DIGNITÉ DU FILS DE DIEU
Notre-Seigneur Jésus-Christ ; ce n'est pas même le nom prononçable que nous lui donnons, en réunissant dans ce nom, et à son exemple, son nom individuel et sa fonction : Jésus-Christ ; c'est selon l'acception antique, tout ce que suppose, tout ce que signifie, pour ceux qui croient en lui, son nom. prononcé : Il est Dieu, il est Fils de Dieu, il est rédempteur, il est roi, il est instituteur du Nouveau Testament, il est Pontife, il est juge, il est la tète de l'humanité et le second Adam. Tout cela le met à l'infini au-dessus des Anges ; et c'est dans ce sens complexe du nom du Seigneur que nous pouvons interpréter le verbe hereditavit. Ce nom glorieux a été par lui obtenu, conquis, acheté à son prix. Encore une fois sa grandeur prend tout d'abord sa source dans son être de Fils ; c'est sa dignité première ; mais cette dignité elle-même semble lui avoir servi d'échelon pour acquérir et mériter de droit tout le reste : Ego te clarificavi super terrain ; opus consummavi, quod dedisti mihi ut faciam : et nunc darifica me ta, Pater, apud temetipsum, daritate quam habui priusquam mundus esset, apud te (Joan., XVII, 4, 5). Le nom que le Seigneur a acquis de droit, c'est l'ensemble de toutes les grandeurs que reconnaît en lui notre foi, et qui veut qu'à ce nom tout genou fléchisse au ciel, sur la terre, et dans les enfers. Les Anges eux-mêmes s'inclinent devant lui.
5 Cul enim dixit aliquando Angelorum : Filius meus es tu, ego hodie genui te ? Et rursum : Ego ero illi in patrem, et ipse erit mihi in filium ? 6 Et cum iteram introdudt primogenitum in orbem terrae, didt : Et adorent eum omnes Angeli Dei.
Et en effet, à qui donc parmi les Anges Dieu a-t-il parlé jamais de la sorte : « Vous êtes mon Fils, aujourd'hui je vous ai engendré ? » C'est l'origine éternelle et divine du Fils.
Et encore : « Je serai un Père pour lui, ou, je lui serai Père, et il me sera Fils. » Ces deux premières citations ont pour dessein de relever dans l'Auteur de l'économie chrétienne
l'incomparable dignité du Fils de Dieu, considérée dans la première citation comme en son origine, dans la seconde comme dans sa relation continue avec Dieu le Père ; toutes deux s'achevant dans une troisième citation (6), décisive elle aussi, et peut-être relative à une manifestation finale de la gloire divine du Fils de Dieu.
Car la première révélation du Fils de Dieu à la terre ne s'est pas terminée à un triomphe absolu, éclatant aux yeux de tous les hommes. Mais le jour où Dieu, pour la seconde fois, introduira son Fils dans le monde, au jour du Jugement, il inclinera tous les êtres, et les Anges eux-mêmes devant lui, comme il a été prophétisé au Psaume XCVI : Adorate eum omnes Angeli ejus, ou même au Deutéronome, XXXII, 43, au dernier verset du Cantique de Moïse, si nous le lisons dans la traduction des Septante.
Une fois pour toutes, remarquons que les citations faites par l'épître aux Hébreux sont empruntées à une version grecque, souvent d'accord avec l'hébreu, s'écartant parfois de l'hébreu : parfois aussi différente tout à la fois de l'hébreu et des Septante, soit que l'auteur se soit, contenté d'une approximation verbale ; soit qu'il ait eu en main un texte grec autre que le texte connu. Mais nous n'avons le loisir ni de disserter sur la valeur des Septante que saint Augustin aimait beaucoup et préférait au texte hébreu lui-même, ni de nous arrêter à montrer quel était, à l'époque de saint Paul, le degré de diffusion de ce texte. Rappelons seulement que le grec était parlé partout, au point d'impatienter Juvénal contre les Romaines qui affectaient d'ignorer le latin, et préfendaient ne pouvoir causer qu'en grec :
Omnia graece
Cum sif turpe magis nostris nescire latine
Hoc sermône pavent, effundunf gaudia, curas...
L'Apôtre saint Paul savait parfaitement le grec, et les Hébreux convertis à qui il s'adressait, depuis longtemps fixés