LES PROPHÉTIES
d'avoir patiemment enduré ]es révoltes de son peuple ? L'estil davantage d'avoir miséricordieusement appelé les Gentils à bénéficier de sa bonté? Am'ice, non fado tibi injuriam. Vola autem et huic novissimo dare sicut et tibi. Aut non licet mihi, quod volo, facere ? An oculus tuas nequam est, quia ego bonus sum? (Matth., XX, 13-15).
Soit, dira le Juif, Dieu est fidèle, Dieu est juste. Dieu est libre et souverain. Mais cette disposition providentielle était si inattendue ! Dans sa tendresse pour le peuple choisi, Dieu n'aurait-il pu prendre quelques sécurités ? Au lieu de laisser Israël s'endormir dans son illusion, persuadé que son privilège était éternel, ne ^pouvait-il lui signifier clairement la condition précaire et révocable de ce privilège, et épargner ainsi à son peuple une douloureuse surprise ? — Eh ! qu'aije donc fait ? pouvait répondre le Seigneur. — Les psaumes nous parlent à chacune de leurs pages de la royauté universelle de Jahveh. Et s'il faut des précisions, voici que les plus anciens parmi les prophètes dont nous avons les écrits, nous annoncent et l'adoption de la gentilité, et la diminution d'Israël. Osée prophétise clairement l'élection future de la gentilité : « Celui qui n'était pas mon peuple, celui qui n'était pas aimé de moi, je l'appellerai mon peuple, mon bien-aimé : je donnerai ma bienveillance à celui qui ne connaissait pas ma bienveillance ; et dans ces régions étendues qu'Israël regardait avec dédain comme exclues de l'honneur d'être à Dieu, on donnera le nom- d'enfants de Dieu à ceux qui ne l'étaient pas ». Et d'après Isaïe, voici l'avenir d'Israël : « Alors même que le nombre des fils d'Israël dépasserait les grains de sable de la mer, une fraction seulement de ce peuple sera sauvée » (Isai., X, 19-23). C'était en même temps qu'une annonce prophétique, une invitation aux âmes droites de se tenir très près de Dieu, à raison du péril qui menaçait le judaïsme. — Mais les paroles de saint Paul et la prophétie d'Isaïe à qui il fait allusion méritent et réclament explication.
Nous avons dit déjà du peuple juif, qu'il était un peuple nécessaire, et que Dieu pour l'accomplissement de ses des-
seins avait besoin de lui. L'Incarnation était résolue, et c'était à ce peuple que le Fils de Dieu demanderait sa nature humaine et le droit d'occuper une place dans sa création. Dès lors, Dieu était engagé envers ce peuple. Et ce peuple le savait. N'était-il pas à redouter qu'ayant conscience de la situation exceptionnelle que lui faisait la promesse de Dieu, semblable en cela aux mauvais serviteurs qui deviennent hautains lorsqu'ils savent qu'on ne peut se passer d'eux, Israël ne se laissât entraîner à toutes les audaces, certain que la promesse divine le mettrait à l'abri du châtiment, ou du moins de l'extermination, puisqu'il était garanti contre la justice de Dieu par la fidélité de Dieu même ? Pourtant, en face des révoltes de son peuple, la justice de Dieu ne pouvait être désarmée : elle gardait ses droits, et, en réservant toujours l'intégrité de ses promesses, sans pousser jamais jusqu'à la destruction complète, elle pratiquait au sein de ce peuple rebelle des coupes sombres qui le réduisaient d'autant : le désert, les tyrannies du dehors, les guerres, les captivités, les dispersions, tout en respectant, tout en maintenant chez lui un reste de vie, ne permettaient pas que la justice perdît ses droits, ni que les crimes demeurassent impunis.
La mystérieuse prophétie d'Isaïe fait allusion, dans un cas particulier, à ce procédé divin d'élimination. C'était avant le captivité de Babylone. La main de Dieu devait une fois de plus s'appesantir sur Israël et châtier ses crimes. La Palestine était fort largement peuplée et s'enorgueillissait de sa prospérité qu'elle croyait devoir à l'alliance assyrienne. La grande voix du prophète lui annonce, au nom de Dieu, qu'Israël est voué à la dispersion et qu'une poignée seulement, une infime minorité, reliquiae, sous la conduite d'Esdras et de Néhémie, sera rappelée de l'exil et trouvera en Dieu son appui. La citation d'Isaïe, si elle avait suivi le \%x\q. hébreu^ se fût appliquée à merveille à la pensée de l'Apôtre ; celui-ci néanmoins s'est servi de la traduction dite des Septante, qui était d'un usage courant et plus familier à tous : Le Seigneur,.