MADAME HENRI MONZIE-LASSERRE
Ce Iwre, qui raconte les Miracles, de la honte céleste^ expiHme mes pensées les 2^1'^s élevées, ones aspirations les plus hautes, les meilleurs sentiments que Dieu ait onis en moi. Je le dédie à ôelle qui possède ici-das tout mon cœur.
Et à ceux que ces pages pourront émouvoir je demande unejprière pour cette bien-aimée compagne de ma vie, pour notre chère Marie-Marthe et pour moi.
Henri MONZIE-LASSERRE
E livre que nous publions aujourd'hui forme la suite de VïiX^ celui que nous écrivîmes il y a quatorze ans et qui est intitulé Notre-Dame /^^ DE Lourdes.
Lorsque l'on considère le Pèlerinage fondé par la Très Sainte Vierge à la Grotte de Lourdes et qu'on veut se rendre compte de son histoire, on se trouve en présence d'un quadruple et vaste horizon aux aspects divers et parfois opposés, comme si cette Terre de Miracles avait, elle aussi, ses quatre points cardinaux. — De quelque côté qu'il se tourne, l'observateur voit d'immenses champs s'offrir à l'investigation de son regard et à l'étude de son esprit.
Avant tout et au-dessus de tout, se détache dans une incomparable lumière l'œuvre directe de Dieu et de la Yierge immaculée, c'est-à-dire les grâces sans nombre descendant sur le peuple chrétien : les inexplicables guérisons du corps et de l'âme ; les conversions soudaines ; la force donnée aux faibles ; la paix rendue aux cœurs troublés ; la consolation accordée aux inconsolables. Tantôt c'est à la Grotte, k la Source Sainte, à la Piscine, à la Basilique, aux lieux bénis où la Vierge apparut, que se produisent ces touchantes interventions de la toute-puissante Bonté ; — tantôt c'est au loin, à des sanctuaires érigés à la gloire de Notre-Dame de Lourdes, depuis Oostacker jusqu'à Gonstantinople, depuis les villes et les campagnes d'Europe, jusques au fond des Amériques ; — tantôt enfin, c'est dans quelque pauvre chambre solitaire où l'on a invoqué son Nom et bu pieusement de cette eau sacrée, à laquelle se rattache son souvenir.
Gomme l'œil charmé s'arrête et se repose sur ce côté de l'horizon ! comme l'âme y respire à l'aise ! L'Orient n'a pas plus d'éclat ni le matin plus de fraîcheur. Rien ici-bas ne se peut vraiment comparer à la splendeur et à la pureté d'un tel spectacle. — C'est le Giel lui-même s'inclinant vers la terre. G'est Dieu avec les hommes.
Le second spectacle, presque aussi beau que le premier, c'est celui que donne le peuple chrétien lui-même, accourant de tous les pays et par tous les chemins de fer à l'appel de Marie, se désaltérant avec une avidité sainte à cette Fontaine de Miséricorde, priant unanimement et ne formant qu'une seule famille et un seul cœur sous le regard du Père de toute créature. Le riche aide le pauvre, le pèlerin valide porte celui qui est infirme : il l'étend sur sa couche avec sollicitude, il veille à son chevet, il panse ses plaies, il le plonge dans la Piscine, il souffre de ses maux, et prie de sa prière. Active, revêtant tous les costumes, employant tous les moyens, parlant tous les langages, se faisant toute à tous, la Charité sainte circule parmi ces multitudes et les réchauffe de ses feux. Elle a payé le voyage du malheureux et elle payera son retour ; elle a donné l'abri à celui qui était sans asile^ le vêtement à celui qui était nu; elle a nourri celui qui n'avait point de pain, et elle brûle encore de se dépenser pour le bien...
S'il y a vraiment dans les régions de l'esprit des longitudes et des latitudes, ne pourrait-on pas dire que cette procession incessante, que ce Pèlerinage universel, que ces foules magnifiques représentent la belle zone du Midi avec son éclatant soleil et son bleu firmament, avec son mouvement, son agitation, et jusqu'à la poussière de ses routes ; avec ses vives couleurs, sa végétation puissante, ses exquises floraisons ; avec ses langues sonores, ses paroles ardentes, ses chants enthousiastes? Tout y est flamme et tout y est lumière : la vraie fraternité s'épanouit.... Quoi de plus touchant que cette vision fugitive de ce que serait le monde, si le monde était chrétien? — C'est la marche
de la Terre s'élevant vers le Ciel. Ce sont les hommes avec Dieu.
En troisième lieu il y a à Lourdes ce que Ton appelle « rœuvre de la Grotte, » c'est-à-dire l'administration spirituelle et temporelle du Pèlerinage.
La charité universelle s'est tournée vers les Gardiens du Sanctuaire et elle leur a dit : « J'ai édifié le temple demandé par Marie, j'ai acheté de l'espace ; j'ai planté des arbres à l'ombre épaisse, pour que les multitudes que Jésus aimait puissent prier, marcher, se reposer sur ce sol béni. Misereor super turbas. Eh bien ! voici encore des millions et des millions : c'est le trésor du riche versé dans le secret, comme le veut Notre-Seigneur ; c'est l'obole de la veuve ; c'est la journée de l'ouvrier ; c'est l'économie de l'indigent. Employez ces richesses sacrées à des usages sacrés. Construisez la maison du Pauvre, l'hospice du Pèlerin, la Piscine du malade. Multipliez et agrandissez ces ateliers divins, où travaille le céleste Ouvrier ! Placez-y, sous le regard du malheureux, et la statue de Marie lui parlant d'espérance, et l'image de Jésus en croix lui parlant de résignation. Qu'il y trouve, soigneusement disposé par votre sollicitude, et le prie-Dieu pour ployer les genoux, et le fauteuil aux angles arrondis pour reposer sa lassitude. Souvenez-vous de Véronique et préparez pieusement le linge qui doit essuj^er le corps des malades et voiler leur pudeur. Combien d'infortunés arrivent ici, tout seuls, délaissés, impuissants à se servir et dont le Christ dira au dernier jour : « C'était Moimême ! » Que vos bras les accueillent ! Que les mains empressées de vos Frères et de vos Religieuses mettent leur
gloire à être toujours là atlentives et secourables pour prêter leur ofTice ta ces douleurs ; et que nul ne puisse dire ici comme à la piscine probatique : ISon habeo liominem^ » je n'ai personne pour m'y plonger ! » Faites aimer Dieu ; faites bénir son Eglise. Et qu'en vous voyant vous faire ainsi, sans songer à vous-mêmes, les serviteurs de toutes les souffrances, le Monde, le Monde qu'il faut convertir, rougisse enfin de son égoïsme et des palais qu'il se bâtit ! Conservez aussi, pour les siècles futurs, conservez religieusement €omme un patrimoine et un document inviolable, comme une grande relique bistorique, les lieux vénérés que la Vierge honora dix-huit fois de son regard, et ne souffrez jamais qu'on efface et falsifie cette visible page de sa divine histoire. Vous êtes, pour le genre humain, les dépositaires du don de Dieu... » Ainsi a parlé la Charité catholique, ainsi elle a conseillé, ainsi elle a espéré : ainsi s'est fait entendre cette voix du peuple qui est la voix de Dieu.... .
Autour de tous les centres de grâces fondés ici-bas par la miséricorde du Seigneur, la nature des choses cependant et les efforts de l'irréconciliable Ennemi accumulent des dangers. La Richesse, qui leur est une force et une puissance, leur est en même temps un péril, pouvant, hélas! si l'on n'y résiste, entraîner à sa suite l'esprit de luxe et de vaine pompe pour dépenser et pour dissiper, l'esprit de commerce et de lucre pour acquérir....
■' Ceux qui acceptent les fonctions redoutables d'administrer, de leurs mains mortelles, ces lieux de prière et de bénédiction, ont avant tout le grand devoir de les préserver dételles atteintes, de les conserver purs de pareilles scories,
d'arrêter à leur seuil l'invasiou des splendeurs mondaines, de les rendre de plus en plus saints en eux-mêmes et par là de plus en plus sanctifiants pour le Fidèle et pour l'Infidèle. C'est la parole du Maître : Videant opéra vestra bona, ut glorificent Patrem vestrum qui est in cœlis; « Que les hommes contemplent la bonté de vos œuvres et que par là ils soient amenés à glorifier votre Père, Celui qui est dans les Cieux. » Combien cette tâche est belle, combien cette prédication muette par la sainteté des œuvres est admirable et efficace! Mais combien aussi elle est difficile!... Qu'elle est malaisée la garde du Gardien et la mission du Missionnaire?
Sur ce côté de l'horizon le penseur ne peut s'empêcher de porter un regard méditatif et songeur. Pour les esprits philosophiques et chrétiens, préoccupés de tout ce qui sert à la propagation du Règne de Dieu et de tout ce qui y fait obstacle, rien n'est d'un plus considérable intérêt, rien n'est plus fécond en enseignements utiles, pratiques, actuels, que l'étude sincère de cette histoire humaine, côtoyant l'histoire divine.
Ce paysage, que l'observateur a sous les yeux, c'est l'Occident, avec sa mélancolique lumière, ses grandes ombres et les oppositions de ses teintes. — C'est la Terre en face du Ciel : c'est l'homme avec lui-même.
Yoici maintenant le Nord, menaçant et sombre, le Nord avec ses glaces au cœur, avec ses autans meurtriers, ses noires forêts pleines de bêtes fauves, le Nord, d'où viennent les barbares et les iconoclastes. C'est le monde incrédule et irréligieux s'effbrçant de détruire ce que la Vierge a fondé.
Guerre des ignorants et gnerre des pervers; guerre par le^ paroles, par les journaux, par les livres, et guerre par les actes ; guerre par la violence de l'impiété fanatique, se ruant sur les pèlerins ; guerre par les mesures arbitraires des Gouvernements, entravant la liberté chrétienne... Quelle infernale stratégie à suivre dans sa marche variée, quel immense et sinistre champ de bataille à explorer! — C'est la Terre voulant menacer le Ciel; c'est l'homme contre Dieu.
Tels sont les quatre points cardinaux du Pèlerinage de Lourdes. La Miséricorde divine avec ses miracles ; — la prière du peuple chrétien avec ses sublimes élans ; — l'œuvre humaine avec l'activité de son zèle et ses inévitables imperfections ; — la révolte ennemie, avec ses fureurs aveugles, appellent tour à tour l'attention...
Ne pouvant pourtant tout considérer à la fois, et tout parcourir ea môme temps, de quel côté l'historien tournera-t-il d'abord les yeux? De quel côté dirigera- t-il ses premières explorations?...
L'historien s'est laissé guider par l'attrait de son cœur et a porté ses pas vers les pures régions où la lumière se lève... Et voilà pourquoi nous reprenons la suite de Notre-Dame de Lourdes par le récit de quelques Episodes miraculeux, regardant encore, regardant longtemps, regardant avec amour l'œuvre spéciale et personnelle de Dieu, avant de descendre de la Montagne et de scruter l'œuvre des hommes.
Depuis la piiblicatioa de notre premier volume, il s'est accompli à Lourdes des miracles sans nombre. Qu'on ne s'attende pas cependant à nous voir ici, dans une série compacte de courtes relations, en présenter à nos lecteurs la nomenclature hâtive. Nous pensons, nous avons toujours pensé que de telles accumulations de récits superficiels ne peuvent produire et ne produisent sur les âmes qu'un effet superficiel. — Osons même dire que, contrairement au but louable poursuivi par les pieux auteurs de ces écrits et de ces compilations, il arrive que l'esprit quitte de semblables lectures avec un vague dégoût, avec un mortel ennui que l'on craint de s'avouer à soi-même, parce qu'on le prend pour de la tiédeur envers les merveilles de Dieu.
De quelle cause inconnue procède cette conséquence singulière et véritablement lamentable? Elle provient uniquement de ce que. désireux et pressé de mentionner les uns après les autres tous les faits surnaturels, le narrateur n'a voulu ni se donner la peine ardue ni prendre le temps très long qui sont nécessaires pour en approfondir un seul. Gomme le font souvent les gardiens des muséums publics et des collections, il a promené indéfiniment son lecteur à la surface banale des choses, sans le faire pénétrer dans leur vie intime, dans leur providentielle disposition, c'est-à-dire dans leur véritable intérêt et dans leur suréminente beauté. De là fatigue, au lieu de repos ; satiété, au lieu d'attrait.
Tout autre a été la méthode que nous avons cru devoir adopter. Si des hommes de science, si des botanistes, consacrent parfois des années et même toute leur vie à bien étudier une seule plante, un arbre particulier; s'ils découvrent dans les mystères de sa germination, dans la structure de ses racines, dans la direction de ses radicelles, dans le mouvement de sa sève, dans les proportions de sa tige, dans l'agencement de ses feuilles, dans Tentrelacement de ses branches, dans les rugosités de son écorce, dans les linéaments de ses fibres, dans l'épanouissement de sa fleur, dans la nature de son fruit, d'admirables secrets de la sagesse universelle, il nous a semblé que le Chrétien, quand il s'agit d'un Miracle de Dieu, ne doit pas apporter moins de conscience et de zèle, moins de persévérante application à entreprendre et à poursuivre un semblable travail d'investigation minutieuse et de patiente analyse. Examinez l'événement surnaturel sous toutes ses faces et dans tous ses détails; en épier la marche; en scruter, s'il est possible, les causes et les lointaines préparations ; aller en quelque sorte jusques à son essence; en déterminer le caractère propre ; en faire saillir la physionomie : — tel est, non point, hélas ! ce que nous avons fait, mais ce que nous avons voulu faire.
L'expérience ou plutôt la main supérieure qui nous guidait nous avait du reste marqué et comme imposé cette voie, dès nos premières recherches sur les interventions miraculeuses de Notre-Dame de Lourdes ; et nous ne pouvons faire mieux comprendre comment nous fûmes conduit dans cette direction qu'en citant nos propres paroles, écrites ailleurs.
« A Bordeaux, à Tartas, à Nay, à Lourdes, partout où je me mis à étudier et à approfondir quelqu'un de ces actes exceptionnels de la puissance d'En Haut, je remarquai, non sans un secret saisissement, une étonnante suite de providentiels incidents qui avaient précédé et préparé ce coup souverain de la grâce de Dieu, répondant à une prière et commandant à la Nature.
« Dans l'examen des Miracles, je n'avais songé d'abord qu'à constater matériellement d'un côté la réalité de la maladie, et de l'autre la certitude de la guérison en dehors de toute explication naturelle. Or, voilà que, après avoir fait ce premier et indispensable examen médical, je me voyais porté insensiblement hors de ce cercle restreint des enquêtes purement techniques et que je me trouvais en présence d'une seconde étude, bien autrement large et grandiose, car on y entrevoyait çà et là les secrets ressorts de l'action divine, le jeu mystérieux de la Providence remuant les âmes humaines, inclinant les volontés, accommodant les circonstances, coordonnant les événements sur un théâtre infiniment varié et vivant, qui changeait au gré de sa puissance.
(c Quels ont été les précédents , les conséquences, les contre-coups, les échps de cette guérison miraculeuse? Derrière la surface du fait matériel, quelles en sont les profondeurs? Quelle est la vie antérieure des personnages? Par quelles voies ont-ils été amenés à cette étonnante issue d'un mal incurable? Quels sont les incidents divers, les arrièreplans échelonnés dans l'espace, les horizons lointains et toutes les harmonies de cette œuvre mystérieuse en laquelle Dieu est intervenu directement? Multiples et vastes questions que je n'eusse point su poser de moi-même, mais dont
j'entendais à chaque instant la réponse dans les confidences de ceux qui mo parlaient et qui m'ouvraient leur cœur.
« Le récit de ces âmes humbles et grandes qui me racontaient en ses moindres détails le plus prodigieux événement de leur existence projetait en elTet de lumineuses clartés, tantôt sur un de ces points et tantôt sur un autre. Le Miracle se trouvait être le dénouement d'un drame moral et religieux, drame aux mille épisodes, aux péripéties émouvantes, dans lequel j'apercevais Dieu agissant avec poids, nombre et mesure, disposant toutes choses avec une puissance sans limite et une délicatesse infinie. Ainsi, aux antiques jours de la Création, tandis qu'il asseyait le fondement des montagnes et marquait leurs bornes aux immensités de l'abîme, sa droite ciselait en même temps la corolle de la fleur, la feuille tremblante de Tarbre et l'humble brin d'herbe des-' prairies.
« De même que Christophe Colomb arrivé en une certaine région de la mer, et apercevant les végétations inconnues et un firmament inaccoutumé, comprit qu'il était sur la voie d'un monde nouveau et d'une terre inexplorée, de môme; je me rendis compte que mes études me conduisaient vers des horizons tout différents des pointsde vue ordinaires, tout différents des interrogatoires officiels, des froides enquêtes et des procès-verbaux décolorés, et je goûtai la joie profonde d'une découverte inattendue.
« Bien inattendue en effet ! car à l'opposé de Colomb > dont le génie avait tout deviné, mon chétif esprit n'avait, rien prévu à l'avance, rien pressenti ; et je ne devais qu'à
la Providence d'avoir été poussé par le souffle de la grâce vers œs parages merveilleux » (I).
Quelques-unes de ces monographies de miracles m'ont coûté des années de préparatioa. G est par des interrogations sans nombre, par des causeries intimes et cœur à cœur, avec ceux dont je raconte Thistoire, avec leur famille, avec leurs amis, parfois par une vie de quelques jours sous le même toit, au môme foyer, à la même table, que j'ai pu parvenir à connaître peu à peu et à voir se dérouler graduellement, dans leur ordre admirable, toutes les scènes diverses de ces drames miraculeux.
C'est alors seulem.ent que j'ai pris la plume, afin de peindre et de faire revivre, pour les intelligences éprises de vérité, tout ce que l'âme d'autrui avait ainsi évoqué devant moi.
Combien de fois, en me livrant à de telles recherches, ai-je douloureusement songé au déplorable calcul et à l'immense faute de certains esprits inconsidérés qui prétendent embellir par des adjonctions légendaires les œuvres qu'il plaît à Dieu d'accomplir ici-bas ! Oubliant que le devoir et la mission sacrée de l'Historien « consistent k tout trouver dans son sujet », ils ont préféré le facile. plaisir des inventions apocryphes au courageux labeur d'étudier à fond et
(1) Bernadette (sœur Marie Bernard), p. 213-215.
de creuser toutes choses avec une lente et infatigable persévérance.... En cherchant le Vrai cependant, ils eussent par surcroît rencontré le beau et opéré le bien. Ce qu'on appelle l'Art, le grand Art de l'Histoire, n'habilc point sur d'autres chemins ; et la réalité leur eut découvert des trésors sans comparaison avec les factices produits de leur imagination: car leur imagination, c'est l'homme ; et la réalité, c'est Dieu.
Avant d'imprimer ces récits, j'ai voulu, pour la certitude et la garantie de l'Histoire, j'ai voulu pour moi-même, j'ai voulu pour le public ami et pour le public ennemi, en contrôler l'exactitude rigoureuse par le témoignage direct des chrétiens à la vie desquels j'allais initier le lecteur. A eux et cà leur famille, j'ai communiqué le manuscrit ou les épreuves de mon travail. Tous les épisodes que l'on va lire (sauf le dernier qui m'est personnel) sont précédés de leur déclaration et revêtus de leur visa. Et c'est ainsi que, se rendant solidaires de cet humble livre, tous ceux dont je parle et qui reçurent un jour la grâce d'un Miracle de Dieu, se lèvent en même temps [que moi pour dire : — Ceci est la vérité.
Nous avons écrit ces pages au milieu des troubles et des tristesses de notre temps, pendant que des scélérats,
des aveugles et des lâches se livrent, avec la force en main, à la tentative sacrilège de chasser Dieu de l'esprit humain, -son vrai Temple. Que d'inquiétudes et d'angoisses au fond de notre cœur !
Oui, que d'angoisses ! — Mais à mesure que le travail nous faisait pénétrer plus avant dans la connaissance des événements que nous racontons aujourd'hui, nous sentions nos craintes s'apaiser et nos espérances grandir.
Des mille détails de ces Episodes se dégage en effet, •nette, certaine, impérieuse, irrésistible, la preuve d'une secrète et permanente intervention du Maître souverain dans les incidents de nos existences. Getl^ intervention a lieu en tout et partout, non seulement par ces coups soudains et exceptionnels que l'on appelle « Miracles », mais ^par une action constante et douce qui, sans troubler la liberté humaine, incline cependant et prépare les diverses circonstances du passage rapide et du rôle de chacun de nous sur le sol de ce monde. S'il en est ainsi, et s'il est parfois donné à notre œil mortel de le constater clairement dans la vie des individus, pourrions-nous penser que le Seigneur demeure à l'écart, quand il s'agit de la conduite des peuples, de la marche des Nations, des destinées de la sainte Eglise, du sort de l'Humanité ? Celui qui s'occupe avec tant de sollicitude de la moindre feuille éphémère, ne veille-t-il pas à plus forte raison sur Tarbre tout entier?
Quelles que soient donc les catastrophes d'une époque et les iniquités dont nous pouvons être les témoins attristés et indignés, quelles que soient les persécutions qui se dressent <€ontre la vérité et la justice, n'oublions jamais que Dieu
tient dans sa main les deux pôles de la Terre, la laissant se plonger tour à tour dans l'ombre et dans la lumière, traverser les orages el les beaux jours, les frimas de l'hiver et les feux de l'été, et la conduisant, par une route dont il sait le secret, vers le but connu de Lui seul. Nolite tirnere, pusillus grex. Suivant la pensée profonde d'une Chrétienne de génie, « Dieu ne permet jamais au Mal de venir troubler le Bien que pour tirer de ce Mal lui-même un Mieux supérieur au Bien primitif. » Qui manque d'espérance manque de foi.
YI
Notre premier volume apporta à son indigne auteur une grande joie et un honneur insigne. Il détermina Rome à sortir du silence qu'elle avait gardé jusqu'alors et à proclamer dans un Bref adressé à l'Historien « la lumineuse évidence » des Apparitions de Marie à la Grotte de Lourdes, faisant ainsi entrer cet événement religieux dans les trésors de la foi catholique (1).
Le second volume de ce même ouvrage voit le jour en l'an de grâce 1 883, au moment où Notre Très Saint Père Léon XIII vient d'ordonner un Jubilé universel, en mémoire du vingtcinquième anniversaire de cet événement extraordinaire. Que les Pèlerins de tout l'Univers, qui accourent aux Roches de Massabielle, demandent à Dieu de bénir cette seconde
(1) Nous reproduisons ce Bref à la fin du volume, Note VI de l'Appendice.
partie de notre œuvre, comme il en a daigné bénir le commencement, et de s'en servir, à Theure'présente^et dans les temps à venir, pour porter la lumière dans les esprits, la foi dans les âmes et l'amour dans les cœurs !
31 Mai 18S3 En la clôture du Mois de Marie.