SAINT PAUL ET LES APOTRES
Sous le dehors de menus détails historiques, nous voyons s'établir fermement la doctrine de l'Apôtre. Pour les mosaïstes, le Christ n'est que le continuateur de Moïse ; et le christianisme une réédition du judaïsme, revue et enrichie. Selon l'Apôtre, l'Evangile est une création originale, venant de Dieu, dès lors immuable et entièrement affranchie des entraves de la loi. A l'antique servitude succède une ère de liberté. Et pour démontrer le caractère original de cette conception de Hberté, l'Apôtre nous a bien montré qu'elle n'a été créée en lui ni par son éducation première, ni par un enseignement reçu des autres apôtres, mais par la seule rêvé-
lation de Dieu. Désormais il nous montre que cette même liberté a toujours été maintenue par lui, qu'elle a été reconnue par les autres apôtres, qu'elle a été revendiquée par lui en face de la première autorité qui existe dans l'Eglise de Dieu,
Cette démonstration était infiniment opportune. Car les mosaïstes s'efforçaient de faire échec à l'Apôtre en lui opposant, avec sa propre conduite qui parfois déférait à la loi de Moïse, l'attitude plus condescendante des Douze à Jérusalem. Au commencement du chapitre XV des Actes nous avons remarqué déjà la disposition divine qui, pour ménager avec fermeté et mesure la transition de l'économie ancienne à la nouvelle, avait tout à la fois suggéré aux apôtres, dans la Judée, un grand esprit de condescendance pratique, et inspiré à Paul, à Barnabe, à l'Eglise d'Antioche un amour de la liberté qui préparait l'avenir.
Pourtant, la conduite de saint Paul, juif avec les Juifs, gentil avec les Gentils (I Cor., IX, 20-22), semblait difficilement conciliable avec l'absolue liberté et prêtait à la critique. Si l'Evangile est une loi de liberté, pouvait-on lui objecter, pourquoi vous incliner devant des prescriptions périmées selon vous, et circoncire Timothée ? N'est-ce pas de l'inconséquence, de la versatilité : irrésolution naturelle à un homme qui manque de principes, se laisse guider au hasard des circonstances, et agit chaque jour au mieux de ses intérêts ? Sans entrer dans le détail des motifs qui parfois lui font subordonner (I Cor., VIÏI, 13) la loi de liberté à la loi de charité, l'Apôtre se borne ici à affirmer qu'il a toujours maintenu cette loi essentielle de la liberté évangélique, lorsque des considérations supérieures ne l'ont pas porté à transiger. C'était le cas pour Timothée (Act., XVI, 3).