L'ASCENSION
menta, quae Pater posait in sua potestate : s sed accipietis viriutem supervenientis Spiritus sancti in vos, et eritis mihi testes in Jérusalem, et in omni Judaea, et Samaria, et usqae ad ultimum terrae. » Et cum haec dixisset, videntibus îllis, elevatus est : et nabes suscepit eum ab oculis eorum. lo Cumque intuerentur in caelum euntem illum, ecce duo viri astiterunt juxta illos in vestibus albis, n qui et dixerunt : Viri Galilaei, quid statis aspicientes in caelum ? hic Jésus, qui assumptus est a vobis in caelum, sic veniet quemadmodum vidistis eum euntem in caelum. 12 Tune reversi sunt Jerosolymam a monte, qui vocatur Oliveti, qui est juxta Jérusalem, sabbati habens iter. i3 Et cum introissent in coenaculum, ascenderunt ubi manebant Petrus, et Joannes, Jacobus, et Andréas, Philippus, , et Thomas, Bartholomaeus, et Matthaeus, Jacobus Alphaei, et Simon Zelotes, et Judas Jacobi. 14 /// omnes erant persévérantes unanimiter in oratione cum mulieribus, et Maria maire Jesu, et fratribus ejus.
Au cours de ces quarante jours, qui s'écoulent entre la Résurrection et l'Ascension, le Seigneur apparut fréquemment aux siens : les douze apparitions rapportées par l'Evangile ne sont pas sans doute les seules dont le Seigneur ait honoré les siens. Elles avaient pour dessein de créer dans l'esprit des apôtres une conviction absolue de la Résurrection et d'achever l'enseignement de la doctrine sur le royaume de Dieu. C'est du royaume de Dieu qu'avaient parlé le Précurseur, puis le Seigneur lui-même, venu sur terre pour y établir la vraie Théocratie, la souveraineté de Dieu sur toutes les âmes qui aiment et qui croient, la royauté spirituelle dont l'Ancien Testament fut une ébauche, dont le Nouveau Testament est la réalisation, dont l'éternité sera l'achèvement.
Au cours d'un repas ou d'une dernière réunion, il enjoint aux disciples de ne pas se séparer entre eux, de ne pas s'éloigner de Jérusalem, quia de Sion exibit lex, et verbum Domini de Jérusalem (Is., II, 3), et d'y attendre, ensemble, la venue de l'Esprit de Dieu, promis par le Père et par le Fils.
L'Evangile de saint Jean n'était pas écrit encore, mais aucun des apôtres n'ignorait la promesse qui avait été faite du don divin (Joan., XIV, 26 ; XV, 26 ; XVI, 7).
C'était à l'Esprit de Dieu qu'il était réservé d'accomplir la révolution religieuse de l'humanité. Sans doute, les apôtres étaient en possession de la grâce surnaturelle et l'Esprit de Dieu les avait investis déjà de leurs privilèges ; mais le Seigneur promet une effusion de l'Esprit de Dieu commune à tous les membres de l'Eglise : véritable immersion spirituelle qui, quelques jours après, inaugurera dans le monde la royauté de Dieu, y créera une vie sociale nouvelle, en même temps qu'elle abolira, au cœur des apôtres, l'idéal chétif qui les obsédait encore. Cette grande immersion, ce baptême spirituel aura pour dessein la formation d'une humanité nouvelle unie au nouvel Adam. Quand sera-ce ? Le Seigneur ne détermine pas. Il dit : non post multos hos dles.
Les quarante jours s'étaient écoulés au milieu d'enseignements concernant le royaume de Dieu. Le Seigneur traitait affectueusement, presque familièrement avec ses disciples. Ce qu'il leur disait du royaume, le charme même et la liberté de ces entretiens qui devaient être les derniers suggérèrent aux apôtres une question qui nous montre un côté de leur âme, et leurs secrètes préoccupations. Ils étaient Galiléens ; ils n'avaient pas renoncé encore au rêve de leur enfance, à cet espoir qui avait bercé le peuple juif tout entier, d'un royaume temporel du Messie, restituant au peuple choisi de Dieu l'indépendance, la prospérité, la gloire nationale dont il avait joui au temps de David et de Salomon. Le royaume spirituel dont ils allaient devenir les conquérants prédestinés n'effaçait pas encore en eux toute trace de leurs aspirations nationales. Et voici que le Seigneur va se retirer bientôt, il dit : non post multos hos dies. Et il ne semble pas songer à cette partie de sa mission qui doit restituer à Israël son ancienne grandeur. C'est alors que, dans leur curiosité, dans leur anxiété aussi, ils se réunissent, entourent leur Maître et lui demandent : « Seigneur, est-ce maintenant que vous allez
l'ascension n
rendre à Israël sa gloire première ? » La question nous semble naïve, à nous qui savons l'histoire. Après tout, cette question où perçait une préoccupation nationale, valait mieux encore que la demande de Salomé en une rencontre analogue, sollicitant du Seigneur le trône de droite pour l'un, et le trône de gauche pour l'autre de ses fils. Telle qu'elle était d'ailleurs, elle fournissait au Seigneur l'occasion de définir une fois de plus aux yeux des siens la nature de ce royaume nouveau qu'ils allaient eux-mêmes fonder et conquérir.
Peut-être la réponse du Seigneur réserve-t-elle encore, mais dans un avenir indéterminé, une chance de relèvement pour le peuple d'Israël. Du moins il ne l'écarté pas, il détourne seulement les siens d'une recherche curieuse sur un avenir dont Dieu s'est réservé le secret. Aussi bien, l'Apôtre saint Paul dans son épître aux Romains (XI, 15, 24-32), sans promettre non plus aucune restauration nationale, pressent néanmoins qu'Israël, aux derniers jours, se tournera vers Dieu.
Quoi qu'il en soit, les paroles du Seigneur n'accordent ni satisfaction aux préjugés des apôtres, ni aliment à leur curiosité. Elles ont la forme d'une diversion divine, et dessinent une réalité plus étendue et plus glorieuse : au-dessus de l'Israël réduit et étroit, elles montrent l'Israël de Dieu. « Il est des heures et des événements dont le Père s'est réservé le secret. » La mission apostolique ne consistera point à explorer l'avenir, mais à témoigner du passé : non à poursuivre les intérêts d'un ro3''aume terrestre, mais à conquérir pour un empire spirituel et aussi étendu que le monde toutes les âmes de bonne volonté.
Ceux à qui il revient de réaliser un tel programme ne sauraient plus dorénavant s'attarder à d'autres soucis. Et le Seigneur ajoute : « Dès que vous aurez reçu en vous la force de l'Esprit de Dieu, avec plénitude, avec surabondance, vous me rendrez témoignage dans cette Jérusalem qui m'a repoussé, dans toute cette Palestine qui n'a pas voulu de moi ; et au lieu que mon ministère et le vôtre jusqu'à ce jour se
sont réduits aux brebis perdues de la maison d'Israël, désormais le vôtre s'étendra jusqu'aux limites de la terre. Je l'ai demandé à mon Père (Joan., XVII, 1-6), votre voix sera conquérante, et se fera entendre jusqu'aux confins du monde. Vous porterez la doctrine nouvelle dans cent régions dont' vous ignorez la langue, la situation, et même l'existence : au lieu d'une monarchie étroite et resserrée entre la Méditerranée, le Jourdain et le désert, — un royaume universel ; au lieu de l'unité des grands empires réalisée par le fer et la violence, — l'unité dans la pensée et la charité ; enfin au lieu de groupements précaires et instables, — un royaume d'une durée indéfinie, la vraie Théocratie.
C'est ainsi qu'on parlait du Toyaumc de Dieu sur la montagne des Oliviers, quarante jours après la Résurrection, quelques instants avant l'Ascension.
Et c'est au milieu de ces entretiens que le Seigneur, sous le regard de ses disciples, est porté au ciel. Bientôt un nuage le dérobe à leurs yeux : deux anges, vêtus de blanc, peutêtre ceux-là mêmes qui furent au tombeau, apparaissent alors aux disciples attentifs encore à cette région du ciel où leur Maître venait de s'élever : « Hommes de Galilée, disent-ils, pourquoi demeurer ainsi les yeux fixés au ciel ? Ce même Jésus qui vient de vous quitter pour retourner à son Père descendra vers vous, avec la même grâce et la même beauté, de ce ciel où vous l'avez vu monter. »
La montagne des Oliviers est distante de Jérusalem de cinq ou six stades, espace que la doctrine des rabbis permettait de fournir le jour du sabbat. Après l'Ascension du Seigneur, les apôtres reviennent à Jérusalem, et se retirent dans la partie supérieure d'une maison privée, peut-être le Cénacle où avait été instituée l'Eucharistie, où le Seigneur était entré januis clausis plusieurs fois après sa Résurrection. La plupart des habitations juives n'avaient qu'un étage : quelques-unes seulement possédaient une grande salle supérieure, coenaculum, où l'on se réunissait pour la prière. Quelquefois une ouverture orientée vers le Temple y était ménagée
et permettait d'apercevoir le Heu saint, la vilie et le Temple étant bâtis sur deux collines voisines. (Cf. L'Evangile de N. S. J. C, p. 269 et suiv.) .
Avec la sainte Vierge, avec les saintes femmes et des frères ou parents du Seigneur, le collège apostolique se prépare à la venue de l'Esprit de Dieu.
Au cours de ces huit ou dix jours qui s'écoulèrent entre l'Ascension et la Pentecôte, alors que l'Esprit de Dieu n'était pas venu encore animer le corps de l'Eglise, se place un événement considérable.. Il avait été prédit au Psaume XLIV, 17, que l'économie nouvelle serait calquée sur l'ancienne, et que le nombre des douze patriarches se retrouverait à l'origine de la nouvelle loi. On avait dit à la Synagogue : Pro patribus tuis nati sunt tibi filii. Or ce nombre prédestiné se trouvait réduit par la défection du traître. Au milieu de l'assemblée des disciples qui se composait de cent vingt personnes environ, Pierre se lève et prend la parole.
15 In diebus illis exsitrgens Petrus in medio fratrum dixit (erat autem turba hominum simul, fere centum viginti) : 16 Viri fratres, oportet impleri scripturam, quant praedixit Spiritus sanctus per os David de Jada, qui fuit dux eorum, qui comprehenderunt Jesum : i^ qui connumeratus erat in nobis et sortitus est sortent ministerii hujus. is (Et hic quidem posséda agrum de mercede iniquitatis, et suspensus crepuit médius : et diffusa sunt omnia viscera ejus. i9 Et notum factum est omnibus habitantibas Jérusalem, ita ut appellaretur ager ille, lingua eorum Haceldama, hoc est ager sanguinis. 20 Scripfum est enim in libro Psalmorum : Fiat commoratio eorum déserta, et non sit qui inhabitet in ea : et episcopatum ejus accipiat aller).
A Pierre appartient l'autorité : c'est à lui que reviennent les initiatives ; et avant même de faire entrer dans l'Eglise les
Juifs (Act, II, 41 ; IV, 4), puis les Gentils (Act., X, 48), il va choisir un apôtre et compléter le nombre des Patriarches de la loi nouvelle. « Hommes, mes frères, leur dit-il, il a fallu que s'accomplît la parole que l' Esprit-Saint a prononcée par la bouche de David au sujet de Judas, qui s'est fait le chef de ceux qui se sont emparés de Jésus. Il fut des nôtres et avait été choisi pour le même ministère. »
Il nous semble beaucoup plus naturel de regarder comme une parenthèse de l'historien, insérée dans le discours de saint Pierre les trois versets 18, 19 et 20. La preuve en est dans le verset 19 : l'allusion à une appellation d'usage commun suppose qu'un temps assez long s'est écoulé entre le fait originel et la coutume née de ce fait. Quarante jours n'ont pas suffi pour avoir donné, cours à cette désignation : mais trente ans y suffisent. S'il faut un indice de plus, nous le trouvons dans le souci que prend l'historien d'expliquer quel est dans la langue des Juifs (lingua eorum) le sens de Hakel Damah, souci étymologique fort inutile pour les apôtres ; et la fin du verset 17 s'unit le plus naturellement du monde avec le verset 21. Mais ces trois versets soulèvent un problème. Le récit de saint Matthieu (XXVII, 3-1 1 ) nous laisse entendre que le champ du potier fut acheté, après délibération, par les princes des prêtres, grâce aux trente deniers jetés dans le temple par Judas : le récit des Actes laisserait supposer que l'acquisition fut faite par Judas lui-même avec le prix de sa trahison (Act., I, 18). Le récit de saint Matthieu est de couleur très précise : le texte des Actes, qui professe d'ailleurs reproduire une tradition courante à Jérusalem, le fait en termes plus vagues, et semble recueillir l'un de ces dires populaires mal définis où chacun ajoute un trait, sans que l'exactitude historique y trouve son compte. Reste néanmoins l'affirmation de saint Luc : possedit agrum ex mercede miquitatis. Sans croire, comme quelques-uns l'ont fait, que le marché fut amorcé d'abord par Judas, puis, après délibération, ratifié par les princes des prêtres ; ne pouvons-nous pas dire que le traître a vraiment acquis le champ du potier, alors
que l'argent, qui a payé le champ, a été gagné par sa trahison ; alors surtout que rien n'a manqué à une lamentable prise de possession, puisque ce même champ a été choisi par le traître désespéré pour son suicide, que sa misérable dépouille y est tombée en ruines, y a été ensevelie, et que rien dès lors ne manque au titre personnel de cette sinistre acquisition ?
En effet, poursuit saint Luc, il est dit au livre des Psaumes au sujet de traîtres comme Judas : « Que leur maison soit vide, que personne n'y prenne séjour !» (Ps. LXVIII, 26). Et encore: «Que sa charge passe à un autre! » (Ps. CVIII, 8).
Sans doute les prophéties et malédictions citées ici ne visent directement que Doëg, Achitophel, ou les rebelles dont David eut à se plaindre ; elles atteignent néanmoins ceux qui participent à leur crime et à leurs dispositions : il est familier à l'Ecriture, nous l'avons vu en saint Matthieu, d'user de ces analogies, et de voir un second accomplissement de la parole prophétique dans un fait en vue duquel, sans doute, elle n'a pas été prononcée, mais en qui néanmoins elle paraît se réaliser à nouveau. Saint Luc en ce moment emploie le même procédé.
21 Oportet ergo ex his viris, qui nobiscum sunf congregati in omni tempore, quo intravit et exivit inter nos Dominas Jésus, 22 incipiens a baptismate Joannis usque in diem, qua assumptus est a nobis, testem resurrectionis ejus nobiscum fieri unum ex istis. 23 Et statuerunt duos, Joseph, qui vocabatur Barsabas, qui cognominatus est Justus : et Mathiam. 24 Et orantes dixerant : Tu Domine, qui corda nosti omnium, ostende, quem elegeris ex his duobus unum 25 accipere locum ministerii hujns, et apostolatus, de quo praevaricatus est Judas ut abiret in locum suum. ^^ Et dederunt sortes eis, et cecidit sors super Mathiam, et annumeratus est cum undecim Apostolis.
« La parole prophétique, les dispositions de Dieu nous
font donc une loi, reprend saint Pierre, parmi tous ceux qui nous ont accompagnés au cours de la vie du Seigneur, depuis le baptême de Jean jusqu'au jour de l'Ascension, d'élire un d'entre eux qui soit avec nous un témoin de sa Résurrection. » En proposant l'élection, saint Pierre définit la vocation de l'apôtre, et les conditions auxquelles il doit satisfaire. Selon lui, l'apôtre est un témoin de la vie, de la doctrine et des œuvres de Notre-Seigneur Jésus-Christ : c'est surtout un témoin authentique de sa Résurrection.
Encore n'avons-nous en cela, semble-t-il, que la condition matérielle de la vocation apostolique : condition commune, après tout, à tous ceux qui avaient fidèlement suivi le Seigneur. L'élément déterminant consiste dans l'élection divine. Lorsque saint Paul voudra affirmer la vérité de sa vocation devant ceux qui ne consentaient à voir en lui qu'un apôtre surnuméraire, il revendiquera la dignité qui lui vient du choix de Dieu : Paulus Apostolus non ab hominibus, neque per hominem, sed per fesum Christum et Deum Patrem (Gai., I, 1). Les pouvoirs apostoliques d'infaillibilité doctrinale, de sanctification active et d'autorité universelle, le pouvoir même des miracles, ne sont que des compléments de cette glorieuse investiture, des corollaires indispensables à la mission confiée par Dieu.
C'est le dernier élément qui va être fourni sur l'initiative de saint Pierre, au moyen de l'élection divine. Elle se fait à deux degrés. La petite communauté naissante désigne deux candidats : Joseph fils de Sabas, à qui on donna dans la suite le nom de Juste, et Mathias.
Cette désignation faite, la communauté se réunit dans la prière afin d'obtenir du Seigneur qu'il fasse connaître son élu : « Seigneur, vous qui connaissez les cœurs de tous, montrez-nous, de ces deux hommes, celui que vous avez choisi pour recueillir l'héritage dont Judas est déchu pour s'en aller à sa perte. »
On consulta le sort : l'interrogation par l'Urim et le Tummim était fort connue des Juifs ; Dieu lui-même était res-