‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 179 sur 663 · RENOUVEAU CHRÉTIEN · texte numérisé non relu

RENOUVEAU CHRÉTIEN

Sauveur du monde, et non plus comme un juif téméraire, insurgé contre Moïse et contre la loi. Sa pensée et sa vie se sont transformées à l'heure de sa conversion ; et il en va de même de tous les baptisés. Celui qui entre vraiment dans le Christ (ti t!.ç èv Xp'.Txw) est de fond en comble une créature nouvelle. Tout l'être ancien, toute la nature adamique a disparu, Dieu a tout renouvelé. Il a fait dans l'homme régénéré ce qu'il fera dans le monde. Cette transformation, cette création nouvelle ne peut venir que de Dieu, qui nous a réconciliés avec lui, et de nouveau attachés à lui par le Christ.

Malgré notre désir de suivre pas à pas l'Apôtre saint Paul dans l'unique dessein de mettre sa pensée en lumière, nous le trahirions à ne pas étudier de près ces quatre derniers versets (17-20) : ils sont décisifs contre le mosaïsme. Ils sont riches de doctdne pratique. En parlant de l'élimination de l'homme ancien, de la création de l'homme nouveau, d'une transformation totale, d'une réconciliation avec Dieu dans et par le Christ, l'Apôtre marquait avec une singulière énergie le caractère et la réalité de la révolution chrétienne, et l'impossibilité absolue de la ramener en arrière aux observances surannées de la loi. Il ne conteste pas que la loi ancienne vienne de Dieu ; mais il affirme que tout l'ordre nouveau vient aussi de Dieu, et qu'au lieu de l'inimitié antique sous laquelle la nature humaine a vécu depuis l'origine, c'est la paix et la réconciliation que le Christ nous a apportées. Et la promulgation de ce nouvel état de choses, le ministère de cette réconciliation est aux mains des apôtres. Il ne suffit pas, en effet, que la Rédemption ait été accomplie au Calvaire ; puisque les hommes doivent se disposer par des actes libres et personnels à en recueillir le bénéfice, il faut que la nouvelle leur en parvienne avec autorité. Dieu y a pourvu au moyen des apôtres. Tout le procédé de la Providence surnaturelle est ici dessiné en quelques mots.

Il y avait depuis l'origine, entre Dieu et l'homme, séparation et inimitié. L'alliance primitive avait été rompue par le

péché du monde. L'humanité en avait conscience ; et pendant que le paganisme s'efforçait par des sacrifices d'apaiser ou de détourner la colère divine, les Juifs eux-mêmes tremblaient devant Dieu : Morte moriemur quoniam vidimus Domlnum (Jud., XIII, 22). Il ne semblait pas que la paix fût possible, l'offenseur s'étant placé, par sa faute même, dans l'incapacité de satisfaire et de réparer ; selon la parole de l'Apôtre, tout devait venir de Dieu : le dessein, l'initiative et l'achèvement de la réconciliation. Tout s'accomplit sur un mode divin : l'offensé vint au secours de l'offenseur, pour le relever. Car Dieu était dans le Christ pour se réconcilier le monde, pour le reconquérir au prix de ses souffrances, pour effacer' les fautes des hommes et les ramener aux conditions de l'amitié première. Enfin, pour achever son œuvre. Dieu a confié aux apôtres, comme ambassadeurs du Christ, l'office de la réconciliation et l'application individuelle du pardon de Dieu. C'est ainsi que tout est vraiment de Dieu : omnia ex Deo ; puisque c'est de lui que vient la démarche première, puisque c'est lui qui expie, lui qui pardonne, lui qui envoie vers nous ses ambassadeurs, et, en leur personne, s'incline devant chacun de nous afin de nous faire agréer son amour, son sang, son pardon.

Le dernier verset achève l'exposé du dessein de Dieu, et marque d'un trait éternel le titre de Dieu à être accueilli de toute âme. Suivant, les prescriptions de la liturgie juive (Exod., XII, 5), l'Agneau pascal devait être sans tache : il était l'image de l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde (Joan., I, 29). Mais l'Agneau de Dieu était vraiment sans tache : à raison de l'union hypostatique, et de la plénitude de sanctification qui était en lui, et de lui devait se répandre sur tous les hommes. Pureté de droit ; pureté de fait aussi : Quis ex vobis arguet me de peccato? (Joan., VIII, 46); puis comme résultante, la pureté immaculée de sa Mère, et la condition finale de son Epouse : ut exhiberet ipse sibi gloriosam Ecclesiam, non habentem maculam, aut rugam, aut aliquid hujusmodi, sed ut sit sancta et immaculata (Eph., V, 27).

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