‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 316 sur 663 · CONDITIONS DU SALUT · texte numérisé non relu

CONDITIONS DU SALUT

accomplissant l'œuvre de sa justice, se prépare à achever et à diminuer le compte, c'est-à-dire le nombre exact de ceux qui reviendront : car c'est à une minorité chétive, à une sorte de résidu que le Seigneur réduit le peuple d'Israël. A l'heure du christianisme, le Seigneur usait du même procédé : il prélevait sur son peuple un petit nombre de convertis, pendant que le reste se détournait de lui, vérifiant une autre prophétie du même Isaïe : « Si le Dieu des armées ne nous avait laissé un rejeton, un faible reste, le sort de Jérusalem eût été celui de Sodome, et sa destinée celle de Gomorrhe ». Isaïe donne à cette élite que Dieu se réserve, tantôt le nom de reliquiae, parce qu'elle est le reste laissé et respecté par la mort, tantôt le nom de semen, parce que la poignée d'exilés qui revint de Babylone, et les rares convertis au christianisme forment le noyau et la semence du peuple nouveau. Les circonstances sont symétriques, et dans les deux cas, c'est le même procédé divin qui est appliqué.

Dieu a donc averti son peuple. Nul ne saurait incriminer sa fidélité, sa justice ; nul ne peut contester sa liberté souveraine. Même, la parenthèse que nous achevons (24-29), nous montre que, dans sa prudence, il a signifié à son peuple le sort qui l'attendait, et que c'est Israël seul qui est coupable, dans cet effroyable malentendu où il s'abîme volontairement.

30 Quid ergo dicemus ? Quod gentes, quae non sectabantur justitiam, apprehenderunt justitiam : justitiam autem quae ex fide est. 3i Israël vero sectando legem justitiae, in legem justitiae non pervenit. 32 Quare ? Quia non ex fide, sed quasi ex operibus : offenderunt enim in lapidem offensionis, 33 sicut scriptum est : Ecce pono in Sion lapidem offensionis, et petram scandali : et omnis qui crédit in eum, non con" fundetur.

Le plaidoyer de l'Apôtre est terminé. Il a mis les perfections de Dieu hors de cause : le coupable, nous le verrons plus évidemment encore dans la suite, c'est Israël. Rappe-

lons-nous que la phrase, commencée aux versets 22 et 23, est suspendue ; elle semble se poursuivre ici avec le même mouvement, et, sous le bénéfice de tout ce qui a précédé, définir de façon concrète le problème de la réprobation juive. Qu'avons-nous sous les yeux ? Quelle est la moralité que nous suggèrent les trente ans d'histoire qui se sont écoulés depuis le Calvaire ?

En résumé, la gentilité, qui marchait dans ses voies et ne cherchait pas la justice, n'a pas refusé la justice de Dieu qui lui était offerte ; elle lui était proposée par un procédé si simple, si gracieux et si doux : l'appartenance à Notre- Seigneur Jésus-Christ par la foi ! Les Gentils ont accueilli la vie qui s'offrait à eux. Israël n'était aucunement exclu de ce programme de miséricorde : la vie lui était offerte à lui aussi ; bien plus, il y était plus préparé, car il cherchait la justice. La loi, sans doute ne donnait pas la justice par elle-même ; elle en donnait pourtant la formule, elle y acheminait. Et si alors qu'il se trouvait dans des conditions privilégiées, Israël n'est point parvenu au terme et à la vraie justice, ce n'est pas que Dieu se soit dérobé, ni qu'il ait refusé à son peuple ce qu'il offrait miséricordieusement aux Gentils : non. C'est qu'Israël, dupe de son illusion, au lieu de la justice de la foi obtenue par l'adhésion et la communion à Notre-Seigneur Jésus-Christ, n'a voulu que sa justice orgueilleuse et jalouse, celle qui, sans la foi, consiste dans l'accomplissement exact des œuvres de la loi. Ses scribes et ses docteurs l'avaient emprisonné dans le cercle étroit de cette justice judaïque, personnelle, pélagienne. Dès lors fasciné, hypnotisé par cette fausse conception et courant vers elle, au lieu d'entrer par la porte largement ouverte et dont profitaient les nations, le peuple d'Israël s'est heurté de tout son élan contre la pierre d'angle qui soutient l'édifice entier ; il s'est brisé contre elle. Là où les nations trouvaient la vie, Israël a trouvé la mort. La prophétie d'Isaïe (VIII, 14) s'est accomplie : « Voici, dit le Seigneur, que je vais placer en Sion une pierre qui sera une pierre de scandale et de chute ; elle sera écartée par ceux

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