‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 180 sur 663 · EXPIATION POUR LE PÉCHÉ · texte numérisé non relu

EXPIATION POUR LE PÉCHÉ

Nul ne fut plus que le Fils de Dieu étranger au péché, pourtant, en vertu d'un concert divin et pour accomplir notre réconciliation avec Dieu, voici ce qui advint : Celui qui était à l'infini étranger au péché, Dieu l'a fait. Dieu l'a constitué, non pas pécheur, car le pécheur est celui qui fait le péché, mais Dieu l'a fait péché : comme il est dit aux Galates (III, 13), il a été fait pour nous malédiction ; comme il est dit au chapitre LIIP d'Isaïe, verset 5 : Ipse vulneratus est propter iniquitates nostras, attritus est pr opter scelera nostra r disciplina pacis nostrae super eam, et livore ejus sanati samus. Car nous étions pécheurs, nous, et péché ; la souillure était en nous et venait de nous. Mais Celui qui, pour vaincre le péché, était venu passible en la ressemblance de la chair du péché, a assumé sur lui, innocent, tout le péché du monde. Ideo tngrediens mundum dicit : Hosfiam et oblationem noluisti, corpus autem aptasti mihi. Holocausta pro peccato non iibi placuerunt, tune dixi : Ecce venio ut faciam Deus voluntatem tuam (Hebr., X, 5-7). La volonté de Dieu et la sienne ayant décrété qu'il serait l'Adam d'une humanité renouvelée, il devait appeler à lui tout le péché de cette nature humaine à qui il communiait par la réalité de sa chair, résumer et concentrer, pour l'expier, toute souillure.

Qu'on ne dise pas que ce n'est là qu'une fiction, une façon de dire : il n'y a rien de réel comme les œuvres de Dieu. Ce qu'il veut est, parce qu'il le veut ; et il a voulu cela : que son Fils incarné, sans être pécheur, résumât en lui tout péché, et que, gardant son infinie sainteté et justice, il prît en face de Dieu la responsabilité de tout le mal de cette nature humaine qui était deux fois sienne, comme fils d'Adam et comme second Adam. Et si, en dehors du décret divin, nous voulons une preuve de la réalité de ceiïe attribution au Christ de tout le péché humain, nous n'avons qu'à songer à la passion du Sauveur, à la réalité de la douleur, du délaissement, de la souffrance et de l'humiliation : Et nos putavimus eum quasi leprosum, et percussum a Deo, et humiliatum (Is., LUI, 4). L'effrayante réalité de la douleur implique la.

réalité de l'attribution ; la réalité de l'écrasement, celle du fardeau : il y a eu pour le Seigneur une réelle investiture du péché et de la malédiction, La Rédemption a été sérieuse.

Il faudrait grouper ici, autour de ce nœud de la théologie de saint Paul, tout ce que l'épître aux Romains, celle aux Ephésiens, celle aux Hébreux, y ont ajouté de traits nouveaux. Mais c'est assez de toutes ces longueurs ; il suffit de ce que nous dit ici l'Apôtre pour que notre pensée se sente découragée en face des mystères de Dieu. Car nous ne pouvons que remercier et adorer, lorsque l'Apôtre nous dit l'échange divin qui s'est accompli au jour du Calvaire : tout notre péché refluant au Sauveur, et investissant sa nature humaine ; tout notre péché expié par sa souffrance ; le Fils de Dieu devenant péché parce qu'il communie à notre vie, et nous, devenant justice en communiant à la sienne; la transfusion du péché ou de la justice parfaitement réelle de part et d'autre ; toute l'industrie divine de la Rédemption et de la réconciliation se ramenant ainsi à une victime, à un Agneau de notre sang, qui prend sur lui toutes nos fautes, qui les expie dans sa souffrance, et de toutes les plaies de son corps déchiré laisse s'écouler sur tous ceux qui sont en lui, non la justice légale de Moïse, mais sa justice intérieure et réelle.

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