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Je parlais tout à l'heure des bons Anges et de leur céleste diplomatie pour susciter et préparer de longue main les occurrences et rencontres qui sont destinées à triompher des volontés rebelles et des obstinations persistantes. La lettre de Freycinet n'ayant pu me déterminer, ils avaient à me conduire au lieu lointain, et à l'heure précise , où devait être dressé le céleste piège.
Regardons-les agir. Étaient-ils cette fois désireux de se faire deviner un jour et, pour ainsi dire, de signer leur œuvre ? — Peut-être. ...
Les intimités les plus portées à la causerie lorsque Ton est l'un près de l'autre, les amitiés les plus communicatives sont parfois paresseuses dans leur correspondance. Depuis le commencement de ma maladie, j'avais négligé de faire écrire à Wladimir. Il me répugnait d'emprunter, pour nos entretiens, le secours d'une plume étrangère... Ce fut donc lui qui m'adressa ses affectueuses plaintes sur mon long silence, qu'il ne parvenait point à s'expliquer. Sa lettre, que je reçus huit jours après celle de Freycinet, était datée des eaux d'Allemagne, où il était allé suivre un traitement. Ne me sachant point malade et ignorant que je fusse en Périgord, il exprimait toute son allégresse de. me revoir en traversant Paris lors de son retour en Italie, retour dont il ne me fixait pas l'époque, mais que je présumais devoir s'effectuer au commencement de novembre.
J'ai raconté plus haut à quel point j'avais été charmé par ce jeune Slave: j'ai raconté à quel point je l'aimais... De sorte que, bien que le Couxsoit séparé de Paris par environ cent quarante lieues, dont une grande partie se faisait alors en voiture, je résolus de franchir cette longue distancé pour avoir le bonheur de lui serrer la main et de l'embrasser cordialement à son passage dans ma patrie .
Ma réponse fut à la fois pour lui une joie et une tristesse : — une joie, car l'espérance de nous retrouver lui dilatait le cœur ; — une tristesse, car, sans que j'eusse insisté sur mon état ni parlé de sa gravité, par crainte de l'affliger, la nécessité où j'étais de recourir à la main d'autrui lui donnait mille craintes.
« Mon cher ami, m'écrivit-il avec inquiétude, qvfa'\jeZ' vous donc aux yeux ?... Cest désolant puisque cela
VOUS empêche même d'écrire. Est-ce la même chose pour lire ?...
« Vous ne sauriez croire comMen je suis heureux de Vidée que je vous reverrai! et cela bientôt : puisque je serai à Paris vers le 25 septembre et que j'y resterai une dizaine de jours, mais je ne puis préciser davantage.
ce Je suis, aussi, biensouffraat depuis plus de quinze jours. J'ai des maux de tête d'une violence épouvantable, ce qui fait que je ne suis bon à rien. Je vous embrasse et me recommande avec tout ce que j'ai de cher en ce monde à vos bonnes prières. Quant à celles que je vous destine, ce ne sont pas les moins chaudes. — Que Dieu nous garde ! — W. ))
Par suite des lenteurs de la poste en ces temps-là, cette lettre, partie de Baden-Baden le 20 septembre, ne me parvint que le 24 ou le 25, c'est-à-dire au moment où Wladimir était déjà sans doute à Paris. Elle jeta un certain trouble dans mes projets.
Ayant toujours compté qu'il passerait tout le mois d'octobre à sa station thermale, j'avais cru pouvoir disposer encore de cinq ou six semaines, tandis que, si je voulais le voir, il me fallait partir à peu près immédiatement, au grand dommage de diverses affaires de famille, assez graves, qui me retenaient en Périgord... En toute autre circonstance, je n'eusse point hésité à rester ; mais ma tendre amitié pour mon cher Wladimir fut plus forte que toute autre considération. Je l'informai donc que je surmonterais tous ces obstacles personnels, ne lui demandant que quatre ou cinq jours, pour pourvoir aux choses les plus urgentes.