‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 380 sur 663 · FESTUS ET AGRIPPA · texte numérisé non relu

FESTUS ET AGRIPPA

rôles sont claires aujourd'hui. L'accomplissement de l'invraisemblable a donné raison à l'Apôtre.

Mais en l'an 60, pour Festus, un Romain d'éducation fine et distinguée, d'entendre ce Juif de petite taille, avec son grec rapide et saccadé, parlant de la doctrine de Jésus comme de la lumière qui devait se répandre en la Judée et en toutes les nations, la surprise fut violente. Cet homme de trois coudées avait l'air convaincu. Il était pressant. Il parlait avec autorité. Alors il lui serait donné d'accomplir ce à quoi les beaux esprits de Rome et d'Athènes n'avaient pas réussi, ce à quoi ils n'avaient même pas songé! Alors ce serait de cette obscure province où Festus venait de parvenir, des lèvres de ce prédicateur enchaîné, que la lumière se lèverait sur le monde ! Ce n'était pas de la prétention, c'était de la folie pure. Festus n'était aucunement préparé à de tels aperçus. Il avait cru voir en saint Paul un esprit calme et résolu ; subitement il se trouvait face à face avec un extatique, un visionnaire, un illuminé ! Et pendant que les Juifs écoutaient encore, Festus l'interrompit à haute voix par une exclamation très naturelle chez un païen : Mais c'est de la folie, Paul, c'est de la pure folie. Et faisant une allusion souriante aux manuscrits de la Sainte Ecriture qu'il avait vu l'Apôtre lire et relire au cours de sa réclusion : Ce sont vos lectures, ce sont vos lettres qui vous tournent la tête !

En effet, toutes les apparences du présent, toutes les chances de l'avenir étaient contre le prédicateur. C'est à lui pourtant que Dieu a donné raison. A l'exclamation du procurateur l'Apôtre répondit avec une grande égalité d'âme : « Non, excellent Festus, non, ce n'est pas folie ; ce sont paroles de vérité et de sagesse. » Le roi Agrippa, par ses attaches juives, était plus ouvert à cette doctrine ; l'Apôtre recourut à lui : « Le roi qui nous préside, dit-il, sait bien, lui, que les choses sont telles que je les ai dites. C'est sa présence qui a donné l'assurance à ma parole. Rien de ce que j'ai dit ne lui est étranger, il sait bien que c'est de Sion que le salut doit se répandre sur le monde. Aussi bien, ce n'est pas dans un

coin obscur, c'est en plein jour et au centre de Jérusalem que tout s'est accompli. N'est-il pas vrai, roi Agrippa, que vous croyez aux prophètes ? Je sais que vous y croyez. »

Le plaidoyer devenait une prédication directe. Pris à partie par une interpellation inattendue, le roi Agrippa répondit, peut-être avec une légère ironie, peut-être aussi avec une nuance d'embarras : « Un peu plus vous feriez de moi un chrétien. » — « Ah ! je le voudrais bien, reprit l'Apôtre, et demande à Dieu, à n'importe quel prix, que vous, que tous ceux qui m'entendent deviennent ce que je suis ; sauf, ajoutat-il en souriant et en montrant ses mains, sauf les menottes. »

Le roi se leva, le procurateur, Bérénice, toute l'assemblée après lui. Ils se retirèrent. Chemin faisant, ils échangeaient leurs réflexions : « Il n'y a rien dans la vie de cet homme qui mérite ni la mort, ni la prison. » Le roi Agrippa dit à Félix : « Il n'y a rien du tout. Cet homme pouvait être relâché sur l'heure, s'il n'en avait appelé à César. »

Mais désormais il était prisonnier de son appel qui remettait à l'Empereur l'affaire intacte.

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