LA FILIATION DIVINE
à Rome, lui faisaient une loi d'user d'un texte qui leur était devenu familier. Nous avons remarqué déjà que c'est habituellement aux Psaumes que l'Apôtre a emprunté la plupart des citations où il relève la grandeur du Fils de Dieu. C'est le Psaume IP qui proclame la royauté du Messie : le Père y parle à son Fils comme il n'a jamais parlé à aucun Ange. Non pas sans doute que Dieu n'ait parfois donné soit aux Anges soit aux hommes ce titre de fils : il est à remarquer néanmoins que, dans l'Ancien Testament, ce nom ne se donne qu'à une collectivité : les Anges ou fils de Dieu au livre de Job, XXXVIII, 7 ; les hommes ou fils du Très-Haut dans îe Psaume LXXXI, 4. Et c'est sans doute pour éviter l'apparence de cette objection que l'Apôtre dit : « A qui parmi les Anges ? » Cui enim dixit aliquando Angelorum ?
Tout cela semble menu ; mais nous ne parvenons à la moelle de la pensée apostolique que grâce à ces minuties elles-mêmes. Il y a d'ailleurs grand intérêt à faire le mot à mot des paroles sacrées : « Vous êtes mon Fils : aujourd'hui je vous ai engendré. » Cette traduction est fidèle, sans doute, mais pâle et faible, si on la compare au texte grec, et même au texte latin. L'appui de la pensée et son emphase porte sur le mot uLô; comme s'il y avait : « C'est Fils de moi, et de ma substance, et par conséquent égal à moi que vous êtes. » Et dans le dessein d'assigner la raison première de la dignité de celui à qui il s'adresse : « Moi, aujourd'hui, hodie, o-Tifjiepov, moi qui n'ai pas de passé, ni de futur, moi qui suis éternel, et vis dans un maintenant sans succession ni changement, je vous ai engendré. » C'est le sens littéral du Psaume, que le Psalmiste en ait ou non pénétré tout le sens et aperçu toute la portée. Encore cette affirmation de la naissance et de l'investiture éternelle du Fils de Dieu laisse-t-elle place à d'autres applications vraies et qui se surajouteront à la première. Toutes les fois en effet que dans la vie humaine du Sauveur se produira un fait, une circonstance mettant en particulier relief son office, sa grandeur, sa royauté, cette mani-
festation nouvelle fournira à Dieu l'occasion de redire cette formule éternellement vraie, et plus largement comprise à mesure qu'elle se traduira davantage dans les œuvres du temps : au jour de l'Incarnation, au jour du Baptême, au jour de la Résurrection, au dernier jour du monde. On a toujours le droit de faire allusion à une chose étemelle ; on l'a surtout à chacune des occasions temporelles où cette chose éternelle se traduit, et manifeste de nouveau une condition qui date de l'éternité.
Le deuxième texte est emprunté soit au IP livre des Rois, VII, 14, soit au P'" des Paralipomènes, XXII, 10, et indique la continuité de relation affectueuse qui existe entre le Père et le Fils, entre le Fils et le Père. Une fois établies dans leur éternelle origine, ces relations ne finiront pas. L'application historique et immédiate de ce passage prophétique se fait à Salomon, à qui, d'après la promesse faite à David par le prophète Nathan, Dieu réserve l'honneur de bâtir le temple où il sera glorifié ; mais les termes mêmes de la prophétie contiennent des traits d'une grandeur plus haute, et d'une splendeur qui dépasse Salomon. Aussi le texte luimême se rapportait-il au Messie ; et la tradition exégétique des Juifs l'entendait ainsi. Roi dans le Psaume II, Prêtre dans le IP livre des Rois, Juge dans le XXXIP chapitre du Deutéronome : la grandeur du Christ est hors de pair ; le nom des Anges est à peine prononcé.