PATERNITÉ AU CIEL ET SUR LA TERRE
tout le corps. L'homme témoignait ainsi de l'ardeur de sa prière : pour en obtenir l'objet, il consentait, sous un emblème, à entrer dans la mort, ou à rentrer dans le néant. Cette attitude d'adoration est normale devant l'infinie majesté.
Dans l'épître aux Ephésiens, sans oublier ni le Fils, ni le Saint-Esprit, la pensée de l'Apôtre se porte avec complaisance vers la personne du Père, comme vers le principe incréé et premier de toutes bénédictions (I, 3, 17 ; II, 4, 18 ; III, 14). C'est de cette même source que viennent le Fils et le Saint- Esprit, et, selon la doctrine de saint Jacques (I, 17), toute grâce et tout don parfait. C'est aussi de là, de cette paternité exemplaire et première, que vient « toute paternité qui a un nom au ciel et sur la terre». Cette traduction de la Vulgate donne un très bon sens, et elle a l'avantage de garder l'allitération du texte original : rca.Tr\p, -jraTpiâ, pater, paternitas ; même elle implique la vérité des autres traductions. Mais on peut donner à izarçtiâ dans le texte original le sens de « famille », et entendre ainsi que toute la société surnaturelle, constituée au ciel et sur la terre par les Anges et par les hommes, porte le nom du Père, se réclame de lui, forme vraiment son intimité. Sans doute, on peut aussi contester cette seconde traduction en observant que l'article exigé devant TcaTpiâ manque dans le grec, mais il est facile de répondre que l'adjectif Trâffa en tient la place ; et que d'ailleurs il est assez question de l'Eglise pour qu'elle n'ait nul besoin d'être grammaticalement déterminée. Et il est possible encore, en maintenant à Tcaxpiâ sa signification indéterminée, de supposer qu'il s'agit de toute famille angélique, de toute famille humaine, fondée sur la hiérarchie, ou construite à base de paternité, conçue par conséquent sur le type de Dieu lui-même, en qui la paternité est tout à la fois universelle et exemplaire.
Mais quel est donc l'objet de cette prière apostolique, si solennelle en son attitude et son accent ? Nous reste-t-il quelque chose à solliciter de Dieu, maintenant que nous savons les richesses de sa bonté ? Les versets qui suivent (16-19) vont nous Je dire. Tout ce que le Seigneur a fait demeurera stérile.
si cette prière n'est pas exaucée. C'est que le mystère du Christ ne s'achève vraiment qu'en nous : le nœud, l'issue, le succès de ce grand drame divin qui va de l'éternité à l'éternité, sont tout entiers au cœur de l'homme. L'Eglise, les sacrements, l'Eucharistie, tout l'ensemble de l'effort divin n'a d'autre dessein que la sanctification de chacune de nos âmes individuelles : c'est tout le but de Dieu : haec est enim voluntas Dei, sanctificatio vestra (I Thess., IV, 3). Si Dieu l'obtient, le mystère du Christ est un succès ; s'il échoue, Dieu aura travaillé pour rien, au moins pour cette âme qui se sera dérobée à son action. Pour cette âme, en effet, l'effort de Dieu aura abouti à un échec, l'économie surnaturelle sera frustrée, le Seigneur aura souffert en vain : Ergo sine causa ! C'est donc au cœur de l'homme que se prépare le dénouement : il s'agit de savoir si l'intention éternelle sera trahie ou non, si la glorieuse pensée du Seigneur sera déçue, si les douleurs et le sang du Calvaire recueilleront leur fruit, si l'éternité future sera pour chacun ce que Dieu a voulu. Nous nous expliquons bien, à ce point de vue, la prière de l'Apôtre et son accent. Et nous devons parler de ces choses avec calme ; car il n'existe pas dans nos langues de termes qui puissent décrire ce que j'appellerais volontiers l'anxiété de Dieu. Avoir voulu cela, l'avoir préparé avec soin, avec ineffable tendresse, et à quel prix ! pour échouer à la fin, devant l'obstination et la révolte de sa créature ! Ah ! comme toutes les âmes devraient avoir un peu de pitié de Dieu, de notre Dieu si grand, si bon, si tendre, si dévoué, et répondre comme il convient à son attente paternelle ! De cette anxiété, de cette attente, l'Apôtre a pris conscience ; et afin que Dieu ne soit pas vaincu, que son amour ne soit pas trahi, il demande avec instance, à Dieu, pour les âmes, trois degrés de grâce, où se résume tout ce que doit être la vie chrétienne pour se prêter à la pensée et à l'amour de Dieu.
Mais avant même de reconnaître l'objet de la prière apostolique, il nous sera utile de remarquer que les grâces sollicitées par lui nous viennent, elles aussi, du trésor de la