‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 18 sur 663 · INTERVENTION DE GAMALIEL · texte numérisé non relu

INTERVENTION DE GAMALIEL

avec soin, les gardes à leur poste ; nous avons ouvert et, à l'intérieur, n'avons trouvé personne. »

A cette nouvelle, le capitaine du Temple, les chefs des familles sacerdotales, le grand-prêtre, tous se regardaient avec inquiétude, se demandant comment tout cela finirait. Un miracle n'était pas fait pour étonner les Juifs ; mais ici, le miracle leur donnait tort. Au milieu de leur embarras, quelqu'un survint et leur dit : « Mais ces hommes que vous avez, hier soir, jetés en prison, voici qu'ils sont dans le Temple et enseignent le peuple. » '

Du moins les prisonniers demeuraient sous la main du Sanhédrin : le capitaine du Temple prit avec lui les lévites et sans user de violence envers les apôtres, de peur d'être lapidé par le peuple, les amena devant l'assemblée.

27 Et cum adduxissent illos, sfaîaerunf in concilio. Et interrogavit eos princeps sacerdotum, 2S dicens : Praeclpiendo praecepimus vobis ne doceretis in nomine isto : et ecce replestis Jérusalem dodrina yestra : et vuîtis inducere super nos sanguinem hominis istius. 29 Respondens autem Petrus, et Apostoli, dixerunt : Obedire oportet Deo magis, quam horhinibus. so Deus patrum nostrorum suscitavit Jesum, quem vos interemistis, suspendenfes in ligno. 3i Hune principem, et salvatorern Deus exaltavit dextera sua, ad dandam poenitentiam Israeli, et remissionem peccatorum. 32 Et nos sumus testes horum verborum, et Spiritus sanctus, quem dédit Deus omnibus obedientibus sibi. 33 Haec cum audissent, dissecabantur, et cogitabant interficere illos. ^4: Surgens autem quidam in concilio Pharisaeus, nomine Gamaliel, legis doctor honorabilis universae plebi, jussit foras ad brève homines fieri. 35 Dixitque ad illos : Viri Israelitae, attendite vobis super hominibus istis quid acturi sitis. ^^ Ante hos enim dies^ extifit Theodas, dicens se esse aliquem, cui consensit numerus^ virorum circiter quadringentorum : qui occisus est : et omnes,. gui credebant ei, dissipait sunt, et redacti ad nihilum. 37 Post hune extitit Judas Galilaeus in diebus professionis, et aver-

Ut populum post se, et ipse periit : et omnes, quotquot consenserunt ei, dispersi sunt. ^^ Et nanc itaqae dico vobis, discedite ab hominibus istis, et sinite illos : quonlam si est ex hominibus consilium hoc, aut opus, dissolvetar. 39 Si vero ex Deo est, non poteritis dissolvere illud, ne forte et Deo repugnare inveniamini. Consenserant autem illi. 4o Et convocantes Apostolos, caesis denuntiaverunt ne omnino loquerentur in nomine Jesu, et dimiserunt eos. ^'^ Et illi quidem ibant gaudentes a conspectu concilii, quoniam digni habiti sunt pro nomine Jesu contumeliam pati. 42 Omni autem die non cessabant in templo, et circa domos docentes, et evangelizantes Christum Jesum.

Le grand-prêtre prit la parole. Ce ne fut pas pour demander une explication de l'évasion miraculeuse de la nuit, m.ais pour rappeler la défense portée autrefois (IV, 17, 18) et essayer encore de la voie d'autorité. Les paroles du pontife sont très adoucies, elles ont le ton du reproche et de la plainte, comme si les apôtres en usaient avec peu de mesure envers la Synagogue innocente. « Nous vous avons détournés de notre mieux, dit-il, d'enseigner en ce nom, et voici que vous avez rempli Jérusalem de cette doctrine interdite, vous efforçant de faire peser sur nous le sang de cet homme. » Il est à remarquer non seulement qu'ils se déjugent aujourd'hui, après avoir autrefois inspiré le cri de la foule : Sanguis ejus super nos et super filios nostros ! (Matth., XXVII, 25) ; mais aussi que le grand-prêtre dans son embarras évite avec soin de prononcer le nom redouté. Il dit : « ce nom » ; il dit aussi : « le sang de cet homme. »

Pierre et les apôtres n'ont toujours qu'une réponse, celle qui a été donnée déjà lors de la première comparution (IV, 19), celle à laquelle il ne sera jamais répondu et qui, aujourd'hui encore, a gardé toute sa vigueur première : «Nous devons obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes. » L'homme ne saurait dépasser les limites de son autorité ; il cesse d'avoir un titre à être obéi lorsqu'il prescrit ce que Dieu défend,

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lorsqu'il interdit ce que Dieu ordonne. — Et le Prince des apôtres qui n'a pas les mêmes motifs de réticence qui retiennent sur les lèvres du grand-prêtre un nom détesté, après avoir écarté l'autorité du Sanhédrin, porte devant le preiyiier tribunal religieux du monde le témoignage de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Le christianisme n'est pas chose nouvelle, il est impliqué dans la doctrine même dont les membres du tribunal sont les représentants. La continuité règne entre les deux Alliances, « C'est le Dieu de nos pères, le Dieu des patriarches, votre Dieu qui a réveillé d'entre les morts ce Jésus, dont vous ne voulez pas que la mort vous soit imputée, alors que vous l'avez vous-mêmes mis à la mort et suspendu à la croix. C'est ce même Jésus, notre Chef, notre Sauveur qu'il a élevé au ciel et placé à sa droite, c'est de lui qu'Israël doit recevoir la conversion et le pardon de ses péchés. Quant à nous, nous ne sommes que les témoins de ces vérités divines, avec l'Esprit-Saint que Dieu donne à tous les croyants. »

Il n'était pas possible de condenser en moins de paroles tout l'enseignement de la foi ; mais aussi n'était-il pas une seule des assertions de saint Pierre qui n'éveillât au cœur des Sanhédrites une émotion de colère. Ils ne songeaient à rien moins qu'à l'homicide et se consultaient en vue de mettre à mort les apôtres. Alors se présente un fait analogue à celui rapporté par saint Jean (VII, 50). Comme Nicodème s'était autrefois élevé en faveur du Seigneur, un autre pharisien, Gamaliel, prend ici la parole pour conjurer les excès auxquels se portait d'elle-même la haine des sadducéens. La réunion du Sanhédrin était plénière et nous ne devons pas nous étonner d'y trouver un membre de la minorité, un pharisien, et, malgré la sévérité témoignée par le Seigneur à la secte dont il faisait partie, plus loyal et plus ouvert à la doctrine nouvelle. Gamaliel fut le maître de saint Paul. Une tradition le fait fils de Siméon et petit-fils d'Hillel. Sa réputation était grande : il fut le premier des sept grands Rabbis des Hébreux. Comme son aïeul, rival de Schammaï, il était d'humeur douce, libérale, et évitait d'imposer, au nom de la

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Loi, des fardeaux trop pesants. Il se convertit au christianisme dans la suite, dit-on, et mourut dix-huit ans avant la chute de Jérusalem.

Il se leva donc dans l'assemblée, demanda pour un moment l'éloignement des apôtres inculpés, afin d'exprimer plus librement toute sa pensée : il y avait à la fois courage, loyauté et prudence à détourner le tribunal de toute mesure inspirée par la passion. Nous ne sommes pas obligés de supposer que son intervention lui fut suggérée par un secret intérêt qu'il eût porté, déjà au christianisme naissant : « Hommes d'Israël, dit-il, prenez garde à ce que vous voulez faire de ces hommes. Ce n'est pas la première fois que votre sagesse se trouve en face de mouvements populaires analogues à celui-ci. » Et Gamaliel rappelle alors la révolte de deux juifs obscurs, nommés, l'un Theudas, l'autre Judas le Galiléen, qui tous deux parvinrent à se créer un parti et périrent tous deux de mort violente ; ni l'un ni l'autre, fait-il remarquer, n'eurent d'héritier ni de successeur, et leur mort fut pour ceux qui s'étaient laissés tromper le signal de la disparition et de l'émiettement. — Josèphe nous a conservé le souvenir de ces deux révoltés : de Theudas, en son Antiquité Judaïque, XX, 5, 1 ; de Judas le Galiléen, ou, comme il l'appelle, le Gaulanite, au livre XVIII, 1,1. Seulement il y a entre le récit de saint Luc et celui de Josèphe cette différence que, selon saint Luc, Theudas est le premier en date, et Judas le Galiléen, le second ('j.3Tà ToÙTov, V, 37), au lieu que dans .le récit de Josèphe, Judas le Gaulanite ou le Galiléen est le premier ; qu'il appartient à l'époque de Cyrinus et de son recensement, la révolte de Theudas étant reportée à l'époque de Cuspius Fadus et au règne de Claude, vers 44 ou 45 après Jésus- Christ. Si l'on s'en tient à l'ordre chronologique adopté par Josèphe, il devient impossible que Gamaliel, en l'an 32 ou 33 après le Seigneur, ait pu parler au Sanhédrin d'une rébellion que Cuspius Fadus ne dissipa que douze ans plus tard. Pour concilier ensemble le récit des Actes et l'histoire de Josèphe on a parfois supposé que parmi les imposteurs et les zélotes

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