‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 472 sur 663 · PRUDENCE CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

PRUDENCE CHRÉTIENNE

peut-être vous sera utile. Les Philippiens seront tout d'abord mis en garde contre l'effort tenace des mosaïstes qui ont autrefois troublé les Eglises de Galatie. Si nos habitudes modernes de langage s'étonnent de la sévérité de l'Apôtre lorsqu'il dit des Juifs : « Prenez garde aux chiens », rappelonsnous que les coutumes orientales s'en offensaient beaucoup moins, que le Seigneur disait ouvertement : Nolite dare sanctum canibas, neque mittafis margaritas vestras ante porcos (Matth., VII, 6), qu'il a voulu, sans y réussir, décourager la Chananéenne, en lui disant : Non est bonum sumere panem filioruni, et mitfere canibus. L'Apôtre d'ailleurs ne fait que retourner aux Juifs l'appellation méprisante dont ils désignaient les Gentils, les incirconcis. « Gardez-vous des impurs, des méchants ouvriers, de qui l'activité jalouse dévaste le champ d'autrui, en y semant l'ivraie, gardez-vous des mutilés. » Il prend à son compte les moqueries dont les païens poursuivaient les Juifs : curtis Judaeis, disait Horace ; et jouant sur les mots, leur refuse tout bénéfice réel du chef de leur circoncision, qui une fois isolée de ce qu'elle signifie, n'est plus la TCepnrojji.ri, mais seulement une. mutilation sans fruit, xaTaTOjXTi : encore, nous allons le voir, circoncision est-il pris au sens objectif et collectif comme désignant la race, comme captivitas désigne parfois l'ensemble des captifs : captivam duxit captivitatem.

Nous retrouvons ici la doctrine de l'épître aux Romains IV, 9-12, de l'épître aux Galates V, 1-13 ; VI, 12-17. Les Juifs se prétendent le peuple vraiment pur ; mais c'est nous, chrétiens, qui formons vraiment l'Israël de Dieu. Au lieu de nous borner encore à un ritualisme matériel, à une religion pétrifiée et casuistique, dénoncée jusque dans l'Ancien Testament, répudiée par le Seigneur, nous servons Dieu sous l'influence intérieure de l'Esprit de Dieu, comme il a été dit aux Romains VIII, 9-16, 26, 27, et, au lieu de nous réclamer de misérables avantages charnels, mettons toute notre gloire à appartenir à Notre-Seigneur Jésus-Christ, à être portés dans son corps mystique, à vivre de son Esprit,

II eût été facile à l'Apôtre de poursuivre la critique de cette religion toute de pratiques et de prestations matérielles, au prix desquelles l'homme se satisfait et s'enorgueillit de la justice de ses œuvres. Mais voici que soudain il s'arrête, se ravise, et, comme en la Deuxième aux Corinthiens, XI, 16-31, accepte la comparaison avec les docteurs juifs sur le terrain même qu'ils ont choisi, celui de leurs avantages selon la loi. Il n'est pas impossible que, même à Philippes, les judaïsants eussent rappelé leurs prétentions et fait sonner aux oreilles d'une population simple les titres où ils appuyaient leur noblesse religieuse. Peut-être s'étaient-ils efforcés de diminuer par de mesquines insinuations l'autorité de saint Paul qu'ils affectaient de considérer, nous le savons, comme un apôtre d'occasion, un surnuméraire. « Pour un instant, dit l'Apôtre, je consens à me réclamer de mes avantages selon la chair et selon la loi, et à rivaliser même sur ce point avec chacun de mes adversaires. Ne suis-je pas un Juif parfait, circoncis le huitième jour selon la loi, de la race d'Israël, de la tribu de Benjamin, pourvu d'une généalogie en règle, Juif né de Juifs ?

Ce sont les avantages de la naissance. En voici d'autres où la volonté a plus de part. Mon amour de la loi me donna place parmi les Pharisiens, mon zèle pour la loi m'a fait persécuter l'Eglise de Dieu, ma fidélité à la loi était sans reproche. Je pouvais prétendre à un brillant avenir. Mais toute possession n'est pas richesse, parfois le bien que nous croyons tenir ne fait que nous encombrer. Il obstrue, il nous distrait, il nous détourne d'une richesse plus haute. Aussi tout ce qui m'était un avantage, je l'ai regardé comme un détriment. Et non seulement ce à quoi j'ai renoncé, mais tout avantage au monde, quel qu'il soit, est moins que rien devant la connaissance de Jésus-Christ, mon Seigneur, et de son mystère. C'est pour lui que j'ai tout abandonné, tout méprisé comme de l'ordure;, afin d'être riche de lui seul, afin d'entrer dans sa vie, et d'y être revêtu non de ma propre justice, de la justice prétentieuse de la loi^ mais de la justice du Seigneur lui-

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