I. — ÉPITHÉLIOMAS ÉPIDERMIQUES
(ou pavimenteux stratifiés)
Les différentes variétés d’épithéliomas épidermiques que l’on peut décrire au niveau du larynx sont sous la dépendance de deux facteurs :
1. Du degré d'évolution épidermoïde plus ou moins poussé des cellules néoplasiques. Cette évolution épidermique peut CTTÈR
a) nulle : épithéliomas indifférenciés ;
b) ébauchée : épithéliomas intermédiaires ;
c) manifeste : épithéliomas épidermoides vrais.
2. De la forme de cette évolution épidermoïde, lorsque celle-c1 est manifeste, c’est-à-dire lorsqu'il s’agit d’un épithélioma épidermoïde vrai.
Cette évolution épidermoïde peut se faire :
a) par globes cornés kératosiques vrais (différenciation épidermoïde complète, du type cutané)
b) par globes cornés parakératosiques (différenciation épidermoïde complète, du type des muqueuses)
c) par globes cornés dyskératosiques (différenciation épidermoïde incomplète) ;
d) par kératinisation de cellules isolées.
À. — Epithéliomas indifférenciés (ef. microphotographies, fig. 9, 10, 11)
Syn. — Ils sont décrits également sous le nom d’épithéliomas baso-cellulaires ou d’épithéliomas à différenciation épidermoïde nulle. Ils font généralement partie des épithéliomas infiltrants.
Architecture. — Au point de vue architectural, ils prennent volontiers la disposition cordonale simple, disséminée et surtout réticulée ou alvéolaire. confluente ou tassée. Les squirres, sous-glottiques, ne comprennent presque toujours que des épithéliomas indifférenciés.
Description cytologique. — Les cellules qui composent ces tumeurs sont généralement toutes semblables les unes aux autres. Elles sont relativement volumineuses, de forme carrée ou polyédrique par tassement réciproque, souvent groupées en formation palissadiques dans un boyau néoplasique
Fie. 9. — Æpithélioma indifférencié.
Architecture : forme infiltrante cordonale à stroma lâche. (Epithélioma du ventricule. — Coupe Curie n° 22.742. — Gros. X 280).
plein. Elles ne possèdent pas de ponts d'union intercellulaives. Dans l’ensemble, leur description rappelle celle de cellules basales ou embryonnaires. Leur protoplasma est basophile, mais généralement pâle et peu colorable, ce qui contribue à donner à ces cellules lorsqu'elles sont groupées, une allure glandulaire. Les noyaux sont souvent uniformément arrondis ou ovalaires, pâles et pourvus d’un fin réseau de chromatine.
Les monstruosités cellulaires et nucléaires, les caryocinèses anormales, les figures de divisions cellulaires sont relativement rares.
Evolution cytologique. — Les cellules, par leur définition même, n’ont aucune tendance à l’évolution cornée. Leur terme évolutif est la cytolyse.
Cette cytolyse s’observe au centre des lobules néoplasiques pleins ou au centre des formations cordonales. Elle pourrait au premier abord en imposer par une évolution épidermoïde. Elle contribue à donner à la tumeur un aspect architectural particulier. Si la cytolyse est étendue,
Fig. 10. — ÆEpithélioma indijférencié.
Architecture : forme cordonale réticulée pseudo-alvéolaire. (Epithélioma de la sous-glotte. — Coupe Curie n° 24.763. — Gross. X 340).
les lobules néoplasiques peuvent prendre l'allure de pseudokystes.
B. — Epithéliomas intermédiaires
Syn. — Ils sont également décrits dans le nom d’épithéliomas à différenciation épidermoïde ébauchée.
Architecture. — Leur architecture d’ensemble rappelle celle des épithéliomas indifférenciés. Ils prennent souvent la disposition lobulée.
Description cytologique et évolutive. — Les lobules qui constituent les zones épithéliomateuses sont formées à la périphérie de cellules rappelant les cellules basales qui au fur et à mesure qu'on se rapproche du centre du lobule ont
tendance à s’aplatir, en même temps que leur protoplasma devient elair ou vacuolaire et que les noyaux donnent des signes de souffrance. Cette ébauche d'évolution épidermoïde se fait en l’absence de cellules spineuses et ne pousse jamais jusqu’à la kératinisation complète.
Fig. 11. — Epithélioma indifférencié.
Architecture : forme infiltrante disséminée à type de squirre avec stroma collagène extrêmement abondant.
(Epithélioma de la sous-glotte. — Coupe Curie n° 25.325. — Gross. X 340).
Parmi ces épithéliomas intermédiaires, on pourrait ranger certaines tumeurs relevant de la deseription précédente, mais contenant en outre, dans certains boyaux néoplasiques, des cellules subissant isolément une kératinisation plus complète sans formation de globes cornés.
Enfin, précisons qu'il existe tous les intermédiaires entre les épithéliomas indifférenciés précédemment décrits et ces épithéliomas intermédiaires, d’une part; entre ces épithéliomas intermédiaires et les épithéliomas épidermoïdes et, en particulier, les épidermoïdes à cellules basales prédominantes que nous allons décrire, d’autre part.
Aussi, est-il parfois impossible de savoir à quel groupe les rattacher; d'autant plus que dans une même tumeur, suivant les points considérés, on peut retrouver l’un ou l’autre de ces aspects.
C. — Epithéliomas épidermoïdes (cf. microphotographies, fig. 12, 13, 14, 15)
Syn. — Ils sont également décrits sous le nom d’épi-
Fig. 12. — Epithélioma à évolution épidermoïide complète du type cutané ou kératosique vrai.
Architecture : forme infiltrante cordonale lobulée à stroma fibroblastique peu abondant.
(Epithélioma du vestibule. — Coupe Curie n° 23.150. — Gross. X 60). (CE. observation I).
théliomas spino-cellulaires à globes cornés ou d’épithéliomas à différenciation épidermoïde manifeste.
Architecture. — Leur architecture d’ensemble la plus fréquente est la forme lobulée à gros lobules plus ou moins arborescents. [ls peuvent prendre également le type cordonal lobulé à petits lobules ou foliolé (cf. microphotographie, fig. 12).
Description cytologique. — La description cytologique de ces épithéliomas dépend de la façon dont l’évolution épidermoïde se produit.
1) Epithéliomas à évolution épidermoide par globes cornés kératosiques vrais ou épithéliomas à différenciation épider-
moide complète du type cutané (M. Lacassa@nE) (cf. microphotographies fig. 12 et 13).
Îls sont caractérisés par des globes cornés dans lesquels on rencontre tous les stades cellulaires observés au niveau d’un revêtement cutané normal, c’est-à-dire de la péri-
Fig. 13. — Epithélioma à évolution épidermoïde complète du type cutané ou kératosique vrai.
(Au centre : cellules bourrées de grains d’éléïdine). architecture : forme infiltrante lobulée (Epithélioma du ventricule. — Coupe Curie n° 23.690. — Gross. X 340).
phérie vers le centre : les cellules basales, les cellules polvédriques spineuses, les cellules granuleuses à eléidine (ef. microphotographie, fig. 13), enfin, les squames cornées dépourvues de vestiges nucléaires.
Nous ne reviendrons pas ici sur la description cytologique de ces différents éléments, car celle-ci est classique et déborderait le cadre du présent travail. |
Précisons seulement que cette variété d’épithélioma n’est pas la plus fréquente parmi tous les épithéliomas de lendolarynx. La suivante est beaucoup plus souvent rencontrée.
2) Epithéliomas à évolution épidermoïde par globes cornés parakératosiques ou épithéliomas à différenciation épidermoide
ji jan
complète du type des muqueuses (M. LaAcAssAGNE) (cf. microphotographie, fig. 14).
Ils sont caractérisés par des globes eornés dans lesquels on rencontre tous les stades cellulaires observés au niveau d’une muqueuse de type pavimenteux stratifié ou au
Fig. 14. — Epithélioma à évolution épidermoïide complète du type des muqueuses
ou parakératosique (absence de cellules à éléïdine).
Architecture : forme infiltrante lobulée.
(Epithélioma du vestibule. — Coupe Curie n° 23.295. — Gross. X 340). (CE. observation II).
niveau d’une muqueuse cylindrique en métaplasie malpichienne.
C'est-à-dire : les cellules basales, les cellules polyédriques spineuses claires, des squames cornées conservant en leur centre des débris nucléaires plus ou moins pycnotiques. Ce dernier fait Joint à l’absence des cellules granuleuses à éléidine caractérise la parakératose.
3) Epithéliomas à évolution épidermoïde par globes cornés dyskératosiques ou épithéliomas à évolution épidermoïde incomplète (M. LacassaGnE) (cf. microphotographie, fig. 15).
Ils sont caractérisés par des globes cornés dans lesquels une ou plusieurs des couches cellulaires de stratification
constituant ces globes, manque. La kératinisation se fait brutalement au sein d’un boyau de cellules basales ou au sein d’un boyau de cellules spineuses, sans stade Intermé-
diaire.
Ainsi peut-on décrire :
Fig. 15. — ÆEpithélioma à évolution épidermoïde incomplète à prédominance de cellules basales.
Architecture : forme infiltrante lobulée.
(Epithélioma du vestibule. — Coupe Curie n° 23.0002. — Gross. X 280). En bas et à gauche : tissu conjonctif. — Au milieu : cellules basales. — A droite : kératine et surtout cellules en cytolyse).
19 Des épithéliomas à évolution épidermoïde incomplète à cellules basales prédominantes (cf. microphotographie, he)
20 Des épithéliomas à évolution épidermoïde incomplète à cellules spineuses prédominantes.
4) Epithéliomas à évolution épidermoïde incomplète par kératinisation d'éléments épithéliaux isolés.
Ce groupe est à rattacher au groupe précédent des dyskératoses. Cette variété d’épithélioma se rencontre exceptionnellement à l’état pur. Nous avons vu à ce propos qu'il se combine généralement à un épithélioma à caractère d'ensemble intermédiaire.
IL — ÉPYTHÉLIOMAS ATYPIQUES
Parmi les épithéhiomas atypiques qui, l’avons-nous dit, ne sont pas rares au niveau du larynx, 1l faut ranger ceux
Fig. 16. — Epithélioma atypique à cellules fusiformes.
(Epithélioma du ventricule. — Observation rapportée avec M. Moulonguet :
Soc. Laryng. Hôp. Paris, 3 juillet 1933).
qui ne sont ni épidermiques, ni cylindriques, c’est-à-dire ceux qui dans leurs détails d'architecture ne reproduisent en aucun point la disposition d’un revêtement muqueux ou d’une formation glandulaire.
Ce sont généralement des épithéliomas infiltrants. Parfois cependant, ils revêtent le type de la forme strictement exophytique, pédiculée.