Tome IV^ (1927). Hébreux. — Epîtres Pastorales
Esschen, Librairie S*^ Alphonse.
Paris, Librairie Giraudon, 56, Rue N.-D.-des-Champs.
L'ÉVANGILE DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST, LE FiLS DE DIEU.
Tours, Mame, 3^ édition, 1925. Un vol. in 8°.
COMMENTAIRE SUR LA RÈGLE DE SAINT BENOIT. Un VCl. in S».
DOM GUÉRANGER, 8^ édition, 2 vol.
Ces ouvrages à la librairie Alfred Mame et Fils, Tours. Agence à Paris, 6, rue Madame.
UNlVEPvSITY OFChiîCAGO LIBR.ûiRY
Nous avons appris de la Théologie et de l'Histoire, que l'institution divine de l'Eglise date de la création du Magistère apostolique. C'est dans l'intelligence des apôtres qu'a été primitivement versée, par le Christ et l'Esprit de Dieu, toute la doctrine surnaturelle : Paraclitus... Spiritus sanctus, quem mittet Pater in nomine meo, ille vos docebit omnia, et suggeret vobis omnia quaecumque dixero vobis (Joan., XIV, 26). Saint Paul s'est complu à comparer la plénitude de doctrine donnée aux apôtres avec la création de la lumière : Quoniam Deus, qui dixit de tenebris lucem splendescere, ipse illuxit in cordibus nostris ad illuminationem scientiae clarifatis Dei, in iacie Christi Jesu (II Cor., IV, 6).
Il y a pour nous un souverain intérêt à nous retremper souvent à cette source. « Quand le soleil se lève, nous dit saint Augustin, sa lumière se répand d'abord sur les montagnes ; de là, graduellement, elle descend aux vallées profondes. Ainsi en fut-il lorsqu'apparut Notre-Seigneur Jésus- Christ : il versa tout d'abord sa lumière sur les hauts sommets, les apôtres ; puis, de là, et par eux, sur toute la surface de la terre» (Enarr. in Ps. XXXV, 9). « Lorsque les apôtres s'en furent retournés vers Dieu, dit à son tour saint Grégoire le Grand, écrivains et prédicateurs vinrent après eux, répandirent avec abondance les flots de la science divine et élargirent ce que les apôtres avaient dit avec brièveté. Encore ces prédicateurs n'ont-ils pas de titre à s'élever sous prétexte d'abondants exposés qu'ils ont apportés à la doctrine. Ils doivent se souvenir sans cesse de ceux qui leur ont primitivement transmis la lumière, et se rappeler que, si la pensée apostolique ne leur avait d'abord fourni le thème premier, leurs beaux développements n'auraient même pas existé » (Moral., XXVII, c. VIII).
L'Apôtre saint Paul nous a dit que la vie du Seigneur embrasse en son unité les temps qui l'ont précédé, comme aussi les siècles qui l'ont suivi, et dont le cours se déroule encore : Jésus Christas heri, et hodie : ipse et in saecula (Hebr., XIII, 8). C'est là, dans la pensée de l'Apôtre, ce qui doit assurer notre foi, et la détourner des doctrines instables, étrangères, contradictoires qui prétendent nous apporter la vérité : doctrinis variis et peregrinis nolite abduci (ibid., 9).
Mais aussi, c'est là ce qui met le Seigneur absolument hors de pair, et l'élève à l'infini au-dessus de tous ceux qui par leur action ou leur doctrine ont pris place dans l'histoire. Il est venu à son heure, à l'heure oii il était attendu ; sa vie a été une, sainte, pure de tout alliage, et toute consacrée à l'œuvre qui lui avait été confiée de Dieu : il a accompli toute sa mission avec une conscience parfaite de tout ce qu'elle comprenait, et une admirable obéissance à tout ce qu'elle exigeait de lui : et cette mission, enfin, a remué l'humanité tout entière à une telle profondeur que l'histoire s'est divisée d'elle-même en deux grandes époques, celle qui a précédé le Seigneur, celle qui le suit : celle qui l'a préparé et attendu, celle qui jouit de sa lumière et de ses bienfaits : celle où il s'est préexisté, celle où il se survit ; je dis mal : celle où il vit immortellement.
Aussi aucun homme au monde ne saurait-il lui être comparé. De qui peut-on dire, en effet, qu'il a pris possession de toute l'histoire, qu'il a vécu, dès avant sa naissance, dans la pensée, l'attente et le désir des hommes ? De qui peut-on dire qu'il se survit dans une œuvre de doctrine, de piété, de sainteté, dans une société vivant de lui, fondée par lui, et dans une institution universelle, défendue par lui contre le temps, contre les ennemis, contre toutes infiltrations doctrinales, contre les divisions mêmes qui ont déchiré son sein ?
Aujourd'hui encore c'est la vie du Seigneur qui se poursuit dans l'Eglise, animée de son esprit, héritière de sa mission et de sa doctrine, investie de son pouvoir de régénérer et de sanctifier. C'est de la plénitude du Seigneur que se forme la richesse de l'Eglise, son Epouse : de plenitudine ejus nos omnes accepimus et gratiam pro gratia, nous dit saint Jean (1,-3^). A son tour, l'Apôtre nous révèle en un mot la relation du Seigneur avec l'Eglise, lorsqu'il écrit aux Ephésiens que Dieu a fait de Jésus-Christ et de l'Eglise un même corps mystique : et ipsum dédit caput supra omnem Ecclesiam, quae est corpus ipsius, et plenitudo ejus (Eph., I, 22-23). Ce ne sont pas là de simples métaphores ; l'intimité de cette relation est si réelle et si profonde que le Seigneur l'a reconnue en termes formels : Saule, Saule, quid me persequeris ? (Act., IX, 4) demandait-il au pharisien prosterné sur le chemin de Damas : « Saul, Saul, pourquoi me persécutez-vous?»
Alors donc que les Actes des apôtres nous racontent les commencements de l'Eglise, c'est encore de la vie du Seigneur qu'ils nous parlent et de son effusion sur le monde. Entre les Evangiles et les Actes il n'y a pas de discontinuité.
Ce serait ici le lieu, si nous n'éprouvions une sainte horreur pour les longs préliminaires, de rappeler les diverses civilisations qui régnaient dans ce monde à l'origine du christianisme, ce que la Judée avait fait pour la religion, l'hellénisme pour l'intelligence et la pensée, Rome pour organiser la société humaine, et préparer à l'Eglise le moule providentiel où elle serait jetée : car l'Eglise a été l'héritière prédestinée de tout ce grand et multiple travail qui l'a précédée ; comme le Seigneur lui-même, elle est venue en son heure pour en recueillir le fruit. Mais tout cela a été fort bien dit ; tout cela d'ailleurs demeure étranger à notre dessein. Un homme ne saurait tout dire, et encore bien que les considérations écartées par nous ne manquent pas d'intérêt, nous devons les renvoyer aux histoires générales, et nous borner, après avoir lu l'Evangile, à lire les Actes des apôtres,
sauf à insérer dans le récit historique de saint Luc, et à leur place chronologique, les Epîtres de saint Paul.
Le livre des Actes renferme l'histoire d'événements qui se sont écoulés entre l'Ascension de Notre-Seigneur Jésus- Christ (29 ou 30 de l'ère chrétienne, 783 de Rome) et la première captivité romaine de l'Apôtre saint Paul, au cours d'une période de 33 ou 34 ans environ.
Non plus que les Evangiles, le livre des Actes n'a la prétention d'être un récit complet : il ne contient ni la vie et les œuvres de tous les apôtres ; ni même toute la vie et les œuvres des deux apôtres dont il sera surtout question : les douze premiers chapitres appellent notre attention sur saint Pierre et les progrès de l'Eglise en la Judée et la Syrie : les seize derniers sont consacrés à l'apostolat de saint Paul dans les régions que baigne la Méditerranée.
Primum quidem sermonem feci de omnibus, o Théophile, quae coepit Jésus facere et docere 2 usque in diem, qua praecipiens Apostolis per Spiritum sanctum, quos elegit, assumptus est : 3 quitus et praebuit seipsum vivum post passionem suam in multis argumentis, per dies quadraginia apparens eis, et loquens de regno Deî.
Comme le troisième Evangiîe, le livre des Actes contient un préambule adressé par l'Evangéliste saint Luc à un chrétien du nom de Théophile. De part et d'autre même style et même procédé. Seulement, au début des Actes, il est fait allusion formelle à un écrit premier, l'Evangile, qui a précédé les Actes et qui finit précisément où commencent les Actes. Cela suffirait, en dehors même du témoignage de la tradition, pour nous faire conclure que le troisième Evangile et le livre des Actes sont de la même main. Mais, comme il le reconnaît lui-même, au lieu qu'il n'a écrit l'Evangile que sur des documents et des témoignages recueillis auprès des apôtres ou des premiers disciples du Seigneur, saint Luc a pris une part personnelle à un large ensemble des faits racontés dans les Actes. A dater, en effet, du chapitre XVI, 10, il parle comme compagnon assidu de l'Apôtre saint Paul, à la première personne du pluriel : le récit des voyages et des discours qu'il rapporte trahit le témoin oculaire. Nous avons donc affaire, en dehors même de l'inspiration, à un témoignage de la plus grande autorité, aux mémoires d'un homme qui a vu, à un écrit contemporain des faits qu'il rappelle, à un écrit signé, à un écrit daté, daté deux fois, puisqu'il est dit postérieur à l'Evangile, et qu'il s'arrête brusquement (XXVIII, 30) vers l'année 60, ayant été conduit par l'écrivain jusqu'à ce qu'il fût à jour.
Les Actes ne forment donc que le second écrit de saint
Luc ; dans un écrit antérieur, il a retracé l'histoire du Seigneur en sa vie mortelle. Non sans doute qu'en ce premier écrit il ait tout rapporté, ni qu'on puisse l'opposer à saint Jean, protestant à la fin de son Evangile qu'il serait impossible de rappeler tout ce que le Seigneur a fait ou enseigné. Mais l'Evangéliste a dit ce qu'il savait, ce que lui apprenaient les témoignages et les documents dignes de foi.
Le personnage à qui ont été adressés d'abord l'Evangile, puis le livre des Actes, Théophile, est plus probablement un personnage réel, étranger à la Judée, un converti du paganisme, et sans doute un homme considérable si l'on en juge par l'appellation de xpàTccTOi; qui lui est décernée dans l'Evangile, et que l'usage réservait à des personnes constituées en dignité.
On peut lire sur cette question Patrizi, De Evangeliis, lib. III, Dissert. XLIII, n. 94-96, et Dissert, I, n. 23-25.
Les prédicateurs ne manquent jamais de nous faire remarquer l'ordre dans lequel sont disposés le facere d'abord et le docere ensuite, pour nous inviter à la fidélité pratique et nous inspirer l'estime première que nous devons donner aux œuvres. La leçon est bonne : elle ne ressort pas du texte: facere ici implique les œuvres accomplies par le Seigneur ; docere la doctrine enseignée par lui depuis le début de son ministère jusqu'au jour où, ayant laissé aux apôtres qu'il s'était choisis sous l'influence de l'Esprit de Dieu ses dernières instructions, il fut élevé aux cieux.
l'ascension
4^ Et convescens, praecepit eis ab Jerosolymis ne discederent, sed expectorent promissionem Patris, quant audistis (inquil) per os meum : s quia Joannes quidem baptizavit aqua, vos autem baptizabimini Spiritu sancto non post muttos hos dies. 6 Igitur qui convenerant, interrogabant eum, dicentes : Domine si in tempore hoc restitues regnum Israël ? 7 Dixif autem eis : Non est vestrum nosse tempora vel mo-