‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 236 sur 663 · LES DEUX TESTAMENTS · texte numérisé non relu

LES DEUX TESTAMENTS

parturis : quia mulii filii desertae, magis qiiam ejus, qiiae Imbet virum. ^^Nos autem, fratrcs, secundum Isaac prom'issionls filii sumus. ^o Sed qiiomodo tune is, qui secundum carnem natus juerat, persequebatur eum, qui secundum spiriium : ita et nunc. so Sed quid dicit Scriptura ? Ejice ancillam, et filium ejus : non enim hères erit fillus ancillae cum fiîio liber ae. 3i itaque, fr aires, non sumus ancillae jilii, sed liberae : qua libertate Christus nos liberavit. — V.i State et nolite iterum jugo servitutis contineri.

L'exhortation affectueuse et générale une fois terminée, l'Apôtre revient au groupe des défectionnaires, à ceux qui après avoir échappé à la servitude du paganisme se sont bientôt ennuyés d'être libres et, amoureux des entraves, se sont laissé imposer le joug de la loi. Vous devez la connaître cette loi, leur dit-il ; que vous apprend-elle ? Car c'est dans la loi elle-même que ceux qui lisent bien trouvent la preuve de l'abrogation de la loi. Vous avez lu la Genèse (XVI et XXI). Il y est dit d'Abraham qu'il eut deux fils, nés l'un de l'esclave Agar, l'autre de la femme libre, Sara. Le fils de l'esclave est né de la chair, selon la voie commune ; l'autre est le fils de la promesse : il naît miraculeusement d'une mère stérile, d'un père centenaire. Ces faits sont historiques ; ils sont allégoriques aussi et expressifs de réalités qui les dépassent. C'est le propre de Dieu de donner une voix aux événements eux-mêmes. Agar et Sara sont des personnes réelles ; elles sont en même temps, à leur insu, les symboles de deux Testaments, le dessin abrégé de deux formes de dispensation surnaturelle. La première économie prend naissance au Sinaï, elle enfante pour la servitude : partus sequitur venir em. C'est Agar. Ce nom d'Agar signifie la montagne de Sinaï en Arabie, qui symboliquement correspond à la J[érusalem présente, esclave comme ses fils.

Nous sommes en plein allégorisme, mais c'est l'allégorisme de saint Paul et de l'Esprit de Dieu. Pour expliquer que la personne d'Agar symbolise l'ancienne loi et la Jérusa-

lem du temps, il n'est pas interdit, non plus qu'il n'est nécessaire, de supposer que dans la chaîne du Sinaï, il était un sommet qui portait le nom. d'Agar ; ou bien que l'esclave, dite Egyptienne (Gen., XVI, 1), était née dans une portion de l'Arabie sur laquelle s'exerçait la domination de l'Egypte. II suffit pour justifier le symbolisme, qu'elle soit l'épouse d'Abraham, qu'elle soit l'esclave, qu'elle donne naissance à des enfants qui sont esclaves comme elle. — Le rapport établi entre Jérusalem et le mont Sinaï s'explique plus facilement encore. Jérusalem était la capitale religieuse d'une économie qui avait pris son origine au Sinaï : c'était là que Dieu avait contracté alliance avec son peuple ; le Sinaï était le séjour de Dieu, et c'est de là que partaient les théophanies pour exercer dans le monde les œuvres de justice (Isai., LXIII,' Hab., III). II y a donc une Jérusalem du temps et de la terre ; elle est née en Arabie, sur le Sinaï, elle est esclave et soumise à une loi, elle donne naissance à des fils esclaves comme elle.

Mais il est une autre Jérusalem, la Jérusalem d'en-haut, la Jérusalem céleste, comme dira l'épître aux Hébreux, la Jérusalem nouvelle, dira saint Jean : celle-là, c'est l'épouse libre, l'épouse de Dieu, la mère des chrétiens. Comme Sara elle a été longtemps stérile, mais après des siècles de stérilité c'est à elle, la mère d'Isaac et de la joie parfaite, que s'adresse le prophète Isaïe : « Réjouis-toi, femme stérile qui n'enfantais pas ; éclate en cris de joie, épouse hier inféconde : aujourd'hui la faveur de Dieu est revenue vers toi, et tes fils dépassent en nombre les fils de ta rivale» (Isai., LIV, 1). Et ces fils sans nombre, ces fils nés de la promesse comme Isaac, ces fils libres comme leur mère, c'est vous mes frères ! Pourquoi déchoir de votre liberté et de votre grandeur ?

L'allégorie biblique se poursuit encore plus loin, et dessine en Ismaël et en Isaac les rapports actuels du mosaïsme avec le christianisme, plus jeune que lui. Comme autrefois (Gen., XXI, 9) le fils selon la chair molestait le fils de la promesse, le mosaïsme persécute aujourd'hui le christianisme. Mais cet effort est sans avenir ; l'Ecriture a fixé d'avance le

sort de l'un et de l'autre : « Dehors l'esclave et son fils : il ne convient pas que le fils de l'esclave soit appelé, avec le fils de l'épouse libre, à partager l'héritage d'Abraham » (Gen., XXI, 10).

La conclusion de l'Apôtre réunit le dernier verset du chapitre IV et le premier du chapitre V : Mes frères, nous sommes les fils non de l'esclave, mais de l'épouse libre : gardons intacte la liberté que nous a donnée le Christ et ne revenons pas au joug de l'ancienne servitude.

Nous croyons utile de nous arrêter un instant à cette affirmation de la liberté chrétienne dont plusieurs s'efforçaient d'exagérer la portée. Une disposition divine avait établi que le christianisme, antérieurement préparé, devrait un jour se greffer sur le judaïsme, et bénéficierait ainsi, dès sa naissance, de tout le travail religieux qui l'avait précédé. En même temps le mosaïsme se défendait contre le nouveau venu, lui contestait ses droits et le mettait en demeure ou de se confondre avec lui, ou de se distinguer de lui. Se confondre, le christianisme ne le pouvait pas, sous peine de périr dès son berceau ; se distinguer, il ne le pouvait qu'en soulignant la différence profonde qui le séparait de l'ancienne économie. Seule, en effet, cette différence caractéristique, essentielle, était capable de dessiner sa physionomie. Cette différentielle, selon saint Paul, c'est la liberté. Encore faut-il définir en quoi consiste cette liberté.

Même en sa notion la plus générale la liberté implique deux éléments : un affranchissement tout d'abord ; puis une action dont cet affranchissement est en nous la condition et le moyen. On n'est pas libre pour être libre, mais pour agir librement ; et selon la profonde doctrine de l'Ecole, on est libre pour agir selon l'intelligence. A l'origine nous n'avons pas la liberté ; mais à I4 condition d'user de la liberté que nous possédons, nous entraînons notre vie vers la liberté parfaite, vers la plénitude de la liberté. Une discipline laborieuse et résolue nous soustrait à cet ensemble confus de tendances, d'habitudes, de dispositions désordonnées qui sollicitent notre

volonté et notre action, et les font dévier des lignes de l'intelligence ; notre volonté, notre action sont libres lorsqu'elles ne sont plus tenues en échec par les exigences et les importunités des puissances inférieures. Etre affranchi des basses servitudes au point de vouloir et d'agir selon Tintelligence, c'est la liberté ; être affranchi de toutes sollicitations inférieures au point de vouloir et d'agir selon la pensée de Dieu, c'est liberté chrétienne. Il se trouve donc que la liberté est simplement docilité à l'Esprit de Dieu, et nous voyons se dessiner très nettement toute la doctrine qui aboutira à cette admirable formule : Qui Spirita Dei agiintur, il sunt filii Dei. (Rom., VIII, 14). Ce qui fait notre liberté d'enfants de Dieu, c'est précisément notre docilité intérieure à la pensée, au vouloir, à l'influence de Dieu.

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