RÉPONSE AUX ACCUSATIONS
même du Christ. Et que nul ne s'étonne de leur déguisement : alors que Satan lui-même se présente parfois sous les dehors d'un ange de lumière, ses fauteurs peuvent bien se présenter comme des ministres de la justice ; mais sous leur masque emprunté Dieu voit ce qu'ils sont, et leur réserve la fin qu'ils méritent.
En attendant, poursuit l'Apôtre, pardonnez-moi ce qu'on appelle ma jactance, et consentez à cet excès nouveau de vanité personnelle auquel je me laisse entraîner. Supposez pour un instant que je parle sans consulter Dieu, hors de son influence, guidé seulement par ma folie ordinaire et le désir de me glorifier. Acceptons le débat sur le terrain même où nous appellent les mosaïstes. Ils font sonner très haut leurs avantages extérieurs : faisons comme eux. Après tout, vous êtes des sages, vous, du tiers parti ; et vous êtes si accueillants pour les insensés ! Certes, je vous suis moins à charge que les mosaïstes. En effet, on vous ramène, vous chrétiens libres, à la servitude de la loi : vous le supportez. On vous dépouille' de vos biens : vous l'endurez. On requiert votre personne : vous obéissez. On s'élève contre vous : vous ne dites mot. On vous frappe à la figure : vous vous laissez faire. Je le dis à ma honte, car sur ce point, nous avons laissé nos rivaux nous dépasser de beaucoup. Nous avons été, nous, trop timides et discrets. Mais aujourd'hui j'y renonce et consens à tous les parallèles que l'on voudra. Tous les avantages naturels dont on se targue, je les revendique pour moi. Audace contre audace. Ne l'oubliez pas, c'est un insensé qui parle. Ils sont Hébreux de nation : je le suis. Ils sont Israélites et du peuple de Dieu : moi aussi. Ils sont de la race d'Abraham, de la race privilégiée ; j'en suis. Ils sont ministres du Christ (c'est toujours l'insensé qui parle) : je le suis plus qu'eux. A quoi, en effet, reconnaît-on l'apôtre, si ce n'est à ses travaux^t à ses souffrances ? Eh bien ! j'ai été au travail plus qu'eux tous, en prison plus souvent, flagellé sans cesse, à la mort plusieurs fois. Quels sont, en face des miens, leurs étatsde service ?
-474 DEUXIÈME AUX CORINTHIENS. — CHAP. x'ï
Les Juifs m'ont roué cinq fois de trente-neuf coups de fouet. (Le livre du Deutéronome, XXV, 3, interdisait de dépasser dans la flagellation quarante coups de fouet ; par scrupule les exécuteurs s'arrêtaient à trente-neuf). J'ai enduré trois fois le supplice du bâton. (C'était le supplice romain cf. Act, XVI, 22, 23). On m'a lapidé et laissé pour mort (cf. Act, XIV, .18). J'ai fait naufrage trois fois. Une nuit et un jour entier, j'ai erré sur la mer, luttant contre les flots. Voyages sans nombre, périls sur les fleuves, périls des brigands, périls de mes nationaux, périls des gentils, périls dans les villes, périls dans la solitude, périls dans les traversées, périls venant des faux frères ; au milieu des travaux et des peines ; en proie aux veilles, à la faim, à la soif, aux jeûnes ; livré au froid et aux intempéries. Encore ne sont-ce là que des afflictions extérieures ; ajoutez-y mon anxiété de chaque jour, le souci de toutes ces Eglises fondées par moi, et que le judaïsme s'efforce de dévaster. Où y a-t-il une souffrance que je ne ressente, une défection dont je ne souffre cruelle-, ment ?
On dirait que l'Apôtre se ravise soudain, et même après s'être excusé de dire ce qu'il était contraint de dire, se ressaisit. Non, dit-il, n'allons pas plus loin. Ne parlons pas davantage de nos travaux, Glorifions-nOus, cela vaut mieux, de nos faiblesses ; parce que c'est en elles qu'éclate la vertu de Dieu. Dieu, le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, lui •qui est à jamais béni, sait la joie que j'éprouve à me glorifier de tout ce qui est en moi d'infirmité, puisque là même se trouve sa gloire.
Dès le commencement de sa vie apostolique, il a failli être saisi à Damas (Act., IX, 25), et livré aux Juifs, ses ennemis. C'est dans le plus mince et le plus chétif équipage qu'il a réussi à se soustraire. Sa petite taille lui a servi ce jour-là. On l'a mis dans une corbeille comme un enfant dans son berceau, et on l'a fait évader, en le laissant, au moyen d'une acorde, glisser sur la muraille d'enceinte de Damas.