‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 183 sur 663 · ÉPREUVES SUPPORTÉES AVEC JOIE · texte numérisé non relu

ÉPREUVES SUPPORTÉES AVEC JOIE

censément. Aussi semble-t-il s'en excuser, avec un sourire, auprès des « Corinthiens ». (Remarquons cet appellatif, dont il ne se sert jamais, et qui isole et sépare ceux à qui il s'adresse, des judaïsants à qui son plaidoyer affectueux n'est pas destiné. Leur heure viendra.) Avec vous, Corinthiens, leur dit-il, je m'oublie ; parlant à vous, je ne puis me contenir, je m'étends sans mesure, mes lèvres ne se ferment plus, et ma bouche vous parle de l'abondance même de mon cœur. Pour vous mon cœur est abondant comme mon discours : vous êtes au large dans mon cœur, vous n'êtes à l'étroit que chez vous-mêmes.

Le verset suivant est obscur dans le texte latin qui porte : eamdem habentes remunerafionem, tamquam filiis dico dilatamini et vos. La traduction serait plus exacte ainsi conçue : secundum eamdem mutaam (charitatem), ut filiis dico, dilatamini ei vos. Que votre affection pour l'Apôtre soit à la taille de l'affection de l'Apôtre pour vous ! — Il ne nous est pas défendu de penser qu'au milieu des rivalités et des divisions régnant à Corinthe, il s'était formé un tiers parti qui, entre l'Apôtre et ses rivaux, demeurait neutre, très amoureux de sa paix, très convaincu de la sagesse qu'il y a à s'élever au-dessus des questions irritantes, et à faire, avec une hautaine équité, la part des uns et des autres. C'est à ces neutres et à ces désintéressés qu'il est dit : Aimez l'Apôtre comme l'Apôtre vous aime. Prenez-moi tel que je suis. Des fils ne gardent pas la neutralité entre leur Père et ses insulteurs.

l'intransigeance chrétienne

14 Nolite jugum ducere cum infidelibus. Quae enim participatio jusiitiae cum iniquitate ? Aut quae societas luci ad tenebras ? is Quae autem conventio Christi ad Belial ? Aut quae pars fideli cum infideli ? i6 Qui autem consensus templo Dei cum idolis ? Vos enim estis templum Dei vivi, sicut dicit Deus : Quoniam inhabitabo in illis, et inambulabo inter eos, et ero illorum Deus, et ipsi erunt mihi populus. i7 Prop-

ter quod exite de medio eorum, et separamini, dicit Domi^ nus, et immundum ne tetigeritis : is et ego recipiam vos : et ero vobis in patrem, et vos eritis mihi in filios, et filias, dicit Dominas omnipotens.

Peut-être cet esprit de neutralité, en même temps qu'il refroidissait la charité de plusieurs, enveloppait-il aussi d'autres condescendances. L'Apôtre représentait l'absolu : il est beaucoup d'hommes qui ont la terreur de l'absolu, et sont d'avis que pour vivre et même pour convertir, il faut des ménagements, des accommodements, des transactions. Pour être chrétiens, se disaient-ils, il n'est pas nécessaire de rompre en visière avec ceux qui ne le sont pas. Et ces dispositions ramenaient en arrière, facilitaient les mariages entre chrétiens et païens, la fréquentation des fêtes idolâtriques, le retour à des relations suivies avec un monde impur. La vie chrétienne courait de grands risques à s'éloigner de l'Apôtre et de la voix authentique de la grâce, à se rapprocher de ce même paganisme à qui elle venait seulement d'échapper. Vous portez le joug du Christ, disait l'Apôtre ; des relations trop assidues avec la gentilité affadiront en vous l'esprit chrétien. Prenez votre parti d'être de la famille de Dieu. A Corinthe, la capitale de la dissolution antique, la remarque pouvait avoir son importance. Quel rapport y a-t-il de la justice avec l'iniquité ? Quelle communauté entre la lumière et les ténèbres ? Quel accord établir entre le Christ et Bélial ? Quelle entente ménager entre le croyant et l'incroyant ? Quel est l'agencement pratique entre le temple de Dieu et les idoles ?

Et c'est vous-mêmes qui êtes le temple de Dieu, ajoute l'Apôtre dans une pensée qui lui est chère, le temple de l'adoration en esprit et en vérité, le temple vivant d'un Dieu vivant, un sanctuaire qui pense, qui sait, qui aime, qui jouit, qui adore, en un mot, le vrai temple de Dieu. Nous en tenons l'assurance des lèvres de Dieu même, qui nous dit dans maint passage de l'Ecriture (Lev., XXVI, 11, 12 ; Ezech., XXXVII, 26, 27) : « J'habiterai parmi eux, je vivrai au milieu d'eux ; je serai à

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