‹ Les épisodes miraculeux de LourdesChapitre 40 sur 48 · SERVIR DE CE LIVRE POUR PROPAGER PLUS AU LOIN ET EXCITER · texte numérisé non relu

SERVIR DE CE LIVRE POUR PROPAGER PLUS AU LOIN ET EXCITER

ENVERS Elle la piété et la confiance des hommes, afin que TOUS puissent participer à la plénitude de ses grâces (1). » Et, conformément à ses prophétiques paroles, les éditions s'en sont en effet multipliées dans une proportion et avec une rapidité hors de toute comparaison avec les succès humains. Se répandant partout, chez les riches, chez les pauvres, dans toutes les classes, parmi les infidèles, et parmi les croyants ; — pénétrant jusque dans l'Eglise ; — ou publiquement en chaire, sous forme de Mois de Marie, dans d'innombrables paroisses ; — spontanément traduit dans toutes les langues, en anglais, en allemand, en espa-

(1) Voir à l'Appendice, Note VI ,1a traduction du Bref de Sa Sainteté.

gnol, en portugais, en italien, en flamand, en hollandais, en breton, en polonais, en hongrois, en slavon, dans les dialectes même de l'Orient, en chinois et en tamoul ; — imprimé et réimprimé à Paris, à Londres, à Madrid, à Barcelone, à Ijsbonne, à Amsterdam, à Gand, à Luxembourg, à Fribourg en Brisgau, à Trente, à Modène, à Buda-Pesth, à Varsovie, à Laybach, à New-York, à Bogota, à Rio-Janeiro, à Pondichéry, à Chang-Haï ; — aussi populaire en Amérique que dans l'Ancien Continent, ce livre est allé dans toute contrée faire, par la grâce de Dieu, son office d'apôtre, et répéter, au nom de la Reine du ciel, l'écho des paroles de Notre-Seigneur : « Venez à moi, vous tous qui êtes chargés, et je vous soulagerai... » Et les peuples se sont émus à la lecture de cette simple histoire des Apparitions et des Miracles de la Vierge Marie. Et de tous les vents de l'horizon, ils sont accourus à la Grotte de Lourdes. Et les Pèlerinages se sont mis en marche ; et l'or du monde entier a dressé à Notre-Dame de Lourdes un temple magnifique ; et mille prodiges se sont accomplis sur ce sol de Miracles...

Ainsi, de l'imperceptible graine qu'un enfant jette en terre vous faites, ô mon Dieu, un arbre immense à l'ombre duquel les générations trouvent fraîcheur et repos, et dont le feuillage sert d'abri aux oiseaux du ciel. Non noMs, Domine, sed nomini tuo da gloriam.

Telle a été la mission à laquelle vous avez daigné appeler, malgré ses misères morales et ses fautes, celui qui fut l'objet et par conséquent le premier Témoin de l'acte miraculeux.

Vingt années se sont écoulées. Qu'avez-vous fait, Seigneur, du second Témoin qu'il vous plut alors de marquer pour être l'instrument conscient et la cause directe du Miracle ; de celui dont la pressante initiative et les instantes paroles me contraignirent en quelque sorte à recourir à Notre-Dame de

Lourdes ; de celui dont la main écrivit sous ma dictée la lettre au Curé Peyramale, cette lettre demandant Teau miraculeuse et si étrangement datée du 2 octobre 1862, jour de la Fête des Anges Gardiens ?

Charles de Freycinet a été porté par le flot des révolutionnaires tourmentes aux plus hautes fonctions de l'Etat dans l'orageux gouvernement de la France : d'abord Délégué de la Guerre, puis Ministre des Travaux publics, puis Ministre des Affaires étrangères et Président du Conseil...

Telle a été l'extraordinaire destinée du second Témoin du miracle.

Oh! que de pensées se pressent dans notre esprit, pensées tumultueuses et agitées, que d'interrogations se posent, en rapprochant de tels et tels faits considérables de l'histoire contemporaine les souvenirs que je viens d'évoquer ! Mais une impérieuse réserve, que chacun comprendra, arrête toute réflexion sur nos lèvres. Celui-là seul peut juger qui, connaissant le dernier mot des hommes et les dernières conséquences des choses, règle tout ici-bas... Empruntante l'ami de ma jeunesse, à Freycinet lui-même, quelques-unes de ses propres paroles, je m'écrie : « Il y a là-dedans un tel ensemble de coïncidences que, quand on l'envisage, on est tenté de se demander s'il n'y a pas eu quelque raison supépérieure et l'on ne s'étonne plus que les âmes religieuses puissent se dire : Digitus Del est hic ! » (1).

(1) C'est clans son ouvrage sur la guerre de 1870 que M. de Freycinet a écrit ces lignes, d'un sentiment très élevé, auxquelles je fais allusion. Les voici :

« Un ensemble de coïncidences malheureuses s'est donc joint à la faiblesse organique de la France pour déjouer tous ses efforts. Et cet ensemble a été tel, que véritablement, quand on Venvisage, on est tenté de se demander s il n'y a pas eu là quelque raison supérieure aux causes physiques; une sorte d'expiation de fautes nationales ou le dur aiguillon pour un relèvement nécessaire. En présence de si prodigieuses infortunes, on ne s'étonne plus que les mnes religieuses aient pu dire : <f Bigitus Dei est hic ! » (Charles de Freycinet. La Guerre en Province, p. 350-351.)

Vingt années se sont écoulées. Qu'avez-vous fait, ô mon Dieu, du troisième Témoin, de celui qui fut l'occasion inconsciente, et pourtant décisive, de ma guérison surnaturelle? de ce jeune Slave dont le rapide passage dans ma patrie vint m'appeler à Paris au jour fixé, et dont la providentielle absence de l'hôtel Radstadt me détermina à me diriger, croyant agir de moi-même, vers la demeure où Freycinet se trouvait et où votre grâce m'attendait invisiblement? Qu'avez-vous fait de cet ami du temps passé qui m'écrivit alors la lettre au style hâtif dont la photogravure nous a donné plus haut le fac-similé avec le timbre de la Poste, marquant l'année, marquant le mois, marquant le jour de cette même fête des saints Anges Gardiens ?

Le grand seigneur polonais a quitté la vie laïque : il est entré dans les saints ordres. Et au moment même où Charles de Freycinet était dans notre pays Ministre des Affaires étrangères et Président du Conseil, le comte Wladimir Czacki, prélat romain et archevêque de Salamine, est arrivé en France comme Nonce du Pape. Après quoi, montant plus haut encore, il est allé s'asseoir, cardinal de la sainte Église, sur les marches du trône pontifical... C'est là que siège, aux suprêmes sommets de la hiérarchie ecclésiastique, le troisième Témoin et instrument du Miracle, accompli par Notre-Dame de Lourdes sur l'homme qui devait être son historien.

Vingt années se sont écoulées. Qu'avez-vous fait, ô mon Dieu, du quatrième Témoin et dernier instrument de l'action surnaturelle? de ce pieux vieillard de la ville de Tours qui, par ses onctions sur mes yeux et ses prières devant la sainte

Face du Crucifié obtint que je fusse délivré de toute menace de rechute et qui mêla ainsi, au bienfait de Marie et à tout cet ensemble de choses, comme la sanction directe de Jésus- Christ ?

A celui-là, Seigueur, vous avez assigné une place plus haute encore que tous les sièges d'honneur des vallées d'ici bas, plus haute que le fauteuil des Premiers Ministres et que le trône des princes de l'Église. A peine M. Dupont s'est-il endormi dans la paix des justes que la voix du peuple s'est écriée : « Un Bienheureux vient d'entrer au ciel 1 » L'archevêque de Tours a proclamé la gloire du Serviteur de Dieu « mort, dit l'ordonnance épiscopale, en odeur de sainteté. » La maison, pleine de son souvenir, a été transformée en sanctuaire, et on annonce que Rome va introduire la cause de sa Béatification. Telle a été la fin glorieuse du quatrième Témoin du Miracle.

Seigneur, Seigneur, pourquoi donc, dans l'extraordinaire économie de vos insondables desseins, avez-vous voulu placer ainsi côte à côte ces quatre hommes : — le premier, futur historien de Notre-Dame de Lourdes ; — le second» futur Ministre de France et Président du Conseil ; — le troisième, futur Nonce du Pape et Cardinal; — le quatrième, futur Saint?... Quadruple coïncidence comme n'en peut jamais produire le hasard.

Pourquoi? pourquoi? Que signifie sur ces quatre têtes diverses votre doigt mystérieusement posé à l'heure du Miracle? Quel est le sens de ces quatre noms, associés de la sorte à V Histoire de Notre-Dame de Lourdes et inscrits désormais dans les assises et sur la pierre angulaire des fondations? — Pourquoi? pourquoi?

Parfois en traversant les déserts de l'Egypte, l'explorateur aperçoit, sur le piédestal d'un obélisque ou à la base ^ d'une pyramide, quelques signes hiéroglyphiques. Après \ trois mille années les traits sont aussi distincts dans le granit que si le graveur venait de les y creuser le matin. Le passant s'arrête émerveillé et rêveur. D'un côté ces caractères lui attestent que la main d'un homme fut un jour attentive à en figurer mathématiquement les courbes et les angles : de l'autre la pensée môme qu'ils expriment échappe totalement à son investigation. Ce mot, aux contours si nets, est tracé suivant une écriture inconnue et dans une langue ignorée. Insoluble problème !

Ainsi je contemple avec admiration les marques évidentes de la main d'En-Haut. Ainsi, en même temps, je m'interroge en vain pour pénétrer plus avant dans la pensée du Seigneur. A mon faible regard l'hiéroglyphe n'a point encore révélé son secret.

Mais à mesure que j'ai discerné ces étonnantes dispositions de la souveraine Sagesse; — à mesure que je voyais le livre écrit par ma plume très indigne se répandre dans tous les paj^s comme une semence apostolique ; — à mesure que, l'un après l'autre, ces quatre noms sortaient de l'ombre; — à mesure que tout ce qui touchait à cette surnaturelle histoire prenait de la sorte un relief grandissant et une teinte providentielle, je me sentais de plus en plus disparaître dans la conscience de ma misère, de ma petitesse et de mon néant.

Infime et aveugle grain de poussière emporté sans savoir cil il va, ni ce qu'il fait, ni presque ce qu'il veut, emporté

comme il plaît au souffle du ciel dans le formidable tourbillon du labeur divin, j'éprouvais, j'éprouve à toute heure devant tant de signes si manifestes, je ne sais quelle religieuse terreur. Que suis-je et qui suis-je pour cela ? Ah ! que je comprends le cri d'épouvante de Simon -Pierre : « Seigneur, éloignez-vous de moi, car je ne suis qu'un homme de péché ! » Qu'ai-je fait, hélas ! de tant de grâces reçues ? et que vous répondrai-je quand vous me direz : « Eh quoi ! tu as été employé à convertir les autres et tu ne t'es point converti, à ramener dans le chemin de la sainteté mainte âme dévoyée et tu n'y es point entré toi-même ! . . . » 0 Marie , ô Notre-Dame de Lourdes, ô ma Mère, sauvez-moi en ce moment terrible!

Oui, je me sens écrasé sous le poids de ma responsabilité devant le Juge ; et, alors que d'autres m'envient peut-être, j'envie le paysan obscur qui laboure sous ma fenêtre et qui n'aura à rendre compte que de la marche de sa charrue et du tracé de son sillon.

Toutefois, si ces indices d'une action supérieure sur ma personne et mon œuvre me jettent comme homme dans le plus concevable effroi, ils me consolent d'un autre côté comme historien de Notre-Dame de Lourdes et me gardent dans une paix profonde contre les surprenantes attaques dont à ce titre j'ai pu être l'objet; contre les calomnies publiques, contre les calomnies masquées, et quels que soient les calomniateurs.

Lorsque malgré moi ma pauvre âme navrée frémit et s'indigne, la voix céleste de Notre-Dame de Lourdes murmure à mon oreille :

« — Ne t'inquiète point et ne crains personne. Tu n'as à redouter que toi-même, ta fragilité extrême, tes passions et tes entraînements. Vois comme je t'ai guidé et tenu par la main. Souviens-toi de ce Miracle de la guérison de tes yeux qui fut le premier appel que je t'adressai pour t'amener à

écrire cette Histoire des Apparitions et de mes bienfaits, que j'ai bénie. Reconnais le doigt de Dieu dans le choix de ces hommes, employés par Lui comme instruments. Considère les cimes où il lui a plu de les asseoir, de sorte que, sans démenti possible, tu peux aujourd'hui les montrer en témoignage au monde incroyant, au sacerdoce chrétien, et à toute l'Eglise. Publie ces choses au grand jour, et que tous les cœurs droits aperçoivent dans ces merveilleuses harmonies l'immixtion des saints Anges et la conduite du Seigneur. Ceux qui nient et insultent de parti pris et par méchanceté continueront denier et d'insulter, pour leur condamnation. Ceux qui sont de bonne foi et qui ne sont qu'égarés revien dront. »

Et voilà pourquoi nous avons cru devoir rompre le silence et projeter la lumière sur des détails ignorés, sur des détails autrefois sans valeur à nos yeux, mais dont la succession des événements nous a fait connaître la portée.

Peut-être raconterons-nous quelque jour les nouveaux appels par lesquels Notre-Dame de Lourdes nous incita malgré nos résistances à rempUr notre mission historique, les obstacles que le Démon suscita d'abord, puis les bénédictions et les peines, les sympathies et les inimitiés qui accompagnèrent, qui suivirent et qui suivent encore l'accompUssement de cette œuvre. — Et alors aussi le lecteur, discernant d'une façon non moins manifeste l'action secrète de la Providence, pourra comme aujourd'hui répéter une fois de plus la grande parole qui est la devise de l'individualité la plus humble comme celle des Nations : a L'homme s'agite et Dieu le mène. »

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