‹ Les épisodes miraculeux de LourdesChapitre 19 sur 48 · M. L ABBE SIRE · texte numérisé non relu

M. L ABBE SIRE

Accompagné, lui aussi, du jeune Joseph comme enfant de •chœur, le prêtre qui allait célébrer la messe suivante sortit de la sacristie . Ayant levé la tête au moment où il passa devant moi, je le reconnus.... Et, en le reconnaissant, toute espérance m'abandonna soudain.

Ce prêtre était M. l'abbé Sire, professeur au séminaire Saint-Sulpice, ce même abbé Sire qui, l'année précédente, en la même fête de l'Assomption, et à cette même heure de huit heures et demie, offrait le saint Sacrifice, à ce même autel delà Crypte, lorsque M. l'abbé de Musy fut guéri. Or,

il l'aspect inattendu de sa personne, un flot de pensées s'imposa impétueusement à ma raison :

« — Étrange égarement! me dis-je, la famille de Fontenay aura convié cet ecclésiastique, afin que toutes les conditions extérieures dans lesquelles s'est accomplie, il y a un an, la guérison de M. de Musy se trouvant minutieusement et scrupuleusement copiées et répétées aujourd'hui, le môme phénomène surnaturel se produise encore !... Et l'on ^st allé s'imaginant que parce que ce serait la même place, — le même pilier, — la même messe, — le même autel, — la même fête de la Vierge, — la même date, — la même lieure, — le même célébrant, — on verrait tout à coup se renouveler le même miracle ! . . . O vaines superstitions ! Le Miracle n'est pas un précipité chimique que l'on puisse réaliser àson gré, en mélangeant et unissant ensemble, dans •des conditions identiques, les mêmes doses des mêmes éléments. Dieu est Esprit ! — et les actes de sa puissance et de sa bonté n'ont rien de commun avec ces habiles agencements de choses externes et ces mathématiques calculs de combinaisons matérielles. Le Seigneur s'indigne, au contraire, contre cet outrage à son intime essence. La pauvre Jeanne ne sera point exaucée et restera infirme!... »

Tandis que je suivais ainsi le cours logique de mes déductions, M. l'abbé Sire finissait la lecture du saint Évangile, qu'avait peu écoutée mon oreille distraite.

Faut-il l'avouer ? Ces considérations me semblaient empreintes d'une philosophie si rationnelle et si religieuse, que je m'admirais quelque peu, in petto, d'analyser avec tant de justesse les actes de Dieu et les lois mystérieuses de l'ordre surnaturel. Quelques vagues échos de l'action de grâces du Pharisien, quelque sotte ressemblance avec l'imbécile vanité de Garo, se mêlaient à ma méditation et à ma prière. « Oui, vraiment, Seigneur, et je vous en remercie, vous m'avez accordé le rare bienfait d'une foi équilibrée.

clairvoyante etsagace! Comme je m'élève, grâces à vous^ au-dessus de ces puérilités de forme et de ces tendances superstitieuses si répandues, hélas ! et qui, encore aujourd'hui, ont égaré cette jeune fille, — qui ne va point guérir!... »

J'en étais là de ma complaisance en moi-même lorsque^ plus rapide qu'un éclair, un frissonnement électrique fit sedresser toutes les têtes.... Jeanne venait de se lever de son chariot, laissant tomber à ses pieds les châles et les couvertures dont elle était enveloppée... .

Que s'était-il donc passé dans l'âme si vivante et dans les membres si infirmes de Mlle de Fontenay ?

Pour le bien retracer, il faut remonter un peu en arrière.

Durant la messe de l'abbé de Musy et peu de temps après la communion, Jeanne avaitressenti dans ses jambes inertes^ un pénible fourmillement.

— Qu'est-ce qui va m'arriver ? s'était-elle demandé alors avec angoisse. Serait-ce une crise?.. Eh quoi! sainte Vierge,, vous ne voulez pas me guérir ?

Le pénible fourmillement avait cessé aussitôt. Et la jeune fille avait poursuivi sa prière : — « Notre Dame de Lourdes,, ayez pitié de moi ! »

Mais de nouveau ce fourmillement l'a reprise, et Jeannes'adresse encore à la céleste Mère.

— Eh quoi ! très sainte Vierge vous ne voulez donc pas^ me guérir ?

Au murmure de cette plainte, le fourmillement, ainsi quetout à l'heure, s'est arrêté net....

Il s'est arrêté : et Jeanne, par une sorte de divination du cœur, comprend tout à coup que ce travail intime qui pénètre ses fibres, ses muscles, ses nerfs et jusqu'à la moelle de ses os, c'est la guérison qui s'opère dans le mystère de son organisme. Elle s'abandonne sans réserve :

— 0 Marie ! ô ma Mère ! faites de moi ce que vous voudrez ! . . .

Et, comme si le Dieu souverain n'eût attendu que cet acquiescemeat, voilà que le cœur de Jeanne est envahi tout entier par l'action providentielle. Il lui semble qu'il se fait en ses membres et dans son sang une fermentation sourde, pareille à celle du vin nouveau; la chaleur rénovatrice bouillonne en elle et la brûle comme un feu intérieur. Puis le calme s'établit graduellement, ne laissant d'autre agitation que celle de l'âme, toute tremblante encore de ce qui vient de s'accomplir.

Jeanne avait l'intuition que le regard de la sainte Vierge était sur elle. Et elle entendait une parole qui lui répétait avec une impérieuse douceur :

— Lève-toi ! lève-toi 1

C'est en ce moment que M. l'abbé Sire était monté à l'autel.

Bouleversée et hésitante, la jeune fille interrogeait le Seigneur et s'interrogeait elle-même.

— 0 mon Dieu ! mon Dieu ! qu'est-ce que j'éprouve ? N'estce pas un rêve du ciel?... Ne suis-je pas dans l'illusion ? Que faire? que faire? Dois-je donc me lever et traverser cette foule?

Et, pendant qu'elle appelle une réponse d'en haut à sa perplexité croissante, l'Officiant a prononcé la première phrase du Symbole : Credo in unumDeumPatrem omnipotent em.

« Credo! je crois» : c'était le mot qu'il fallait dire. —

« Ci^edo ! je crois » : c'était le sentiment qu'il fallait avoir. — « C7^edo ! je crois » : c'était l'acte qu'il fallait faire.... Et c'est alors que Jeanne s'était dressée toute droite et que l'électrique frisson avait parcouru l'assistance.

Elle descendit de la petite voiture. Puis, faisant quelques pas en avant, elle alla s'agenouiller à la balustrade du Sanctuaire.

J'étais auprès d'elle, et j'entendais ses sanglots Les pleurs

avaient jailli de mesyeux ; et, en vérité, en vérité, je ne son geais plus à ma philosophie (1).

(1) Ajoutons pourtant, afin de ne point induire en erreur ceux qui nous lisent, que M. l'abbé Sire n'avait nullement été convoqué, que la famille de Fontenay ne le connaissait point, et que ces coïncidences que nous supposions cherchées et préparées par la main des hommes, étaient absolument fortuites et avaient été disposées par celle de Dieu.

Nous pourrions exposer ici (et nous en serions vraiment tenté) comment M. Tabbé Sire, de même que l'année précédente à pareil jour, demandait à cette Messe un signe à la sainte Vierge, en faveur de l'œuvre qu'il avait entreprise pour la glorification du dogme de l'Immaculée Conception. Mais un tel exposé, quelque intéressant qu'il put être en lui-même, nous entraînerait trop loin hors de notre sujet. Il nous conduirait dans des régions mystérieuses et surnaturelles qui exigeraient un voyage à part et une exploration spéciale.

Le récit d'un Miracle est comme la descente d'un fleuve dans une barque paisible. On aperçoit des ruisseaux charmants ou de majestueuses rivières qui y aboutissent de tous côtés et dont la Providence a incliné la pente et dirigé le cours. On n'aurait qu'à les remonter pour admirer encore l'action de Dieu ; mais la marche du fleuve emporte la barque et permet de jeter seulement un rapide regard sur les prairies riantes ou les vallons ombreux par où débouchent ces belles

Il s'est fait dans cette assemblée en prière comme untumulte étouffé et une agitation contenue.

Entendant cette vague rumeurd'exclamations à voix basse^ ce mouvement extraordinaire qui se produit et dont il ignore la cause, le jeune Joseph de Fontenay, qui servait la Messe, se retourne vivement pour imposer silence et rappeler d'un geste qu'on est dans la maison de Dieu.... Mais voici qu'il manque défaillir en apercevant devant lui sa sœur bien-aimée, sa sœur Jeanne, marchant vers la grille du Sanctuaire et s'y prosternant.... Il se trouble et peut à peine continuer de répondre aux diverses oraisons du saint Sacrifice .

Jeanne demeura prosternée de la sorte durant le Credo y l'Offertoire et l'Élévation.... Des larmes irrésistibles, des larmes d'une ineffable douceur coulaient sur son visage, que cachaient sas deux mains. Elle n'avait jamais pleuré ainsi.

Ayant communié à la messe précédente, elle se retira au moment même où les fidèles s'approchèrent de la Table sainte, et revint à côté de son chariot s'agenouiller sur une chaise d'église que la main émue de l'un des assistants s'empressa de lui off'rir.

Tel était cependant le recueillement de cette famille, telle était aussi la religieuse crainte de tous, en présence du travail de Dieu sur sa créature, que nul ne se pencha vers Jeanne, pas même sa mère, afin de l'interroger et de savoir

eaux. D'où viennent-elles et quelle est leur histoire ? Qu'un passager de la barque, qu'un lecteur de ce livre aborde un jour sur le rivage et s'achemine vers leur source, il rencontrera de merveilleux pays.

ce qui se passait en elle. Pour pénétrer dans le mystère du divin labeur, il semblait qu'il fallût un homme consacré, un homme du Seigneur.

Prévenu de l'état extraordinaire de Mlle de Fontenay, M. de Musy arrive :

— Qu'est-ce donc ? lui demande-t-il tout bas : et qu'est-il advenu ? Etes- vous guérie ?

Chacun a deviné le sens des questions posées, chacun s'attend à voir, sur la réponse de la jeune fille, s'illuminer d'allégresse le visage du prêtre et celui de la mère. Mais, tout au contraire, les traits de l'un et de l'autre deviennent soucieux. Inquiet et presque troublé, M. de Musy s'éloigne silencieusement pour monter à l'église supérieure achever son action de grâce. Et, dans toutes les âmes, le doute reprend le dessus.

L'explication de ceci, c'est que Jeanne était tellement oppressée qu'elle n'avait pu parler, et répondre, même par un mot, aux interrogations qui lui étaient adressées. La voix lui avait totalement manqué ; et elle avait été aussi impuissante à faire sortir un son de ses lèvres, que si, comme Zacharie dans le temple, elle eût été frappée de mutisme par le contact du Surnaturel.

La messe de M. l'abbé Sire était terminée, et Jeanne demeurait toujours absorbée en son adoration et aussi immobile qu'une statue de la Prière . Tous les yeux étaient fixés sur elle.

Quelques minutes s'écoulent ainsi.

Enfin Jeanne se lève de nouveau. Faisant lentement un grand signe de croix, elle regarde une dernière fois l'autel, qu'elle semble ne quitter qu'à regret. Puis, au milieu de l'inexprimable émotion des Fidèles, elle traverse la Crypte. Elle entre dans le long couloir qui meneau dehors, et voyant

l'espace libre, elle s'élance et court, émue, agitée, transfigurée, superbe. Mais, comme on se le rappelle, la porte de sortie était fermée par ordre. Arrêtée par cet obstacle, Jeanne revient vers la Crypte.

Une haie de respect, que la mère elle-même n'ose franchir, se forme au-devant de ses pas. Seul, dans un élan fraternel, Joseph se précipite vers elle et la serre étroitement dans ses bras :

— Oh ! ma sœur ! ma chère sœur !

Le cœur de Jeanne, cependant, se reporte vers le prêtre, miraculé comme elle, qui l'a amenée à Lourdes, et qui, depuis tant de mois, l'encourage à espérer et à croire....

En passant auprès de celui qui écrit ces pages, elle lui dit:

— Je voudrais voir M. l'abbé de Musy.

Je gravis rapidement l'escalier qui monte à la Basilique.

— Descendez ! descendez ! criai- je à M. de Musy. Mlle de Fontenay vous demande.

Il arrive en hâte.

— Ah ! mon Père ! dit-elle, je ne puis plus douter. Je suis guérie.

— Eh bien ! répondit -il, suivez l'impulsion intérieure et obéissez à ce que la sainte Vierge vous inspire.

Jeanne se dirige alors vei^s la place où elle vient d'être touchée et guérie par la droite toute-puissante du Dieu sauveur. En se reculant pour lui faire passage, on s'interroge de toute part :

— Que va-t-elle faire? que va- t-elle faire ?

Ce qu'elle va faire ? Elle va prendre le tiraon^de son chariot et réaliser à la lettre cette parole de l'Évangile : « Toile grabatum tuum et vade, « Emporte toi-même ton^grabat ».

Quelques-uns veulent lui prêter secours et pousser^derrière elle ce siège roulant....

— Non ! non ! s'écrie Joseph. Que personne ne l'aide.

Et elle se met en marche .

Elle sort de la Crypte; elle longe les vestibules; elle dépasse l'esplanade de la Basilique et arrive sur la grande route, entourée de sa famille en larmes ! Et, à ce^moment, sa famille, c'était nous tous ; c'était ce peuple, saintement tumultueux, dont les flots grossissaient autour d'elle . Elle était notre sœur, elle était notre enfant.

Rayonnante et les yeux baissés, ressentant à la fois, et la gloire de la grâce reçue et la confusion d'être le | centre de cette grande scène, la jeune fille descend la route^d'un^pas très ferme.

Jeanne s'aperçoit cependant qu'elle a oublié, dans la Crypte, le chapelet de Pie IX, ce chapelet qui avait été le compagnon de sa maladie et que le souvenir du Miracle allait rendre plus précieux encore. Lorsqu'elle s'était dressée soudainement, il était tombé contre le pilier.

Sa jeune cousine, Mlle de Fontenay de Sommans, remonte aussitôt le chercher, et on s'arrête pour l'attendre. Jeanne se retourne vers le Temple auguste. Elle se prosterne : et, tenant en ses mains le timon du charriot, elle récite à haute voix la prière virginale : « Je vous salue, Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous.... » Toute cette multitude s'est agenouillée comme elle et répond : « — Sainte Marie, mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs. »

Le chapelet est retrouvé. L'heureux cortège poursuit son chemin vers la bifurcation qui conduit à la Grotte.

Or, en ce temps-là, le R. P. Sempé, alors Supérieur des Missionnaires, avait jugé nécessaire de faire tendre jour et nuit, en travers de la route, des chaînes cadenassées permettant aux piétons de circuler de chaque côté, mais opposant un obstacle aux voitures, jusqu'à ce qu'une autorisation de lui ou de quelqu'un des Pères levât le veto pour un malade ou une personne favorisée. Cette formalité, dont l'exécution était parfois compliquée par l'absence du Gardien, avait malheureusement pour résultat de contraindre souvent à une longue attente les infirmes qui se faisaient transporter en voiture à la Grotte ou à la Piscine.

M. l'abbé de Musy songea instinctivement à cette circonstance par laquelle il avait été lui-même gêné un an auparavant, ainsi que Mlle de Fontenay le jour précédent. Il courut, par un sentier de traverse, à la résidence des Missionnaires, se fit donner la clef et alla lui-même ouvrir le gros cadenas de fermeture; de sorte que, lorsqu'arriva Jeanne, traînant son chariot et suivie par les foules, elle vit

étendus à terre sur le sol de la route, les lourds anneaux de la chaîne de fer.

Se souvenant alors, par une subite réminiscence, de la fête de Saint-Pierre-aux-Liens et des paroles qu'il avait fait entendre du haut de l'autel à la pauvre malade qui gisait dans le lit de douleur, l'abbé de Musy s'écria avec l'accent de l'Hosanna :

— Vous pouvez passer ! Vous pouvez passer ! . . . Les chaînes sant tombées!...

Et Jeanne passa.

Jeanne ne ressemblait plus à elle-même. Toute sa personne était animée d'une force mystique. La poitrine était haute et toute haletante. La tête était rejetée en arrière par un mouvement d'une incomparable noblesse. Le visage, naguère si pâle, avait pris un éclat extraordinaire.... Ahl sans doute, c'étaient les premières respirations d'une vie nouvelle, c'était, dans cette frêle enveloppe, la première course d'un sang plus vif et plus fort ; mais, — avant toutes choses, — c'était le divin reflet et le rayon d'en-haut qu'avait laissé sur cette fille des hommes la main lumineuse de la Reine du Ciel.

Loin de s'épuiser, sa surnaturelle vigueur allait grandissant. Après avoir foulé sous son pied les chaînes tombées, la jeune fille, ainsi qu'un coursier échappé, précipita son pas et prit le galop, entraînant après elle, comme un char de triomphe, ce misérable grabat roulant sur lequel, un instant auparavant, étaient tenues captives et immobiles, toutes les énergies de sa jeunesse. Elle galopait, elle galopait, pleurant, riant, tirant parfois son chariot par brusques saccades et se jouant en quelque sorte au milieu du Miracle, comme l'enfant sous les caresses de sa mère. N'ayant aux pieds que des pantoufles de malade, il lui advenait, tous les cinq ou six pas, de perdre une de ses chaussures. Elle se baissait.

agile et souple, ramenait en place la pantoufle fuyante et se remettait à courir.

Non loin de la Piscine, elle fait halte. Et son frère, le jeune Joseph, apporte à Jeanne ce qu'elle a réclamé, ce dont son cœur a soif plus encore que ses lèvres : — un verre de l'eau miraculeuse, un verre de cette eau, jaillie jadis au commandement de sa Bienfaitrice .

A peine a-t-elle bu, qu'un prêtre à cheveux blancs se précipite sur ce verre, devenu pour lui une relique. Il s'en empare avec un empressement tel, que nous croyons ne point calomnier le bon abbé Bouvier, en soupçonnant que les gardiens du Pèlerinage n'ont jamais revu ce gobelet.

Elle reprend sa course et arrive devant les Roches Massabielle. Il y avait, dans le magasin des Missionnaires, un cierge énorme : Joseph le saisit et le présente à sa sœur. Et c'est ainsi, arborant delà main gauche ce cierge allumé, et tramant de la main droite son chariot triomphal, qu'elle fait son entrée dans la Grotte des Apparitions.

Elle s'est jetée à genoux, et elle adresse tout d'abord à la Vierge une silencieuse prière de gratitude. Mais le besoin d'une action de grâces publique s'imposait à toutes les âmes; et Jeanne chercha du l'egard M. l'abbé de Musy, pour qu'il entonne le Magnificat ou le Te Deum .

— Le voyez-vous dans la foule ? me demanda-t-elle tout bas.

— Non, Mademoiselle. Et il ne viendra point.

Je devinais que ce prêtre si humble, redoutant les ovations, avait dû se dérober à cette fête. Je devinais que, s'il avait été à la peine, il ne voulait pas être à la gloire et qu'il était allé remercier Notre Dame de Lourdes dans l'ombre de la Crypte ou dans la solitude de sa chambre.

Un ecclésiastique alors prononce ces mots :

— J'appartiens au diocèse d'Autun ; et à ce titre j'élève la voix pour bénir le Seigneur : Magnificat anima mea Dominum!... (1).

Léchant de la Vierge éclate sous la voûte de la Grotte, et la multitude y répond du dehors avec un indescriptible enthousiasme.

On récite ensuite une dizaine de chapelet pour les malades qui attendaient encore leur guérison.

Deux malades, en effet, étaient présents : Mme la comtesse du Boulet, dans sa petite voiture; et le prêtre à moitié paralysé, toujours péniblement appuyé sur sa canne noueuse.

Pauvre femme, qui avait appelé avec tant d'ardeur impatiente et tant d'espérance tenace la guérison de ses maux ! Pauvre prêtre, vieux et indigent, qui avait tant besoin de la santé pour exercer son saint ministère ! ... En les apercevant, mon cœur se serra et une ombre passa sur mon allégresse.

Aussi, à peine le dernier Ave Maria fut-il achevé que je m'approchai de Mme du Boulet.

— Du courage. Madame ! Espérons que Notre Dame de Lourdes, qui, ce matin, inaugure de la sorte la belle fête de son Assomption, ne la terminera point sans vous faire aussi une pareille grâce !

— Ah ! Monsieur Lasserre, me dit-elle en me pressant la main fortement, je ne songe plus à moi-même ! Je suis trop heureuse ! et je déborde de joie ! Regardez donc les traits radieux de Mlle de Fontenay !... En la voyant hier si jeune, si jeune, si jeune ! et infirme comme dans la vieillesse,

(V) Cet ecclésiastique était M. Tabbé Bonnamour, professeur au Petit Séminaire cFAutun.

infirme comme moi, je ne pouvais en vérité penser à mon mal, et je faisais cette prière à la sainte Vierge : « Oh ! Marie! guérissez- la plutôt que moi! »

Puis elle se tourne vers la camériste protestante qui lui était si dévouée :

— Voyez, ma chère enfant, voyez ce que fait la sainte Vierge !

— C'est vrai! répond cette femme toute troublée.... Il ne s'accomplit point de semblables miracles dans notre religion ! . . .

— Eh bien! reprend Mme du Boulet, peut-être que la sainte Vierge attend votre conversion pour me guérir, moi, votre maîtresse que vous aimez !

Et la bonne camériste pleure, balbutie, ne sait que résoudre.... Éclairez-la, Seigneur !

Je vais alors vers l'infortuné prêtre du diocèse d'Agen, M. l'abbé Cabane.

De grosses larmes coulaient sur ses joues. Le sang s'était porté au visage et sa respiration était oppressée. Il arrête vivement toute expression sur mes lèvres :

— J'étouffe de bonheur ! murmure-t-il d'une voix toute tremblante : je goûte le ravissement du ciel ! . . . Oh ! que cela est beau ! que cela est beau ! Je voudrais que tout le monde guérît, excepté moi ! ...

Et en entendant de tels accents, je comprenais de mieux en mieux que les yeux du corps ne perçoivent ici-bas que la trompeuse écorce des choses, je comprenais que les plus merveilleuses splendeurs de la vraie vie sont tout intérieures et échappent au témoignage des sens.

Certes, la grâce de Dieu était descendue bien grande et admirable sur cette jeune fille qui venait, toute triomphante, de traîner son grabat après elle, le long du chemin ; — certes, ces multitudes avaient raison de glorifier le Seigneur d'un prodige si manifeste; — certes, nous avons nous-même

l'aison de le raconter aujoud'hui, pour en perpétuer la mémoire au milieu du peuple chrétien... Mais, au jugement de l'esprit et dans une réalité supérieure, n'était-elle pas incomparablement plus grande et admirable, la grâce sans éclat visible qui était descendue secrètement sur ces âmes, perdues dans la foule, la grâce puissante et douce qui pénétrait ainsi jusques à l'essence du cœur humain, — ce cœur, si naturellement porté, hélas 1 à l'égoïsme et au retour sur soi, — et qui y faisait germer et fleurir des sentiments si nobles, si désintéressés, si divins ?

Comment se passa le reste de la matinée et de l'aprèsmidi ? En vérité, nous ne saurions le dire. Sauf les détails qui, durant ces heures extraordinaires furent à jamais éclairés pour nous par la réverbération du Miracle, tout s'est effacé aujourd'hui dans le brumeux horizon de nos souvenirs.

Je sais seulement que Mlle de Fontena^^, toute guérie qu'elle était, voulait encore quelque chose qui lui paraissait devoir être comme le sceau de la faveur céleste : il lui manquait la bénédiction de MgrPeyramale. Elle courut à Lourdes la demander.

Le Curé des Apparitions, étendit sur elle ses mains vénérables :

— Votre foi vous a sauvée ! . . . Allez maintenant et ne doutez plus !

Puis, se tournant vers Joseph dont la physionomie juvénile était éclatante de félicité, il l'étreignit dans ses bras puissants ; et le pressant sur sa poitrine :

— Heureux mortel ! s'écria-t-il, je vous l'avais bien dit ! Il voua Jeanne à porter pendant un an, à partir de cette

date, les couleurs de la sainte Vierge : le bleu et le blanc. On sait que, dès Autun, elle s'y était préparée.

MADEMOISELLE DE FONTENAY 24î>

En la consacrant de la sorte, le patriarche de Lourdes, tout rempli de la pensée de la grande Assomption, adressa à la miraculée ces simples et graves paroles :

— Ma fille, vivez saintement, afin qu'à votre mort l'on puisse dire de vous, comme de la sainte Vierge : Assumpta est in cœlïs, « Elle est partie pour le ciel ! »

C'est à l'issue des vêpres de l'Assomption que, depuis^ l'origine du pèlerinage, la ville de Lourdes fait sa procession solennelle à la Grotte. Ce jour-là fut le premier où l'on vit Mgr Peyramale revêtu de la cappa magna du prélat romain. Ce fut aussi le dernier. Il souffrait vivement de tout ce qui le signalait aux regards, et le pompeux costume gênait sa simplicité profonde. Mais, dans un tel moment, il n'avait pu résister au désir d'un ami fidèle qui lui disait: « En l'honneur du Miracle et pour le contentement de votre peuple, mettez aujourd'hui la robe de gloire et habillez- vous du manteau de fête. »

A côté du Curé de Lourdes marchait l'abbé de Musy .

Dans les rangs de la Procession et au milieu des Enfants de Marie, Jeanne-Marie de Fontenay avait pris sa place. Revêtue de la robe blanche et de la ceinture bleue, elle s'avançait d'un pas paisible parmi cette légion virginale, et elle chantait avec ses compagnes :

Un souffle de grâce

Pousse vers ce lieu :

Ce souffle qui passe

Est celui de Dieu 1 Ave y ave, ave Marna!

Ave, ave^ ave Maria !

Vers cinq heures du soir, je me trouvais devant la Grotte. Sachant que j'avais été présent à la guérison miraculeuse

accomplie le matin à la Crypte, des pèlerins s'assemblèrent autour de moi pour m'interroger et me demander le récit.... Un groupe considérable s'était formé promptement. On voulait ouïr un témoin qui pouvait dire : « J'ai vu cela de mes yeux, j)

Après avoir répondu à toutes les questions qui m'étaient faites, je m'éloignai pour aller, à la suite de tant d'émotions, chercher un peu de solitude. Un inconnu se détacha alors de la foule et m'aborda, non sans trouble. C'était un Anglais.

— Monsieur, me dit-il, j'ai entrepris le voyage des Pyrénées en touriste, pour admirer....

— Et vous avez, en effet, rencontré un pays admirable, n'est-ce pas?

— Verij heautiful! Very splendid! Mais, j'étais venu à Lourdes en incroyant, pour tout dénigrer et pour tout combattre.

— Eh bien?

— Eh bien. Monsieur, en arrivant avant-hier, j'ai voulu lire l'histoire des événements qui ont été l'origine de ce Pèlerinage. Voilà ensuite qu'à l'instant même, je vous ai entendu raconter cette guérison, dont on s'entretient dans toute la ville.... Et je sens que je commence à tourner. Je tourne, je tourne, je tourne.... Monsieur ! Monsieur ! que dois-je faire?

— Tourner tout à fait.... Oui! tournez tout à fait; l'heure a sonné de la conversion totale !

Mais il paraît que les gonds étaient durs. Catholique de naissance, l'Anglais avait perdu la foi depuis longtemps ; et, quoique fort ébranlé par l'évidence qui s'imposait à lui, il essayait encore, balbutiant quelques objections, de se dérober à l'étreinte de la grâce de Dieu, qui le saisissait et l'entraînait vers la Vérité. Je tentai de lui faire comprendre que c'était la Providence elle-même qui, pour le ramener à sa ' première croyance, l'avait conduit devant la Grotte des

Apparitions, et rendu presque le témoin direct de ce prodige, dû à l'intercession de Marie.

— Mais enfin, si je me décidais à faire ce que vous me conseillez, finit-il par me répondre, à quel prêtre faudrait-il ouvrir mon âme?

— A celui que vous voudrez : tous peuvent recevoir l'aveu de vos fautes, et vous absoudre... Cependant, il est toujours préférable, même au saint Tribunal, de demander une directioQ et de se confier à ceux qui semblent les plus éclairés et les meilleurs.... Allez à M. le Curé de Lourdes, à M. l'abbé de Musy, à M. Tabbé Sire....

— M. Tabbé de Musy? repartit-il. Celui qu'on prétend avoir été guéri aussi, et qui a célébré la messe pour cette jeune fille?

— Précisément.

— Oh ! comme son discours m'a semblé éloquent aujourd'hui, à l'office de la Basilique, où j'étais entré en curieux et par hasard....

— Eh bien, voulez-vous que je vous présente à lui?

Il accepta. Et, comme nous nous approchions de Lourdes, nous croisâmes un passant que je crus reconnaître.

— Voyez-vouscet homme de haute taille? dis-je à l'Anglais. ' — Yes, me répondit-il, un peu étonné.

— Eh bien, ajoutai-je, l'année dernière à pareil jour, cet homme se convertit à la suite de la guérison de M. l'abbé de Musy.... Il suivit seul le chemin que nous suivons ensemble, et il alla où vous allez.

Cela frappa beaucoup l'Anglais. Il se sentait comme enveloppé par l'action mystérieuse du Surnaturel.

Nous arrivâmes chez M. l'abbé de Musy. On l'avertit. Il sortit du petit salon. Et, supposant qu'il s'agissait d'une simple visite :

— Hélas I dit -il en nous saluant, je suis avec quelqu'un que je ne puis renvoyer. Nous nous reverrons ce soir ou demain.

— Non ! non ! repris-je vivement, point de délai !... Je ne viens pas aujourd'hui pour l'unique joie de vous voir, cher Monsieur l'abbé ; et ce n'est point moi qui vous demande audience.... Souvenez-vous de l'an passé, en cette même fête de l'Assomption. La journée qui commença, pour vous, par une guérison matérielle, se termina, pour un autre, par une guérison d'un ordre plus élevé. Est-ce qu'il ne vous manque rien?....

L'Anglais se tenait un peu en arrière, agité, le front soucieux, semblant lutter avec lui-même.

Je le montrai du geste à M. l'abbé de Musy :

— Voici, lui dis-je, la moisson du soir!

Je les laissai seuls.

Le surlendemain, à l'autel devant lequel Jeanne avait été guérie, l'Anglais recevait la communion des mains de M. de Musy.

Et quelques jours plus tard, agenouillé également au pied du saint Tabernacle, la camériste de Mme la comtesse du Boulet abjurait le protestantisme. Son nom est inscrit dans les registres du pèlerinage. Elle se nomme Mme Lefèvre.

Jeanne ne pouvait se résoudre à quitter Lourdes : elle y voulut faire une neu vaine de reconnaissance.

Des dépêches avaient porté au loin l'heureuse nouvelle. A Autun, le père, la famille, le bon Supérieur, les amis, tous étaient dans l'allégresse. Au château de Dammartin, Mme la vicomtesse de Froissard-Broissia, la vénérable aïeule, chantait son Nunc dimitêis... Henry de Fontenay, qui n'avait pu suivre sa sœur, s'empressa de partir pour Lourdes et de la rejoindre, tenant à lavoir de ses yeux au plus tôt, et à remercier avec elle la Vierge maternelle qui les avait tous exaucés.

La bénédiction des cloches de la Basilique eut lieu le len- <lemain de la guérison de Jeanne. Cette cérémonie avait attiré un concours immense. Son Eminence le cardinal Donnet, archevêque de Bordeaux, et Leurs Grandeurs, Mgr Langénieux, évêque de Tarbes, Mgr d'Outremont, évèque d'Agen, Mgr Épivent, évêque d'Aire, désirèrent connaître la jeune fille guérie par miracle... Elle se rendit auprès d'eux, au Chalet des Évêques(l), et répondit à toutes leurs interrogations.

Durant le cours de cette semaine, plusieurs autres prodiges, non moins éclatants et touchants, s'accomplirent à Lourdes (2). — Cette octave de l'Assomption, en 1874, présenta le spectacle des temps évangéliques. Au milieu de la foule allaient et venaient ceux que le Miracle avait visités. Tous ne faisaient qu'un cœur et qu'une âme, et ce petit coin de terre était comme baigné dans les rayons du ciel.

Vers les derniers joui^s du mois d'août, un groupe de quatre ou cinq personnes entrait dans l'église de Paray-le- Monial. Une gracieuse jeune fille, à la taille droite et ferme aux mouvements agiles, marchait la première. Sa robe bleue, nouée par une cordelière autour de sa ceinture, semblait un vêtement de fête. Tout en elle exprimait le calme et la joie.

Elle s'agenouilla devant le Sanctuaire, inclina son front, et laissa son âme se plonger dans une prière profonde.... Sa mère, ses deux frères, une domestique à demi infirme, avaient pris place sur des chaises voisines.

(1) Au sujet du Chalet des Evêques, voir l'Appendice la note III.

[2) Angèle Lebroussard, de Valompierre (Oise); Marie Labonne, de Monpazier (Dordogne) ; une enfant de quinze ans, miss Hugues, amenée par son père, banquier à Toronto (Canada), recouvrèrent subitement la santé....

Tandis que tous étaient ainsi prosternés, un homme déjà sur l'âge, que le dernier train du chemin de fer venait d'amener à Paray, ouvrit la porte du Temple et s'avança dans la nef. En apercevant la jeune fille, il leva silencieusement les mains vers le ciel, par un élan d'indicible gratitude.

Bien qu'ils fussent tentés de courir à lui et de s'élancer dans ses bras, épouse et fils se continrent.

Tout entière à son adoration, la jeune fille cependant n'avait point entendu ses pas. Emu et tremblant, il alla se mettre à genoux auprès d'elle.

Qui dira ce qui se passa dans le cœur de Jeanne, quand elle le vit ainsi, priant à son côté ? Comme saisie de défaillance, elle appuya sa tète sur l'épaule de son bon père et se prit à pleurer. Sur le front de l'enfant tombaient aussi,, toutes brûlantes, les larmes paternelles.

Ils demeurèrent là durant un certain temps, recueillis devant Dieu. Puis tous deux se relev^èrent.... Qu'ils furent doux les embrassements de cette famille se rencontrant et se retrouvant, après le Miracle, dans cette enceinte bénie que les hommes ont vouée au Cœur sacré de Jésus-Christ !

Jeanne a repris sa vie normale. Six mois après sa guérison, rendant elle-même un compte officiel de son état, elle écrivait ceci : « Non seulement je ne suis pas retombée malade, mais ma santé générale se fortifie tous les jours. Quant à ma maladie intérieure, la sainte Vierge l'a instantanément guérie; et, depuis le 15 août, je me tiens debout des heures entières, je marche, je cours comme tout le monde. L'on me voit souvent, par tous les temps, et dans tous les sens, arpenter les rues de notre vieille cité. Je suis heureuse et

fière de porter les livrées de la sainte Vierge et de proclamer bien haut ses miséricordes. En plus, je soigne depuis trois mois ma mère malade, je commande la maison : et ma bonne santé fait l'étonnement de ma famille, des étrangers et des médecins qui n'auraient jamais pu croire que je résiste à tant de fatigue. Combien je voudrais que ces détails consolent un peu les pauvres malades et leur donnent toute confiance en la bonne Vierge de Lourdes ! J'ai tant et si longtemps souffert; j'ai eu tant de défaillances physiques et morales, que, one sentant aujourcChui pleine de santé, de force et de vie, je voudrais amener tous ceux qui souffrent aux pieds de Celle qui m'a si bien guérie! » (1).

Mlle de Fontenay se livre à de longues courses. Ses pieds, robustes à toute marche, semblent ignorer la fatigue. Elle ne se souvient plus de cette plaie intérieure dont les effets désastreux l'avaient si longtemps rendue semblable aux paralytiques et aux infirmes. Tous les maux qui ont été guéris en

elle ont été bien guéris Et cependant elle a parfois de

violentes douleurs de tête, migraines et névralgies, contre lesquelles les médecins, fréquemment consultés, ont été impuissants.

— J'en sais la cause, nous a dit Jeanne bien souvent.

— Et laquelle?

— Lorsque, demandant ma guérison, je me plongeai dans la Piscine de Lourdes, on pensa qu'il ne fallait point immerger la tête, à cause de mes épais cheveux.... Rien ne m'ôtera de l'esprit que c'est cette préoccupation tout humaine et ce manque de foi, sur un points qui, — sur ce même point, — ont mis obstacle à la grâce de Dieu. Aussi, me faisant un devoir de soigner mes maux de tête et névralgies par les moyens naturels, je subis avec résignation ces conséquences de mon doute qui confirment encore ma foi. Et je suis con-

(1) Déclaration de Mlle de Fontenay, publiée dans les Annales de N.-D. de Lourdes, du 30 mai 1875. — Voir également à. l'Appendice^ Note IV, les certificats de médecin.

tente d'accepter la petite épreuve que Dieu, en m'enlevant la grande, a jugé bon de me laisser.

Avec la permission de FÉvêché de Tarbes, occupé alors par Mgr Langénieux, une dalle commémorative a été encastrée dans le sol de la Grotte de Lourdes avec l'inscription

suivante :

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