CONNAISSANCE DU SEIGNEUR
même, de la justice qui vient de Dieu, non de moi ; de la foi, non de la loi. »
Nous retrouvons sur les lèvres de l'Apôtre la doctrine de l'épître aux Romains et aux Galates, mais élargie encore et comme vivifiée par la pensée qui remplit l'épître aux Ephésiens. L'Apôtre a protesté (v. 8) que rien au monde ne pouvait être comparé avec l'éminente connaissance du Seigneur, avec la science de son mystère ; il y revient comme à l'expression de l'unique désir et de la joie souveraine de sa vje, comme au fruit le plus élevé de la justice surnaturelle : Connaître le Seigneur, et non pas d'une science platonique et oisive, mais d'une science qui aime, qui pénètre et transforme la vie, mesurer le pouvoir de sa résurrection et la voir retentir en la justification des baptisés, entrer en communion de ses souffrances, et ne faire qu'un avec lui ; afin, après avoir communié à sa mort, de se retrouver en lui et se rencontrer avec lui au jour de la résurrection d'entre les morts.
II semble que la pensée de saint Paul glisse maintenant, des docteurs juifs dont il n'a plus de souci, à la critique des chrétiens présomptueux qui, une fois établis dans la grâce, se persuadaient qu'ils n'avaient plus rien à faire. L'homme n'a §uère besoin d'invitation pour dormir et se reposer ; et la plénitude même des dons conférés par le Baptême pouvait incliner des âmes qui en avaient conscience à se dispenser de tout effort ultérieur. C'eût été dans le christianisme le règne du quiétismè. Aussi l'Apôtre au verset 11 réprime-t-il, et par son exemple propre, cette dangereuse témérité. Etre uni au Christ, à l'heure de la résurrection d'entre les morts, est pour lui l'objet d'une espérance, mais d'une espérance active (si quo modo, si tcwç ), d'un désir, mais non encore réalisé. Il ne s'en fait pas accroire, il n'est pas de ceux qui se félicitent trop tôt, et comme si l'œuvre était achevée, s'endorment dans une orgueilleuse et téméraire sécurité. Après avoir renoncé à tout pour gagner le Christ, après un apostolat de trente ans, traversé par des épreuves sans nombre, il ne se flatte pas d'être entré encore en pleine possession du Christ,
ni d'être parvenu à la perfection. Il est de ceux qui croient n'avoir rien fait aussi longtemps qu'il reste quelque chose à faire. Il l'a dit déjà aux Corinthiens (I Cor., IX, 24), la vie chrétienne ressemble pour lui au stade des jeux isthraiques ou le coureur ne doit jamais prendre de repos, mais tendre au but avec une ardeur croissante. Ce but pour lui, c'est le Christ, qu'il veut atteindre, afin s'il est possible, ou de s'emparer du Christ comme le Christ s'est emparé de lui, — ou d'obtenir pleinement ce bien en vue duquel il a été saisi et entraîné par le Christ. Car c'est le Christ, comme l'agonothète des jeux antiques, qui lui a ouvert la carrière. Les deux traductions sont à peu de chose près équivalentes ; la phrase grecque est d'une tournure grammaticale tourmentée, que le latin a reproduite.