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LA CHARITÉ, RÈGLE DES ACTES

Une autre question avait été adressée à l'Apôtre, concernant les viandes offertes aux idoles. On se rappelle la recommandation du concile de Jérusalem (Act, XV, 29), interdisant aux chrétiens l'usage de ces viandes. Encore faut-il observer qu'elles pouvaient être servies et consommées dans des circonstances variées et, quant à la moralité, très différentes. Parfois, en effet, elles étaient servies dans des festins idolâtriques, qui se tenaient dans les temples eux-mêmes, et faisaient dès lors partie du sacrifice et du culte des dieux. Y participer était vraiment s'asseoir à la table des démons, (X, 14, 20), c'était communier à leur vie par la manducation d'une chair qui leur avait été consacrée, qui était censée leur servir, la part du dieu étant symboliquement consumée par le feu. Le cas de conscience était alors plus facile à résoudre. Mais ces viandes, après avoir été offertes aux idoles dans le sacrifice, passaient de l'autel à l'étal du boucher public (ordinairement le victimaire), étaient mises en vente, distribuées à tout venant, et servies dans des repas privés oii prenaient part des païens et des chrétiens. De la pénétration constante des deux sociétés, païenne et chrétienne, naissait le problème. Est-il permis à un chrétien d'user, dans ces repas privés, des viandes offertes aux idoles ? Le problème était susceptible de trois solutions : la solution sévère, conforme aux prescriptions du concile de Jérusalem, et regardée comme une déférence que les Gentils, nouveaux venus dans l'Eglise de Dieu, devaient consentir aux Juifs, leurs aînés, à qui ces viandes étaient en horreur. Sans doute ; mais il était des régions où les Juifs étaient à peine représentés ou ne formaient qu'une minorité infime.

Aussi s'offrait une solution très large, très libérale, très conforme aussi au principe de liberté proclamé par l'Apôtre : Omnia mihi licent ; selon elle, les prescriptions mosaïques relatives aux viandes étouffées avaient cessé d'obliger ; et l'idole n'existant pas réellement comme puissance divine, étant dès lors incapable de souiller la viande qui lui avait

été offerte, l'impureté de cette viande n'était qu'une dénomination tout extérieure et sans réalité.

Enfin il existait une solution moyenne. Elle consistait à observer les circonstances, et tantôt à manger sans scrupule, tantôt à s'abstenir, non par une inquiétude judaïque, mais par déférence pour des consciences chrétiennes, plus faibles dans leur conviction, et que la charité obligeait à ménager. Les Corinthiens avaient adopté la solution libérale, plus conforme à leur bien-être ; ils la regardaient comme un corollaire naturel de cette liberté évangélique prônée par l'Apôtre; du haut de leur science et de leur absence de tout préjugé, ils dédaignaient les âmes chétives, attardées dans leurs inquiétudes, pour qui ces viandes étaient encore réputées impures. Comme ils arboraient fièrement le principe proclamé par saint Paul et se réclamaient de leur conscience parfaitement éclairée, l'Apôtre mis en cause par eux, devra s'appliquer au cours des chapitres qui suivent (VIII, IX, X), à concilier les droits de la liberté avec les exigences de la charité chrétienne, et aussi à dégonfler l'orgueil des Corinthiens. Au chapitre VI il avait déjà six fois demandé à ces grands savants, comment ils pouvaient ignorer des doctrines élémentaires. Ici (VIII, 1), il prend leur ton avantageux. « Nous savons » dit-il. Mais il s'interrompt aussitôt dans une parenthèse ironique qui va jusqu'au verset 4, exclusivement. « Car, à Corinthe, nous savons tous tant de choses ! Il ne manque rien à notre savoir religieux ; nous sommes inondés de lumière à Corinthe, Seulement, poursuit l'Apôtre, la science, sans la charité, enfle ceux qui la possèdent ou croient la posséder ; seule, la charité édifie. » Et il se trouve ainsi, que même les charismes et les dons spirituels dont la fonction est d'édifier, n'accomplissent leur office propre que moyennant la charité. Nous verrons ce principe appliqué à tous les dons spirituels (XII, XIII) ; ici, il gouverne l'exercice de la science et de la liberté. « En effet, si quelqu'un se targue de sa science et prend orgueil de ce qu'il sait, il lui reste, pour bien user de sa science, à apprendre comment il faut savoir. La

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