NOTRE CROISSANCE SPIRITUELLE
tendresse de Dieu. Elles font partie de ces bénédictions qui, avec une profusion divine, nous sont accordées dans le Christ. L'Apôtre appelle ces richesses, les richesses de la gloire de Dieu, parce qu'elles possèdent ce caractère d'irifini et d'illimité qui fait la gloire de Dieu, le met hors de pair, et ne lui permet de ressembler à personne. Elles viennent de Dieu ; elles sont sollicitées de lui, elles sont indispensables à l'achèvement de notre vie chrétienne et à son plein épanouissement; sans elles nous n'arriverons pas à ce que Dieu soit tout en nous. Si comme l'assure l'Apôtre (II, 5, 6), nous sommes dès maintenant sauvés dans le Christ, gardons-nous de penser que tout est fini quand nous avons reçu le baptême, et qu'il ne nous reste plus ensuite qu'à nous reposer dans l'enivrement du bienfait reçu. Non ; si splendide que soit le commencement, le baptême n'est que le commencement : initium substantiae ejus. Que devons-nous faire ? — Tout d'abord, dit l'Apôtre, nous fortifier, par l'Esprit, dans cet être intérieur et nouveau qui nous a été donné par le baptême, ruiner jusqu'en ses derniers vestiges l'homme ancien, l'adamique, le vieil homme, et sur ses ruines faire régner l'homme nouveau, le chrétien, le fils de Dieu. — Ce que l'Apôtre demande ensuite à Dieu, et qui ne se fait pas sans nous, c'est de conjurer la mobilité et l'instabilité de notre nature, de fixer en nos cœurs le Christ qui est en nous par la foi : Habitare, xaToixTiffai, implique la continuité, l'adhésion constante, une réelle communion de vie qui soumette au Seigneur notre activité, avec quelque chose de la docilité et de la souplesse de la nature humaine du Christ sous les prises du Verbe. — Alors, ajoute l'Apôtre, et c'est le troisième élément de notre croissance spirituelle ; alors, l'égoïsme étant éliminé, la charité étant en nous souveraine, nous aurons ce qu'il faut de taille et de force^^^ pour regarder en face le mystère de Dieu. C'est la seconde fois que l'Apôtre nous place dans cette perspective : le lecteur attentif n'a pas besoin de nos avis pour reconnaître le parallélisme des versets 16-19. que nous lisons au chapitre III, avec les versets 17-19 du chapitre I.
En effet, lorsque l'âme chrétienne s'est donné la loi de n'exercer que les énergies qui lui viennent du Christ, lorsque sa vie n'est plus que docilité, que souplesse et adhésion, elle devient capable, avec les Apôtres, avec les Prophètes, avec les Saints, d'entrer dans la connaissance du mystère de Dieu; et grâce à la charité du Christ, au-dessus de toute science humaine, d'apprendre et de goûter enfin ce que c'est que grandeur, que largeur, que hauteur, que profondeur. Car nous ne le savons réellement pas, jusqu'à ce que le Seigneur nous ait placés en face de la pensée divine, et devant les dimensions incomparables de ce mystère. Les notions les plus vagues et les plus larges sont aussi les plus aptes à signifier Dieu et les choses de Dieu. On reconnaît bien ici, dans les expressions de l'Apôtre, le caractère de la prière extatique, débordée de toutes parts par son objet, incapable de préciser davantage, les mots n'ayant pas été faits pour exprimer les expériences surnaturelles. On peut, sans doute, dans la largeur reconnaître que le mystère du Christ embrasse toute l'humanité et toute la création ; voir dans la longueur qu'il s'étend de l'une à l'autre éternité avec, au milieu, cet épisode qui s'appelle le temps ; dans la hauteur, la pl^itude des bénédictions célestes ; dans la profondeur, le secret éternel où Dieu a tenu caché le mystère du Christ : mais peut-être, ce qui vaut mieux encore, ne faut-il voir dans le vague voulu et nécessaire de l'expression que l'incapacité de fournir des idées précises. La récompense des chrétiens qui, par un acquiescement généreux et constant, donneront en eux succès et raison au mystère du Christ, sera d'entrer plus pleinement dans la lumière, de s'y jouer et de s'y perdre comme dans un océan sans rivages. Il n'y aura plus en eux selon la mesure de la grâce que Dieu, parce qu'il n'y aura plus en eux que le Christ. (Cf. Col., I, 19 ; II, 8, 9, 10, 19 ; Eph., IV, 15, 16 ; Philipp., III, 8-10). Nous ne saurions nous interdire d'inviter le lecteur à trouver un exposé de cette doctrine au chapitre XIX du livre La Vie Spirituelle et l'Oraison.
Et si la faiblesse humaine est prise d'effroi en face de