ISRAËL SEUL COUPABLE
Dieu n'est donc pour rien dans ce tragique malentendu où s'obstine le peuple d'Israël : on ne peut s'en prendre ni à sa fidélité, ni à son équité, ni à sa souveraine liberté, ni même à sa prudence. Au verset 32 du chapitre précédent, on' a reconnu le coupable et la racine première de son erreur : in legem justitiae non pervenit, quia non ex fide, sed quasi ex operibus. Tout le chapitre où nous entrons maintenant ne fait qu'accentuer cette erreur obstinée du peuple juif, et ramener par conséquent la question de la justice surnaturelle, en ajoutant des traits nouveaux à la description que nous en ont donnée les chapitres V, VI, VII, VIII. Mais parce qu'il est une fois de plus obligé d'instruire le procès de son peuple, une fois de plus aussi l'Apôtre, comme aux premiers versets du chapitre IX, proteste de son affection pour ceux qu'il aime, alors même qu'il doit requérir contre eux.
1 Fratres, voluntas quidem cordis mei, et obsecratio ad Deum, fit pro illis in salutem. ? Testimonium enim perhibeo illis quod aemulationem Dei habent, sed non secundum scientiam. 3 Ignorantes enim justitiam Dei, et suam quaer entes statuere, justitiae Dei non sunt subjecti. 4 Finis enim legis, Christus, ad justitiam omni credenti.
Ce n'est donc qu'à son corps défendant, ou mieux pour défendre Dieu, pour éclairer son peuple, pour avertir les âmes du devoir de leur docilité à Dieu, que l'Apôtre use de paroles sévères et définit les responsabilités (IX, 32, 33). Son âme n'a pas cessé de s'intéresser au sort du peuple d'Israël, ni sa prière de s'élever vers Dieu : Je ne saurais méconnaître qu'ils cherchent Dieu, dit-il, qu'ils, le cherchent avec zèle ; mais ils le font avec âpreté et esprit personnel, non pas selon l'intelligence élevée des voies de Dieu, xaTr'è-tyvcoo-'.v. Et voici une fois de plus la raison première de leur déchéance. Ils se sont formé une idée personnelle de ce en quoi consiste la justice, la vie religieuse ; ils se sont enivrés et comme fascinés de leur conception, n'ont voulu voir qu'elle, et de la sorte ont méconnu la justice qui vient de Dieu. Car pour vivre en sécurité, même près de Dieu, il faut être affranchi de toute pensée personnelle ; l'illusion est même d'autant plus redoutable que l'on vit plus près de lui. Et c'est l'illusion, c'est l'adoration d'une pensée personnelle qui a été l'origine de leur division avec Dieu. Ils ont écarté tout à la fois et la justice surnaturelle qui leur était offerte dans leur renaissance en Notre-Seigneur Jésus-Christ, et le procédé aimable et gracieux qui la leur assurait. Ils n'ont voulu que la justice des œuvres, la justice de la loi. Dès lors, ils ont commencé à haïr le seul nom en qui nous puissions être sauvés ; en même temps que le Christ était pour la gentilité une folie, il est devenu pour les Juifs un scandale : Judaeis quidem scandalum, Gentîbus autem stultitiam ; et tous moyens leur ont semblé justes pour arrêter la prédication évangélique : prohib entes nos loqui Gentîbus, ut salvae fiant. « La justice de la loi, la seule justice de la loi », ont-ils dit, en méconnaissant le caractère de la loi.
En effet, la loi ne se suffit pas, nous l'avons vu (chap. VII) ; mais de plus, dans la pensée de Dieu, la loi conduit au Christ. Donnons au verset 4 ce sens, non pas seulement que la loi finit au Christ, ce qui est exact, mais encore et surtout ue la loi achemine au Christ, qu'elle oriente les