ABUS DE LA LIBERTÉ ÉVANGÉLIQUE
17 Imitatores met estote, patres, et observate eos qui ita ambulant, sicut habetis formam nostram. is Multi enim ambulant, quos saepe dicebam vobis (nunc autem et flens dico) inimicos crucis Chrisfi : i9 quorum finis interitus : quorum Deus venter est : et gloria in confusione ipsorum, qui terrena sapiunt. 20 Nostra autem conversatio in caelis est : unde etiam Salvatorem expectamus Dominum nostrum fesum Christum, 21 qui reformabit corpus humilitatis nostrae, configuratum corpori daritatis suae, sécundum operationem, qua etiam possit subjicere sibi omnia. IV 1 Itaque fratres mei charissimi.
et desideratissimi, gaudium meum, et corona mea : sic state in Domino, charissimî.
L'allusion que l'Apôtre a faite plus haut (v. 13) à sa vie personnelle lui fait conclure ce qui précède et préparer ce qui suit par une exhortation semblable à celle que nous avons autrefois rencontrée, I Cor., XI, 1 : Imitatores mei estote, fratres, sicut et ego Christi. Est-il besoin d'observer qu'il n'y a dans la pensée de l'Apôtre ni présomption, ni fatuité personnelle ? Les Apôtres sont les anneaux premiers par lesquels toute la masse humaine est rattachée à Dieu. L'expression est de saint Jean : et haec scribimus vobis ut et vos societatem habeatis nobiscum, et societas nostra sit cum Pâtre, et cum Filio ejus Jesu Christo. Et Dieu veillait, par la grâce même de leur apostolat, à ce qu'ils fussent les exemplaires de la vie surnaturelle, comme ils étaient les organes de la vérité révélée. Peut-être même l'Apôtre avait-il un titre personnel à en appeler à son exemple pour tenir en échec deux tendances opposées qui prétendaient s'autoriser de sa doctrine. Le quiétisme paresseux et le gnosticisme grossier, nous le savons, avaient su travestir certaines assertions de l'Apôtre pour s'en faire un prétexte. Afin d'écarter l'un et l'autre, il suffisait à l'Apôtre de proposer l'exemple de sa vie (hfJ^àç) : si sa doctrine, en effet, avait les conséquences qu'en tiraient ses ennemis, n'est-ce pas en lui premièrement qu'on les aurait vu se traduire ? Aussi sa vie était-elle tout à la fois un démenti donné aux doctrines perverses, et comme un signe, un symbole de ralliement auquel les fidèles seront attentifs. Seulement, en face de l'erreur, la parole de l'Apôtre s'arme de sévérité. Ce n'est pas la première fois qu'il a l'occasion de dénoncer devant les Philippiens qu'il veut prémunir, la doctrine grossière de ceux pour qui la liberté évangélique était le prétexte de la licence (Rom., III, 8 ; Gal.,V, 13): le paganisme épicurien reparaissait ainsi dans la vie chrétienne par la porte de l'immoralité, et préparait les Nicolaïtes de l'avenir. Mais aujourd'hui il est contraint de le faire avec
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un accent de tristesse plus marqué, à cause de l'endurcissement où s'enfoncent les chrétiens infidèles à leur baptême. Ils, sont plusieurs. Ils vivent au milieu des Philippiens. Ils y étalent le spectacle de leur vie grossière. Ce ne sont plus des chrétiens, mais des Antéchrists et des ennemis de la Croix du Sauveur. Leur Dieu, c'est leur ventre, ils mettent leur gloire dans leur ignominie même ; leur pensée est ensevelie dans les soucis et les choses terrestres, ils n'ont plus droit désormais au salut, mais à la perte éternelle. Nous, n'avons rien de commun, ajoute l'Apôtre, avec cette sorte de chrétiens.
Le lieu de notre pensée, à nous, la région de nos désirs et de notre vie (Col., III, 1, 2, 3), le commun rendez-vous de nos âmes, notre patrie en un mot ( -rcoXiTeupia ) , c'est le ciel : et v'tta vestra est abscondita cum Chrlsto in Deo. C'est là que nous vivons. C'est de là que nous viendra le Sauveur, pour mettre la dernière main à notre rédemption, l'âme ayant été transformée déjà ; et avec la vigueur de l'opération divine, à qui rien ne résiste, qui s'est exercée déjà et dans le Seigneur et en nous-mêmes (Eph., I, 19 et II), transformer l'humilité de notre corps sur le modèle de son corps glorieux, et achever ainsi son œuvre de salut. Cette affirmation nouvelle de la. résurrection des corps est appelée par la tendance universelle de la doctrine qu'il combat. Nous savons par les dérisions des Athéniens (Act.,XVII, 32), par les hésitations des Corinthiens (I Cor., XV, 12), par les fausses interprétations de beaucoup (II Tim., II, \8), à quels préjugés grossiers et tenaces se heurtait la croyance à la résurrection des corps. Le paganisme, l'immoralité, le gnosticisme, l'épicuréisme, et tous pour une même raison, ne sauraient croire à la dignité de la chair humaine. Le corps était pour eux chose vile, instrument de choses viles, organe de sensations basses ou méprisables : la dignité de la chair n'est reconnue que de ceux-là seulement qui la contiennent et la mortifient.
Regardons le premier verset du chapitre IV comme aj3partenant au chapitre III à titre de conclusion et d'une très affectueuse exhortation à demeurer fidèles dans le Seigneur.
Saint Paul multiplie les termes de dilection et de confiance, comme incapable de se satisfaire : frères aimés, frères si désirés, vous qui êtes ma joie, qui serez ma couronne, mes bien-aimés. Toute la prédilection de l'Apôtre pour ses chers Philippiens s'y est traduite.