EXHORTATION AFFECTUEUSE
carnis evangelizavi vobis jampridem : et tentationem vestram in carne mea, i4 non sprevistis, neque respuistis : sed sicut Angelum Dei excepistis me, sicut Chrlstum Jesum. 15 Ubi est ergo beatitudo vestra ? Testimonium enim perhibeo vobis, quia, si fieri posset, oculos vestros emissetis, et dedissetis mihi. ^^ Ergo inimicus vobis factus sum, verum dicens vobis ? i7 Aemulantur vos non bene : sed excludere vos volant, ut illos aemalemini. is Bonum autem aemulamini in bono semper : et non tantam cum praesens sum apud vos. ^Q Filioli mei, quos iterum parturio, donec formetar Christus in vobis. ^^Vellem autem esse apud vos modo, et mutare vocem meam : quoniam confundor in vobis.
J'ai grand' peur, dit l'Apôtre, d'avoir travaillé en vain au milieu de vous. Redevenez ce que je suis, puisque moi, quoique Juif, je suis devenu ce que vous êtes. Pourquoi ce chassécroisé qui d'un Juif fait un Gentil, et inversement des Gentils fait des mosaïstes. Jamais vous ne m'avez fait de peine ; il n'y a jamais eu de mésentente entre vous et moi. II vous souvient, n'est-ce pas, de ma première mission auprès de vous (Act., XIII, 13-14) ; j'étais alors en proie à la souffrance et abattu par la maladie, et dès lors amoindri encore dans mon ministère auprès de vous. Vous ne m'avez point méprisé pourtant, ni dédaigné ; vous m'avez accueilli comme un ange de Dieu, comme le Christ Jésus lui-même. (Peut-être l'Apôtre se rappelle-t-il, mais en souriant, la naïveté des gens de Lystres [Act, XIV, 11] qui regardaient Barnabe comme Jupiter, et Paul comme Mercure). Quelle était votre joie et votre enthousiasme ! Je puis dire qu'alors j'aurais pu tout vous demander : vous auriez donné votre vie pour moi. Est-ce donc qu'en vous portant la vérité j'ai mérité que vous vous détourniez de moi ? Ces nouveaux prédicateurs vous aimentils plus et mieux que moi ? Non ; leur amour n'est qu'une feinte : réellement, ils jalousent votre liberté. Car si les privilèges des Juifs sont aujourd'hui abolis, Juifs et Gentils sont égaux devant Dieu ; les Juifs n'ont plus aucune supério-
rite dont ils puissent se prévaloir. Tout l'effort du mosaïsme a pour dessein de reconquérir aux Juifs leurs avantages premiers, d'en faire de nouveau l'aristocratie religieuse du monde et un objet d'admiration jalouse pour les Gentils. Vraiment non, poursuit l'Apôtre, vous n'avez rien à envier aux Juifs ; n'ayez de zèle et de jalousie que pour le bien, pour le bien que je vous ai enseigné ; et comme vous y avez été fidèles, moi présent, soyez-le encore, moi absent. Ah ! que je voudrais être au milieu de vous, fils bien-aimés que je porte en mon cœur et que j'enfante avec douleur, jusqu'à ce que l'image du Seigneur soit achevée en vous ! Que je voudrais n'avoir qu'à vous féliciter au lieu de vous reprendre, et quel sujet d'anxiété vous êtes pour moi ! — Ne serait-il pas possible d'entendre ce verset 20 au sens d'un désir, formulé par l'Apôtre, d'être au milieu de ceux qu'il a évangélisés, et de parler à chacun le langage qu'il faudrait ? Car il en est qui sont demeurés fidèles, d'autres qui ont été simplement ébranlés, d'autres qui ont été entraînés à judaïser : la parole de l'Apôtre se mesurerait alors aux dispositions de chacun. A distance et de loin la parole n'a point de souplesse ; et saint Paul demeure inquiet, perplexe, redoutant de dire trop et de dire trop peu.