‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 19 sur 663 · CONSEILS DE PRUDENCE · texte numérisé non relu

CONSEILS DE PRUDENCE

de la première heure s'était rencontré un Theudas que Josèphe a confondu avec un autre. Comme les gens qui ont eu une. vie fort active et qui ont beaucoup écrit, Josèphe a pu commettre, et il a, de fait, commis des inexactitudes souvent relevées. Quoi qu'il en soit, toutes les présomptions sont, à notre avis, en faveur du récit de saint Luc, historien très attentif, qui place très formellement l'insurrection de Judas le Gaulanite après celle de Theudas. Le texte de saint Luc a passé d'ailleurs sous les yeux de l'apôtre saint Paul, qui eût, à coup sûr, à propos d'événements contemporains, réformé une erreur si lourde.

Ces faits connus n'étaient rapportés par Qamaliel qu'afin d'aboutir à une conclusion de prudence et de mesure. Dans l'espèce, disait-il, mon avis est de relâcher les prisonniers et de ne plus s'en occuper. De deux choses l'une : ou bien ce mouvement vient des hommes, et il tombera de luimême : ou il vient de Dieu, et vous ne pouvez dès lors frapper ces hommes sans vous opposer à Dieu.

L'avis de Gamaliel n'était pas une règle de casuistique abstraite, qui eût ressemblé à l'argument paresseux et fait conclure, en toute chose, à l'absolu désintéressement. Il ne saurait s'appliquer aux espèces où le doute n'existe pas, où le devoir est constant, oij il y aurait, comme disent les moralistes, danger de scandale ou péril en la demeure. Mais la conclusion pratique du sage sanhédrite lui était suggérée par les circonstances de la cause : les miracles qui s'étaient accomplis depuis la Pentecôte étaient de nature à préoccuper ceux que la haine n'aveuglait pas. Son avis fut entendu : pourtant, parce qu'il y avait eu rébellion contre les ordres de la Synagogue, ou plutôt parce que la haine des Juifs ne pouvait se contenter d'une sentence de non-lieu, les chefs firent rentrer les apôtres, et, après leur avoir fait au préalable infliger le supplice des verges, leur défendirent à nouveau de parler au nom du Christ, puis les laissèrent en liberté. Le supplice des verges était ordinaire chez les Juifs et décerné pour des fautes même légères. L'exécuteur ne frappait alors que d'une

main, mais il n'était pas tenu d'y aller de main morte et pouvait graduer l'énergie déployée. II ne pouvait dépasser le nombre de quarante coups ; et dans leur dessein d'obéir scrupuleusement à la loi, les Juifs, nous le savons d'ailleurs, s'arrêtaient au trente-neuvième. L'Apôtre saint Paul nous avoue avoir été soumis de temps en temps à cette humiliation et à cette souffrance : a Judaeis quinquies, quadragenas, una minus accepi (II Cor., XI, 24). Les Douze les reçurent comme lui et sortirent joyeux de l'assemblée, se félicitant d'avoir eu quelque chose à endurer pour le Nom, dit le texte, sans désigner autrement ce Nom pour qui l'on aime à souffrir.

L'incident, d'ailleurs, n'eut pas de suites et les apôtres ne laissèrent pas, comme par le passé, en public, au Temple et dans les maisons particulières, de répandre la doctrine du Christ Jésus.

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