnel de l'événement prodigieux, est le second centre de tous les regards, de toutes les muettes interrogations. Il répond à cette curiosité sacrée : il raconte, au milieu des larmes, les détails que tous veulent connaître. Il fait passer sous leurs yeux, et le curé Peyramale, et petit Pierre, et l'abbé Sire ; et la guérison à la Crypte, et le Magnificat de

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la Grotte, et la conversion de l'incroyant, et la seconde- « première messe » .

Écoutant ces épisodes du drame et assistant à son dénouement, le docteur Bidault est pétrifié par la stupeur. Le vieux médecin, tout pensif, dirige tour à tour l'anxiété de ses yeux', et sur A^ictor de Musy, et sur l'image du Dieu Rédempteur, appendue au mur. Il tente de palper l'Invisible. Il voudrait pénétrer les secrets de Dieu....

Oui, en vérité ce serait là un admirable tableau !

La vieille Claudine ayant dû sortir un instant, afin d'aller quérir quelque tisane, tous ceux qui étaient dans l'antichambre s'empressent tumultueusement autour d'elle pour avoir de ses lèvres le récit qu'elle vient d'entendre et qui n'était parvenu jusqu'à eux que par paroles insaisissables.

Mais elle est comme étouffée par son émotion contenue, et il lui est impossible de dire quoi que ce soit d'une façon suivie.

Résumant toutes choses avec une concision peu habituelle à son sexe et tout à fait digne de César,, elle lève vers le ciel ses mains éperdues et ne peut que

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