‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 481 sur 663 · ÉPITRE AUX HÉBREUX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

ÉPITRE AUX HÉBREUX INTRODUCTION

Les quatre dernières années de l'Apôtre (63-67), depuis la fin de sa première captivité à Rome jusqu'à son martyre, nous sont moins exactement connues que les autres. Jusqu'ici nous avions une double source de renseignements, les Actes et les épîtres, se complétant mutuellement. Sans doute, les Actes ne font pas mention des épîtres ; et, de leur côté, les épîtres, de forme et d'intention doctrinales, sont rarement entraînées à faire mention d'événements particuliers : mais à cette indépendance des deux sources, à l'absence de dessein commun, il se rencontre un réel avantage, et l'indécision de certaines portions historiques de la vie de saint Paul est alors largement compensée par la sécurité que nous donne l'harmonie de deux sources très distinctes l'une de l'autre.

A dater du commencement de l'année 63, les Actes se taisent ; nous n'avons pour nous guider dans la vie de l'Apôtre saint Paul, avec les rares témoignages de la tradition, que les allusions rapides des épîtres pastorales à divers séjours que fit l'Apôtre, au cours de ces quatre dernières années. Nous pouvons du moins déterminer comme il suit la série de ses déplacements : l'Espagne, où il se rend au sortir de l'Italie : nous en verrons bientôt les preuves ; peut-être l'île de Crète (Tit., I, 5) ; Milet, oti il avait promis pourtant qu'on ne le verrait plus (Il Tim., IV, 20) ; Ephèse, (I Tim., I, 3 ; II Tim., I, 8, 18) ; Alexandria Troas, (II Tim., IV, 13) ; la Macédoine, (I Tim., I, 3) ; enfin Nicopolis, (Tit, III, 12).

Est-ce à Nicopolis, est-ce à Milet, est-ce à Rome même qu'il a été saisi et a commencé sa troisième captivité (Césarée, Rome), au cours de cette première persécution contre les chrétiens qui sévit de 64 à 68 ? Il serait difficile de le déterminer sûrement :,.la deuxième épître à Timothée (I, 16-17)

fait seule une allusion à cette captivité dernière, et à l'aide qu'il y reçut d'Onésiphore, chrétien d'Ephèse. Ce ne sont là que des jalons dans la vie de l'Apôtre, mais il faut se contenter de ce que l'on a, et, à coup sûr, mieux vaut se borner au peu que l'on sait, que conjecturer à la façon blasphématoire de Renan (L'Antéchrist, p. 199).

Reprenons les faits de la vie de saint Paul, auxquels s'arrêtent les Actes. En dernier lieu, ils nous ont appris que la captivité de l'Apôtre (Act., XXVIII, 30) dura au moins deux ans ; nous avons pu remarquer au cours même de son épître aux Philippiens (I, 24, 25), qu'il pressentait avec joie le terme de sa captivité. Son procès touchait à sa fin. Il avait affaire, il est vrai, à forte partie. Les Juifs ont toujours excellé à l'intrigue ; ils avaient auprès de Néron l'avantage de réclamer en faveur de l'ordre public, troublé, disaient-ils, par leur ennemi dénoncé par eux comme apostat ; l'avantage aussi de réclamer contre une prétendue violation de la sainteté de leur temple : car nous le savons, leur culte était légal, alors que celui des chrétiens ne l'était pas ; l'avantage, sans doute plus considérable encore, d'avoir auprès de Néron, dans la personne de Poppée, la favorite juive, un appui assuré. On peut penser qu'au cours de deux années d'enquête, ils eurent le loisir de recueillir ou de provoquer plaintes et accusations dans toutes les régions où l'Apôtre avait porté la parole et où ils s'étaient rencontrés en face de lui. Mais décidément, il était écrit que les Juifs échoueraient longtemps contre la chance supérieure de saint Paul. Une première fois, à Corinthe, ils avaient été écartés par Gallion, le beau-frère de Sénèque ; une seconde fois, à Césarée, par Félix ; on pourrait ajouter, une troisième fois devant Festus et le roi Agrippa. Car Agrippa très au courant des questions juives avait témoigné ouvertement que Paul aurait pu être délivré sur l'heure, s'il n'en avait appelé au tribunal de César.

Enfin, l'Apôtre qui sans doute se chargea lui-même de plaider sa cause, savait se défendre ; les chrétiens dé la maison de César (Philip., IV, 22) s'employèrent de leur mieux

PROJETS DE l'apôtre 271

en sa faveur ; les témoignages de Félix, de Porcius Festus, et, en derniet lieu, du centurion Julius, très satisfait de son prisonnier, de la conduite qu'il avait tenue pendant la dure traversée, puis à l'heure du naufrage à Malte ; peut-être même les rapports quotidiens de l'Apôtre à Rome avec le soldat ou le centurion qui le gardait : tout cela finit par l'emporter. Nous ne savons pas du tout si le jugement fut prononcé par Néron en personne, ou par un personnage consulaire à qui Néron délégua son pouvoir. Quoi qu'il en soit, la sentence d'élargissement fut rendue, et l'Apôtre mis en liberté. En additionnant la captivité de Césarée à celle de Rome, il. y avait près de cinq ans que l'Apôtre était captif, depuis la Pentecôte de 58 jusqu'au printemps de 63.

Qu'allait-il maintenant faire de sa liberté ? Il semble que sa pensée ait d'abord flotté, indécise. Cette indécision n'était pas levée encore à l'heure où l'Apôtre écrivait à Philémon : il semblait plutôt résolu à se rendre en Asie Mineure et y retenait son logement. Simul autem et para mihi hospitium ; nam spero per orationes vestras donari me vobis. (Phil., 22). On dirait pourtant que cette résolution est moins ferme à l'époque oti il écrit aux Philippiens (I, 27, 28). Néanmoins, on peut remarquer par ailleurs (ibid., II, 24) que le dessein tient toujours. II est naturel de penser, en face des menaces gnostiques contre les Eglises de l'Asie Mineure, telles qu'elles nous sont révélées dans l'épître aux Colossiens et même dans la deuxième partie de l'épître aux Philippiens, que l'Apôtre ait été vivement sollicité d'aller en personne, et sur l'heure, défendre contre des infiltrations doctrinales vraiment redouiables, les communautés fondées par lui et toujours aimées de lui. Cinq ans s'étaient écoulés sans qu'il pût les revoir ni prendre avec elles un contact direct.

Par ailleurs, nous savons aussi que cinq ans auparavant lorsqu'il écrivait l'épître aux Romains, l'Apôtre, qui se proposait dès lors de venir à Rome, demandait aux chrétiens de cette grande cité de lui préparer les voies vers l'Espagne f(Rom., XV, 24). C'était un projet de l'Apôtre de semer

l'Evangile sur tout le littoral de la Méditerranée depuis Antioche. jusqu'à l'Ibérie. Or, voici qu'il était venu à Rome, quoique non pas par les procédés qu'il eût voulus. Dès lors il pouvait se dire que pour aller porter l'Evangile en Espagne, les deux tiers du chemin étaient fournis déjà ; c'eût été prendre le chemin des écoliers, étant à Rome, de se rendre en Espagne en passant par l'Asie Mineure. Cette considération élémentaire fut peut-être décisive pour fixer l'Apôtre : d'ailleurs ajourner son retour en Asie Mineure, malgré le besoin de ses communautés, lui fut rendu plus facile sans doute par le voyage de Timothée et d'Epaphrodite, qui avaient beaucoup séjourné auprès de l'Apôtre, conversé avec lui, et par suite étaient capables de le suppléer pour un temps et de s'opposer aux efforts du gnosticisme.

Il existe une tradition antique en faveur du voyage en Espagne. Saint Clément romain, au cinquième chapitre de son épître à l'église de Corinthe, affirme que l'Apôtre est allé jusqu'aux extrémités de l'ouest ou du couchant, Èrûl tô TÉp|jia TT,? Sùo-ecoç éXOwv, ce qui ne s'entend bien que de l'Espagne ; ce témoignage est du P'" siècle. Au second, le Canon de Muratori, que l'on place vers l'an 170, en donnant le recensement des livres du Nouveau Testament, fait remarquer que saint Luc, au livre des Actes, ne raconte que ce dont il a été témoin jusqu'à la fin de la première captivité romaine,, et partant ne fait nulle mention du voyage de saint Paul en Espagne, profectlonem Pauli ab Urbe ad Spaniam.

Le christianisme y était déjà connu. La visite de l'Apôtre donna assez d'élan aux conversions pour que s'étendît jusqu'à l'Espagne la persécution Néronienne (de 64 à 68). Une inscription, datée de la neuvième année de Néron (Néron régna de 55 à 68), retrouvée dans les ruines d'un bourg chétif du Portugal, adresse des félicitations à l'empereur pour avoir délivré l'Espagne, non seulement des brigands qui l'infestaient, mais encore des impies qui semaient dans le genre humain une nouvelle superstition. (1)

(1) GRUTÉR, Corpus ihscrîptiônum, l, CCXXXVIII, dit le Portugal. Le Recueil des Inscriptions, de Berlin, indique Clunia,. une petite province au sud de S. Dominique de Silos.

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Neroni, clarissimo, Caesari, Augasto, Pontijici Maximo, ob provinciam latronibus et his qui novam generi hamano saperstitionem inculcabant purgatam...

Si l'inscription est authentique, il serait constant, (car il est difficile de méconnaître que c'est bien des chrétiens qu'il est question), que dès 64 ou 65 l'Evangile avait fait de grands progrès en Espagne. Saint Irénée nous dit qu'il y était florissant au deuxième siècle. Sans doute ni l'inscription, ni l'assertion de saint Irénée n'ont de rapport direct avec le voyage de saint Paul ; du moins pouvons-nous, après la lettre de saint Clément et le Canon de Muratori, invoquer en faveur de cette tradition le témoignage de saint Epiphane, de saint Hippolyte, de saint Cyrille de Jérusalem, de saint Jean Chrysostome, de saint Jérôme, de Théodoret

Une fois rendu en Espagne, l'Apôtre écrivit son épître aux Hébreux, qui est bien de lui :

a) Selon le témoignage unanime et constant de l'Eglise d'Orient, et en particulier de l'école d'Alexandrie et de l'école d'Antioche.

b) Malgré les doutes d'une certaine heure inspirés sans doute par l'apparent rigorisme de certaines pages, l'Occident se rallie à la pensée de l'Orient, sans hésitation.

c) L'échec de toutes les attributions autres, et en même temps, chose très expressive, le concert unanime à ne chercher l'auteur présumé que dans l'entourage de saint Paul.

d) Les canons du concile de Trente et du concile du Vatican.

Les particularités de l'épître aux Hébreux, les différences de style n'ont pas échappé aux anciens ; ils les ont observées dès la première heure (cf. Eusèbe, Hist. eccL, VI, 14), et dé longs siècles avant Erasme et Luther. Aussi encore aujourd'hui, en dépit de toute la littérature qu'a provoquée le problème, est-il sage de s'en tenir à la pensée d'Origène. pour l'Orient, et à la pensée de saint Jérôme pour l'Occident. Ail témoignage d'Eusèbe,:Origène exprimait ainsi son avis : Stilus Epistolae qaae inscribitur ad Hebraeos caret illa ser-^

monis rusticitate quae propria est Apostoli, qaippe qui rudem atque imperitum sese confiteatur in sermone, id est, in ratione et forma dicendi. Verum Epistola illa et in verborum cornpositione majorem praefert graeci sermonis elegantiam, et praeterea sententias continet admirabiles, nec scriptis apostolicis ullatenus inferipres : atque id verissimum esse assentientur, quicumque apostolorum scripta attente perle gerint... Ego vero ita censeo : sententias quidem ipsas Apostoli esse, dictionem autem et compositionem verborum esse alterius cu~ jusdam, qui voluerit ea quae a magistro audiverat memoriae tradere. Proinde, si qua Ecclesia hanc epistolam pro paulina habet, eo nomine laudetur. Neque enim temere majores eam Pauli esse tradiderunt ; quis vero illam rêvera scripserit, soli Deo notum esse opinor. Sed Scriptores quorum monumenta ad nos usque pervenerunt, partim démenti Romanae urbis episcopo eam adscribunt, partim Lucae qui Evangelium et Actus Apostolorum litteris prodidit. (Eusèbe, Mist. eccL, VI, 25).

Tertullien a prononcé le nom de saint Barnabe : d'autres de Timothée : tous ont choisi Vamanuensis ou le rédacteur parmi les familiers de saint Paul. Je crois qu'aujourd'hui encore il n'y a rien à changer aux paroles d'Origène, qui d'ailleurs, partout où il cite l'épître aux Hébreux, l'attribue à saint Paul, sans hésiter.

Voici maintenant les paroles de saint Jérôme : Nec me fugit quod perfidia Judaeorum haec testimonia non suscipiat, quae utique Veteris Testamenti auctoritate firmata sunt. Illud nostris dicendum est, hanc Epistolam quae inscribitur ad /febraeos, non solum ab Ecclesiis Orientis, sed ab omnibus rétro ecclesiasticis graeci sermonis scriptoribus, quasi Pauli Apostoli suscipi, licet plerique eam vel Barnabae, vel démentis urbitrentur : et nihil interesse cujus sit, cum ecclesiastici viri sit, et quotidie Ecclesiarum lectione celebretur.

Je crois que toutes les recherches jalouses accomplies depuis Erasme et Luther n'ont pas réussi à modifier l'état de Ha question.

L'épître est de rédaction antérieure à 70 et à la chute de Jérusalem : cela ne fait nulle difficulté pour ceux qui tiennent qu'elle est de saint Paul, qui a subi le martyre en l'an 67. Ceux-là mêmes qui le contestent ne laissent pas de la fixer à la même date. Nous nous bornons à ces quelques indications, sans entrer dans des discussions de textes, d'opinions, ou de systèmes variés, capables seulement de fatiguer l'attention, et complètement étrangers à notre dessein. Maintenons aussi que l'épître a été écrite d'Espagne, et non de l'Italie. 'Ao-Tcà^ovTat ù^olç, ol à-Ko ttîç 'kaAtaç salutant vos de Itàlia fratres, (XIII, 24), peut facilement s'entendre si l'Apôtre a quitté l'Italie, s'il s'est rendu en Espagne, et s'il parle ainsi au nom, soit des chrétiens d'Italie qui l'ont accompagné, soit des chrétiens, Italiens d'origine, que les circonstances de politique ou de commerce ont amenés en Espagne. On s'est demandé si l'original de l'épître n'était pas en hébreu, et traduit par saint Clément : peut-être pourraiton le soutenir sur la foi de Clément d'Alexandrie, et remarquer même en faveur de cette opinion que saint Clément, dans sa lettre aux Corinthiens, cite l'épître aux Hébreux comme lui étant familière. Cette idée est plausible, il semble néanmoins plus naturel de penser que saint Luc aura prêté sa plume à l'Apôtre.

Ce qui importe davantage, c'est de déterminer ceux à qui la lettre est adressée : ad Hebraeos, dit le titre, mais le titre est vague et d'ailleurs n'est pas contemporain de la lettre elle-même. Toutefois, il suffit de l'avoir Jue, même rapidement, pour reconnaître que le titre est exact, et que l'Apôtre écrit à des chrétiens convertis du judaïsme. Mais encore, à quelle communauté ? Car il n'en est aucune dont le nom n'ait été proposé : Jérusalem et la Palestine, Alexandrie, Corinthe, l'Asie Mineure, etc. Sans doute l'Apôtre est demeuré fidèle, ici encore, au système d'épîtres encycliques qu'il a adopté à partir de l'ép'ître aux Romains, aux Ephésiens, aux Colossiens : son dessein est de parler à toutes les Eglises

dont il porte en son cœur la sollicitude. Son enseignement est universel et sa doctrine est catholique. Néanmoins il y a lieu de rechercher, à l'origine de cet enseignement donné à l'universalité, les circonstances de fait, les occasions qui ont déterminé l'Apôtre ; et voici, dût le lecteur s'étonner de l'assertion, ce qui nous semble avoir été le motif immédiat de l'épître : l'épître aux Hébreux est une seconde épître aux Romains, adressée cette fois aux Juifs convertis de l'Eglise de Rome.

Au cours de son séjour à Rome et de deux ans de captivité, l'Apôtre a eu le loisir d'un long contact avec la communauté chrétienne. Nous le savons d'ailleurs, elle s'est recrutée de Gentils et de Juifs, entre qui se sont élevées des contestations et des rivalités que l'épître aux Romains a eu le dessein de pacifier autrefois. Mais la communauté chrétienne, à Rome, doit se défendre non pas seulement contre des rivalités intestines, mais encore contre le travail extérieur qui avive et envenime ces rivalités : il y a des Juifs de l'extérieur, non convertis, ardents au prosélytisme, en possession d'une situation légale, antérieure, prospère ; ils font sonner bien haut, en face d'un christianisme né d'hier, et devant des chrétiens encore mal affermis, les avantages,- la dignité, la divinité du mosaïsme, l'antiquité vénérable de l'Ancien Testament. Un danger de perversion et d'apostasie, analogue à celui qui avait autrefois menacé les Eglises des Galates, un esprit de retour au judaïsme était trop facile à des chrétiens baptisés d'hier, peu affermis dans la doctrine, quelquefois peu assidus aux réunions de leur humble communauté (Hebr., X, 25) , et qui entraient presque fatalement dans l'attraction et dans l'orbite de communautés sans doute plus nombreuses, plus favorisées, peut-être plus fréquentées par l'aristocratie. La menace était constante, la situation de l'Eglise en péril, et l'Apôtre avait eu, au cours des deux dernières années, le loisir nécessaire pour mesurer ce danger, aggrayé encore par l'ardeur de la- propagande juive.

Il n'y a dans l'exposé qui précède, que des éléments rigoureusement historiques, et qui d'avance nous donnent la

cîéf dé l'épîti-e tout entière. Sans doute son intention . est universelle; et ieis Juifs étant mêlés aux chrétiens répandus par tout le rnoride, la doctrine était partout opportune. Mais nous nous expliquons que l'Apôtre ait été provoqué à écrire par le spectacle de la communauté romaine, où il avait durant deux ans aperçu le péril du retour au judaïsme; en même temps que nous comprenons le long parallèle institué par lui entre les deux alliances, et l'exhortation instante de l'Apôtre à là persévérance et à la fidélité. Ces conditions historiques une fois reconnues, nous nous trouvons au centre d'observation d'où l'explication de toute l'épître se déroule comme d'elle-même.

Par sa composition et par sa destination immédiate la lettré aux Hébreux ressemble k la lettre aux Romains, et, comme elle, constitue un traité étudié et suivi. Pourtant, au dernier chapitre, et surtout à la conclusion de ce chapitre (22-25), la forme épistolaire si familière à l'Apôtre reparaît, et fait contraste avec le reste de l'épître, d'une trame plus soutenue. Nous y trouvons, en dehors même du saluiant vos de lialid fratres (XIII, 24), une confirmation de ce que nous avons dit jusqu'ici sur les conditions de cet écrit de l'Apôtre.

Rappelons-nous en effet qu'en son épître aux Philippiens (II, 19-24), alors qu'il attendait encore la' fin de son procès; l'Apôtre avait promis à ses correspondants une série de visites échelonnées : d'Epaphrodite d'abord, porteur de la lettre ; de Timothée ensuite, pour résoudre les petits problèmes personnels qui avaient divisé la communauté, et enfin de Paul en personne. Or, dans le dernier chapitre de la lettre aux Hébreux, le verset 23 porte à la connaissance des Romains que Timothée, a qui les Romains se sont intéressés comme au compagnon assidu de saint Paul, a été réellement envoyé vers Philippes et l'Asie Mineure, avec le programme, une fois sa mission terminée en Orient, de rejoindre l'Apôtre en Espagne, pour, avec lui, repasser par Rome, et de Rome repartir pour l'Asie Mineure ; l'Apôtre accomplissant ainsi sa promesse d'une visite personnelle à Philippes et à Colosses.

« Sachez, dit l'Apôtre, que notre frère Timothée a été par nous envoyé officiellement vers l'Orient. Il me reviendra en Espagne, sa mission terminée ; et s'il revient à temps, avec lui je repasserai par Rome, et aurai la joie de vous revoir. > (Hebr., XIII, 23).

Il est sans doute irrégulier de commenter ainsi la lettre à rebours et à partir de ses derniers versets ; mais ces deux versets 23 et 24 du dernier chapitre me semblent jeter un jour singulier sur la question des circonstances historiques de l'épître. En effet, à cette heure, qui peut parler ainsi de Timothée, de son voyage (dimissum), de l'éventualité de son retour vers l'Apôtre, d'une visite à deux, dès lors projetée ? Et à quelle communauté est adressée cette promesse, si ce n'est à une communauté italienne (de Italia fratres), où l'Apôtre et Timothée ont vécu en dernier lieu ? Il y a là un ensemble de conditions si menues, si personnelles à l'Apôtre, qu'elles nous semblent déjouer toutes les tentatives d'attribuer l'épître à un autre que lui.

Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on a remarqué l'absence, au commencement de l'épître aux Hébreux, des formes habituelles à l'Apôtre, de l'adresse et des vœux par où débutent les treize autres épîtres. Saint Augustin et saint Jérôme ont voulu expliquer cette absence, et montrer qu'elle ne constitue pas un préjugé contre la paulinité de l'épître. Prlncipium salutator'mm de industria dicitur Paulus omisisse, dit saint Augustin, ne Judaei qui adversus eum pugnaciter oblatrabant, nomine ejus offensi, vel inimico animo legerent, vel omnino légère non curarent quod ad eorum salutem scripserat. C'est l'explication donnée aussi par saint Jérôme. Nous n'avons pas pour le moment à en apprécier la valeur. Dans l'hypothèse, et c'est la nôtre, où l'Apôtre saint Paul s'est servi d'une plume étrangère, par exemple celle de saint Luc, la suppression d'une formule de salutation familière, à la tête d'un traité de théologie adressé à une communauté qui savait d'où venait ce traité, et qui s'attendait à le recevoir, cette

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