‹ Les épisodes miraculeux de LourdesChapitre 26 sur 48 · IV · texte numérisé non relu

IV

Les pèlerins de Marseille, à Lourdes depuis la veille, occupaient presque entièrement la Basilique. Il eut été malaisé, à travers leurs flots pressés, de porter une malade, pour laquelle le plus léger mouvement et le moindre heurt étaient une fatigue et une souffrance.

On se résolut donc à choisir, pour dire la Messe, l'une des deux premières chapelles que l'on trouve en entrant. Et on prit celle de gauche, dédiée à sainte Germaine Cousin .

Ce fut dans cette chapelle, où ces circonstances de hasard amenèrent leurs pas, que Ton transporta Mme Guerrier, et

que M. l'abbé Martignon célébra le Saint-Sacrifice, en réservant du reste les suffrages du Mémento des morts pour le défunt ^bien-aimé, dont la pensée était présente au cœur de tous.

La malade entendit la Messe, assise sur une chaise. Entièrement inertes, ses jambes, depuis si longtemps infirmes, reposaient sur un prie -Dieu placé en face d'elle.

Pendant qu'il lisait l'Épître, le souvenir de Mgr Peyramale se présenta soudainement avec une netteté extraordinaire à l'esprit de l'abbé Martignon. Dans les dernières lignes du texte qu'il avait sous les yeux il venait de voir saillir ces paroles, dont l'application saisissante s'imposa irrésistiblement à lui, à mesure qu'il les prononçait lentement : a Le Seigneur a rendu aujourd'hui ton nom si glorieux que ta louange demeurera toujours sur les lèvres des hommes, qui garderont à jamais mémoire de la puissance de Dieu. Pour eux, en vue des angoisses et de la tribulation de ton peuple, tu n'as point épargné ta propre vie; et tu t'es, au contraire, présenté, pour parer à la ruine^ devant le Seigneur notre Dieu » (1).

« Mon corps sera le levain. Il faut que je meure pour parer à la ruine », avait dit souvent l'Homme de Dieu, avant de descendre dans le tombeau .

Au moment de V Élévation tout le monde se prosterna. La malade seule demeura immobile. Quand arriva l'heure du banquet sacré, son mari alla s'agenouiller à la Sainte Table.

(1) « Hodie nomen tuum ita magnifîcavit, ut non recédât laus tua de ore hominum, qui memores fuerint virtutis Domini in seternum, pro quibus non pepercisti anime tuse propter angustias et tribulationem generis tui, sed subvenisti ruinœ ante conspectum Dei nostri. » (Épître de la messe de Notre Dame des Sept-Douleurs. III^ dimanche de septembre.)

Pour elle, en son impuissance, elle attendit que son Dieu vînt à elle. Et il vint en efïet, porté par des mains mortelles, pour nourrir et désaltérer celle qui avait faim et soif.

A peine eut-elle reçu le sacrement du Seigneur, qu'elle sentit une force invincible qui la pressa de se lever et de se mettre à genoux. Et en même temps retentit, au fond de son cœur, comme une voix souveraine qui lui en faisait le commandement.

Auprès d'elle, prosterné et la tête dans ses mains, son mari se recueillait après la communion, croyant sans croire, et espérant sans espérer .

Tout à coup il entend un frôlement de robe et un mouvement. Il relève la tête, il se retourne. Mme Guerrier était agenouillée à côté de lui.

Le respect du lieu saint arrêta dans sa poitrine le cri de reconnaissance, le cri de joie et de stupeur qui fut sur le point d'en sortir . Instinctivement ses yeux se dirigent vers l'autel et son regard se rencontre avec celui du Prêtre, qui était, comme le sien, tout brillant d'allégresse et d'attendrissement. Tourné vers l'assistance, le célébrant adressait en ce moment aux Fidèles la grande parole sacerdotale :

— Domînus voMscurriy que le Seigneur soit avec vous !

Le Seigneur y était en effet.

La messe s'achève, le dernier Évangile se dit. Mme Guerrier se lève sans effort, se tient debout, et de nouveau se met à genoux.... Quant à son mari, il avait peine à ne pas défaillir, et ses jambes tremblaient sous lui. Pâle, ému, frémissant, les yeux tout grands ouverts, mais obscurcis par les larmes, il la regardait sans oser lui parler et sans pouvoir ajouter foi au témoignage de ses sens. La malade guérie priait et remerciait, dans un recueillement profond. Tout le trouble était pour lui; tout le calme était pour elle.

Le Prêtre dépouilla ses ornements sacrés et se plaça au coin de Tautel pour faire son action de grâces.

Elle dut être fervente.

Il avait commencé sa Neuvaine au pied du lit de mort du Serviteur de Marie, mêlant à ses prières le nom de celui qui avait quitté ce monde, et demandant à Notre Dame de Lourdes de permettre qu'au neuvième jour cet ami vénéré donnât lui-même sa réponse. Puis, au plus fort de son espérance, il avait, par une charité héroïque, transmis à autrui le trésor sur lequel il comptait.

Et voilà qu'au neuvième Jour, à l'heure marquée, à la Messe que lui-même disait dans ce dut, la personne désignée par lui se dressait debout, subitement guérie, comme les paralytiques de l'Évangile.

La réponse qu'il avait implorée de la bonté et de la puissance de Notre Dame de Lourdes lui était faite, avec une clarté divine : le signe qu'il avait demandé lui était donné.

Quelle que fût la joie de la paralytique guérie, la joie du Prêtre était plus grande encore. Son ami, le curé Peyramale, parti pour le Ciel, commençait déjà à y manifester sa présence.

Ni les uns ni les autres cependant ne faisaient attention aux divers détails de cette petite chapelle latérale où ils se trouvaient, et où une main plus délicate et plus forte que celle des hommes les avait providentiellement conduits. — Et pourtant les pierres, les sculptures, les inscriptions étaient autant de voix mystérieuses qui murmuraient le même nom, ce nom qu'à travers les dernières paroles de l'Épître le prêtre avait cru entendre résonner à son oreille comme un écho des mondes supérieurs.

LA NÉUVAINE DU CURÉ D'aLGER 295

C'était la première chapelle en entrant, et le commencement de la Basilique ; et toutes choses y rappelaient les origines de cette divine histoire de Notre Dame de Lourdes dont, pour parler comme Mgr Langénieux, le curé Peyramale avait été le Témoin^ le Confident et V Apôtre.

Au-dessous du vitrail, le mur entier est couvert par trois plaques de marbre blanc, hautes et larges. Et, sur le marbre, est inscrit le récit sommaire des dix-huit Apparitions.

Le Curé de Lourdes avait été investi de ce grand rôle icibas, lorsque la Vierge lui avait envoyé Bernadette par ce commandement formel : « Allez dire aux prêtres que je veux que l'on me construise ici une chapelle.... » Or, sur ce marbre, on lisait cet ordre céleste : « Allez dire aux prêtres que je veux que l'on me construise ici une chapelle » — Pouvait-elle être remise plus nettement en mémoire, la mission et la personne du premier ouvrier de la première heure, de celui qui avait creusé le premier fondement et posé la première pierre ?

Le Curé de Lourdes avait un jour demandé à l'Apparition de la Grotte de faire fleurir les roses parmi les frimas de février, et la Vierge lui avait répondu parle mot « Pénitence ». — Or, courant par-dessus les frises et faisant le tour de la nef, une longue ligne, composée avec des cœurs d'or, reproduit quelques-unes des paroles de Notre Dame de Lourdes ; et voilà justement qu'au-dessus du grand arceau, qui forme l'entrée de cette chapelle latérale, est écrit ce mot même que Marie avait répondu à la demande du Curé de Lourdes, et que la vie du saint prêtre avait si douloureusement réalisé : « Pénitence » .

Le Curé de Lourdes, conformément à ce décret de Marie, avait reçu sur son épaule le poids d'une Croix terrible. — Or, quel était le sujet de la Voie douloureuse que l'artiste avait sculpté à la droite de l'autel, dominant la petite ogive

qui conduit à la chapelle suivante ? C'était le Cyrénéen, c'était l'Homme portant la Croix.

A l'autel où M. l'abbé Martignon venait de célébrer la Messe, les souvenirs de cette même époque ressortaient également, sous le voile transparent des allégories.

Choisie parmi toute la légion des Bienheureux, on y pouvait contempler la Sainte qui figure le mieux la Voyante de Lourdes, une bergère comme elle, une innocente enfant de nos contrées méridionales, possédant la même jeunesse, et parlant le même idiome : la très pure et très radieuse Germaine Cousin. A son côté est la houlette de la gardeuse de brebis, et sa tête est recouverte de cette coiffure, ressemblante de forme comme de nom, qu'on appelle capuchon dans la région de Toulouse, et capulet dans celle des Pyrénées. « — De tous mes agneaux, disait Bernadette, celui que j'aime le plus, c'est le plus petit. » Aux pieds de Germaine se trouve le petit agneau. Derrière elle, le chien, symbole de la Vigilance, de la Fidélité et de la Force, pour défendre bergère et troupeau ; et cette triple vertu rappelait le Pasteur énergique qui n'avait jamais permis à la persécution déchaînée de toucher à l'Enfant de Marie.

A la demande des Roses, Bernadette, on s'en souvient, était rentrée jadis les mains vides.... Mais voici que sur l'autel la sainte bergère a aujourd'hui son tablier tout plein de Roses, et que ses mains virginales les sèment à profusion devant elle. Et, comme aux Roses il faut un parfum, voici encore que, devant la pierre du sacrifice, un Miracle s'épanouit, embaumant toutes les âmes, et répandant toute bonne odeur sur la mémoire du serviteur de Marie.

Autrefois la Vierge avait souri comme pour promettre les Roses après cette vie, en la saison du printemps éternel.... Notre Dame de Lourdes venait de tenir la promesse que contenait son sourire.

LA NEUVAINE DU CURÉ d'ALGER 297

Arrêtons-nous un instant, et appliquons à ce fait d'ordre surnaturel et à ce symbolisme mystique la simple logique de la raison.

Si, en rendant la santé à Mme Guerrier, Notre Dame de Lourdes n'avait point eu dessein de préciser ce sens manifeste et de mêlera cette guérison le souvenir de son Serviteur, n'est-il pas évident qu'elle eût choisi un autre moment, que ce Neuvième jour, marqué à l'avance, une autre circonstance que cette dernière messe de la Neuvaine, célébrée par l'intime ami, un autre lieu que cette chapelle significative ? Elle eût choisi la veille, le lendemain ou tout autre date ; la Grotte, la Piscine, un autre autel, faisant à un autre prêtre la grâce de dire la messe à l'heure et à l'endroit du Miracle. Mais il semble qu'elle ait expressément voulu que le jour, le prêtre et le lieu signifiassent le même nom et donnassent la réponse si instamment sollicitée. Et, sous l'action de sa volonté toute-puissante, tous les détails de l'événement, se faisant écho et reflet l'un à l'autre, proclamaient et mettaient en saillie la même Vérité.

Non ! non ! de' pareilles concordances et de semblables rapprochements ne sont point de fortuites rencontres du hasard 1 Ces délicates harmonies, si soigneusement et si heureusement combinées par Celui qui dirige tout, dénotent aussi infailliblement cette main divine, que les agencements d'une montre et le mouvement des aiguilles dénotent l'action d'un horloger. Ces circonstances sont le langage même de Dieu s'adressant aux hommes, langage à la fois clair et énigmatique comme celui des paraboles qu'il se plaisait jadis à raconter aux foules assemblées sur les rives du lac de Génézareth ou sur les places de Jérusalem. L'àme naïve écoute, comprend et adore. « A vous, disait le Seigneur à ses Disciples, il a été donné de connaître les mystères du Royaume de Dieu ; mais à ceux-ci non pas. Ils ont des yeux, et ils ne voient point. Ils ontdes oreilles et n'entendent pas. »

Et voilà pourquoi, en présence de tout fait miraculeux, de tout acte direct de la puissance divine, il est nécessaire d'ouvrir le regard et d'avoir l'oreille attentive, afin d'en mettre à profit l'enseignement, après en avoir saisi la véritable portée.

Vous n'avez pas oublié, lecteur, ce touchant passage de la Genèse, dans lequel il est raconté comment Éliézer, s'en étant allé en Mésopotamie, vers la cité de Nachor, chercher une épouse pour le jeune Isaac, s'arrêta au bord du puits qui est à l'entrée de la ville. Puis il tourna son cœur en haut et prononça ces paroles :

« — Seigneur, Dieu d'Abraham mon maître, venez aujourd'hui à mon aide, je vous en conjure, et que mon maître trouve grâce devant vous. Me voici près de ce puits, et les filles de la ville vont s'y rendre pour puiser de l'eau. Faites, ô mon Dieu, faites que celle à qui je dirai: « Inclinez votre urne pour que je boive » et qui me répondra : « Non seulement je veux que vous buviez, mais je veux encore donner à boire à vos chameaux » ; que celle-là soit celle que vous avez destinée à votre serviteur Isaac : et, par ce signe, je comprendrai que mon maître Abraham a trouvé grâce devant vous. »

« Il n'avait pas fini de parler et voilà que paraît Rébecca portant une amphore sur son épaule.... Elle descend, remplit son vase et va s'en retourner quand Éliézer se présentant :

« — Voudriez-vous, lui dit-il, me donner un peu de votre eau, car j'ai soif?

« — Buvez, seigneur.

« Et la jeune fille, s'empressant d'abaisser l'urne qui était sur son épaule, la penche sur son bras pour lui présenter à boire.

« Et quand il eut fini :

« — Je veux encore, ajouta-t-elle, puiser de l'eau pour vos chameaux, afin que tous puissent boire jusqu'au dernier. . .

LA NEUVAINE DU CURÉ d'ALGER 299

« Eliézer l'avait contemplée en silence, attentif à l'arrêt que rendait le Seigneur. Cependant il tirait de ses colïres des boucles d'or et des bracelets d'un grand poids.

« Et quand les chameaux eurent bu ;

« — De qui donc êtes-vous la fille?...

« — Je suis la fille de Bathuel, fils de Melcha : mon grandpère est Nachor.... »

« Eliézer se prosterna, adora le Très-Haut, et s'écria :

« — Béni soit le Seigneur de mon maître Abraham, qui l'a comblé de sa grâce et de sa vérité, et qui m'a conduit tout droit à la maison de son frère. »

A ce parfait et rigoureux accord entre l'intime prière de son âme et le signe demandé, ÉUézer avait reconnu la réponse du Seigneur Dieu, et la faveur dont jouissait son maître Abraham .

Ainsi faisons-nous, nous aussi, car le Dieu de ce temps reculé est le même Dieu qu'aujourd'hui. Il se nomme l'Éternel et, maintenant comme alors, il répond de même manière au cœur droit de ceux qui l'implorent.

Reprenons notre récit.

Invoquée dans les circonstances que nous venons de raconter. Notre Dame de Lourdes avait accordé une grâce complète. Mme Guerrier était totalement guérie.

Elle avait prié pour obtenir. Elle pria pour remercier.

Puis elle se leva, calme, sereine, sans la moindre surexcitation physique ou morale, mais toute rayonnante encore du contact divin. Et, se tournant vers son mari, elle lui dit:

« Mon ami, donne-moi ton bras.... Partons! »

M. Guerrier ne pouvait croire un tel prodige. Tout ce qui s'accomplissait lui paraissait impossible. Il lui semblait faire un céleste rêve, Et son inexprimable joie était traversée par la terreur de voir tout à coup s'évanouir ce beau songe....

Dans son trouble, il voulut faire avancer les porteurs.

« — Non pas ! non pas ! lui dit l'abbé Martignon, le rappelant au sentiment de la réalité miraculeuse et divine. Laissez-la marcher.

Et alors, encore tout tremblant, M. Guerrier lui offrit son bras.

Elle le prit; et, sans rien dire, le pressa un instant sur sa poitrine. Cette muette étreinte exprimait mieux que toute parole le souvenir des peines passées et l'immensité du bonheur présent, bonheur de l'épouse, bonheur de la mère, bonheur des enfants et de toute la famille à qui elle pensait en ce moment. De ce cœur, de ces deux cœurs qui n'en faisaient qu'un, montait vers Dieu et vers la Vierge Très Sainte un incommensurable élan de reconnaissance.

Mme Guerrier franchit les deux marches de la chapelle et traversa le bas de la nef. Les pèlerins de Marseille célébraient par leurs chants la toute-puissance de Notre Dame de Lourdes, sans se douter qu'à côté d'eux, dans une chapelle latérale, au milieu du silence d'une messe basse, cette puissance venait d'éclater.

En sortant de la Basilique, la paralytique guérie descend avec aisance les vingt-cinq degrés du grand escalier de pierre, au bas duquel stationnait la calèche.

Le cocher, dans sa stupeur, regardait ce spectacle et demeurait immobile. Sur un signe de M. Guerrier, il approcha la voiture et ouvrit la portière.

« Non, dit Mme Guerrier, je veux aller à la Grotte.

— Oui, sans doute, répond le mari : nous allons faire le trajet en voiture.

— Point du tout, je. veux m'y rendre à pied, à ton bras. » L'abbé Martignon se penche à l'oreille de M. Guerrier;

et, de cette voix éteinte qui n'est qu'un souffle, il lui fait entendre la parole de foi.

« Elle est guérie . Laissez-la faire . »

On la laisse faire. Et tous ensemble s'acheminent vers la Grotte, en suivant les lacets Peyramale.

A la Basilique, devant l'autel, elle avait fait sa première action de grâces.

A la Grotte, devant la statue de Marie, elle fait la seconde.

Sans aide, sans appui, sans aucun secours étranger, elle met les deux genoux en terre et se prosterne . Puis elle se relève, va boire un verre d'eau à la Source miraculeuse, et se dirige ensuite vers la Piscine où l'on plonge les malades. Elle voulut s'y plonger guérie. Et tout son être y puisa une force nouvelle et comme une agilité plus vive dans le jeu des articulations.

Elle tint à parcourir à pied le chemin qui conduit à la ville. Devant eux, marchant au pas, la calèche les précédait.

A mi-route environ, l'abbé Martignon demanda grâce, non pour elle, mais pour lui.

« Madame, dit-il, je vous en prie, n'allez pas si vite.... Vous êtes guérie, vous, ajouta-t-il en souriant, mais moi, je ne le suis point : et je vous avoue que je n'en puis plus. Par charité pour moi, montons en voiture.

— Volontiers, » répondit- elle.

Et d'un pied léger elle gravit sans effort le marchepied.

La calèche traverse Lourdes ; mais, arrivée un peu audessous de l'ancienne église, elle quitte la route ordinaire et tourne par la rue de Langelle. Le cocher se trompait-il donc de chemin ?

Il prenait le bon chemin au contraire, et obéissait à Tordre de Mme Guerrier. Il s'arrêta à l'endroit qu'on lui avait indiqué .

Mme Guerrier descendit avec son mari et l'ancien curé d'Alger; et, passant par un rapide et grossier escalier de bois, elle pénétra dans la crypte d'une église inachevée.

Là se trouvait un sépulcre, recouvert d'une simple pierre. Elle trempa ses doigts dans un bénitier ; et, avec une branche de laurier qui y était déposée, elle jeta ,sur cette tombe quelques gouttes de l'eau sacrée.

Puis elle s'agenouilla et pria au-dessus des restes du Serviteur de Marie : le curé Peyramale.

Et ce fut là sa troisième action de grâces.

Pendant la semaine qui avait suivi la mort de Mgr Peyramale, aucun pèlerinage n'était apparu dans la ville en deuil. C'est en ce même jour, en ce jour de gloire, que vint prier devant ce Tombeau le premier Pèlerinage, celui de la catholique Marseille, qui avait fait la veille son entrée à Lourdes, portant en tête de sa procession la bannière de Notre-Damede-la-Garde. De sorte que la prem.ière couronne lointaine, déposée sur ce sépulcre, porte la date même du miracle que nous venons de raconter : Les Pèlerins may^seillais^ 16 septemlire 1877 (1).

Accompagnés de leur ami le chanoine Martignon, M. et Mme Guerrier rentrèrent enfin au logis, dans cette habitation de M. Lavigne, où la malade était arrivée la veille, en proie à une incurable paralysie.

(1) Inaugurant leurs processions par un acte de gratitude envers le grand Serviteur de Marie, les pèlerinages venus à Lourdes à cette époque, tels que Tours, le Rouergue, le Piémont, Villefrancbe, etc., passèrent par le Tombeau du Curé de Lourdes en allant de l'église paroissiale à la Grotte, et, conformément aux prescriptions canoniques, ils y récitèrent les prières de TEglise.

LA NEUVAINE DU CURÉ d'ALGER 303

Quel étonnement et quelle joie éprouvèrent leurs hôtes! Il leur semblait que ce fût une bénédiction pour leur propre maison. Avec quelle émotion ils entendirent le récit de ce qui venait de s'accomplir!... Et comme ils comprenaient, avec l'intelligence et le cœur, les merveilleuses coïncidences qui donnaient à ce miraculeux événement sa particulière physionomie !

Page 1